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Théâtre - Arts de la scène

DESCLEE Aimée Olympe (1836-1874)

70eme division (1ere ligne, S, 8)
dimanche 7 janvier 2007.
 

Nous avions trés peu d’informations sur cette gloire du théâtre d’hier. Peu de lignes semblant lui être consacrée....

Sous la plume de George Gaillard, nous avons retrouvé un portrait attachant d’Aimée Olympe Desclée, de l’artiste et de la femme, nous vous le faisons découvrir avec plaisir...

Artiste dramatique

Aimée Olympe Desclée est née en 1836. Artiste dramatique, elle est bien oubliée de nos jours. Elle repose dans la 70e division. Sa tombe est surmontée d’un obélisque où sont inscrits les titres de ses plus fameuses compositions. Le monument est orné d’un buste de l’artiste.

Une des plus fortes, une des plus singulières personnalités du théâtre, en cette seconde partie du XIXe siècle si riche en talents. Aimée Desclée occupe une place à part, brillante et solitaire, comme ces planètes qui fulgurent et s’éteignent, après avoir donné tout leur éclat.

Séparer la femme privée de la comédienne publique est impossible chez elle. Elle « vivait » sur la scène ses troubles, ses déceptions, ses espérances, ses dégoûts.

Photo d’un exemplaire du buste conservé au Los Angeles County Museum of Art

Après des débuts indolents, des fugues ici et là, des aventures brèves, rachetées au fond d’une retraite sévère, Desclée devint, presque sans transition, une interprète exceptionnelle. Son visage étrange, sa voix un peu nasale , dont la grande Réjane devait hériter un peu plus tard, par cette mystérieuse filiation qui joint entre elles les artistes de haute classe à travers le temps, une sensibilité quasi maladive, un goût profond de la vérité humaine, toute simple et nue, des cris étouffés, venus du cœur, en faisaient aussi l’héritière de Marie Dorval, chérie des poètes romantiques, qui malgré la mode de son époque boursouflée, ne consentit jamais à l’outrance.

Un vieux tragédien a dit que ni Sarah Bernhardt, avec son génie, ni la Duse, avec son âme brûlante, n’avaient pu lui faire oublier le charme douloureux d’Aimée Desclée dans Frou-Frou, puis dans Diane de Lys, la Princesse Georges et les autres héroïnes que Dumas fils, son conseiller, presque son confesseur, créa pour elle.

C’est que sans cesse, la vie secrète et blessée alimentait, irriguait l’existence factice de ses personnages de théâtre. Et quand Dumas, ce moraliste intransigeant, la conjurait de renoncer à des essais d’amour toujours malheureux, il avait peut-être tort.

Aimée Desclée tirait de ses déconvenues, de ses révoltes, un miel amer qui nourrissait son art. Elle fut une épistolière émouvante et ses «  Lettres à Fanfan », un beau militaire, baignent, toutes proportions gardées, dans le climat des lettres de la Religieuse portugaise.

Cette femme insatisfaite, cédant selon les jours, aux étourdissements de la tentation ou des rêveries dans la solitude, mourut jeune, après une maladie cruelle, et son fantôme fiévreux et triste laisse, sur les eaux rapides du théâtre, un sillage qui n’est pas prêt de s’éffacer.

Malheureusement pour elle, un regain d’actualité nous la restitue en pleine lumière : Son buste a été volé en novembre 2006. L’enquête est en cours...

D’Olympe Desclée, il nous reste ces quelques titres de drames qu’elle servit avec bonheur, et aujourd’hui, bien oubliés...

Frou frou

Marceline

La visite de noces

La gueule du loup

La femme de Claude

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Aimée Olympe Desclée s’est éteinte en 1874 aprés une longue maladie. Elle repose dans la 70e division.

9 mars 1875.

(Le Figaro daté du 10 mars 1875, rubrique la Gazette du jour, extraits)

Inauguration du monument funéraire de l’actrice de théâtre Aimée DESCLÉE, morte l’année précédente à pareil jour à l’âge de 37 ans.

Son buste en bronze, réalisé par Carrier-Belleuse, représente mademoiselle Desclée dans Frou-Frou, son plus grand succès.

L’anniversaire de la mort d’Aimée Desclée :

Hier matin, à onze heures, on célébrait à l’église Saint-Laurent un service religieux pour le repos de l’âme d’Aimée Desclée, morte l’année dernière à pareil jour.

La nef de l’église était pleine. Les auteurs et les artistes de tous les théâtres de Paris avaient considéré comme un devoir de rendre ces derniers honneurs à la grande comédienne morte si prématurément. Plus de douze cents personnes se pressaient dans l’église. Conformément au vœu de la défunte, le service a été des plus simples.

A midi, les artistes du Gymnase, presque au complet, MM. Alexandre Dumas et Henri Meilhac, M. le prince Galitzin, les deux fils de M. Montigny, M. Victor Chéri et M. Derval représentant le directeur du Gymnase, très souffrant en ce moment se retrouvaient au cimetière du Père-Lachaise, autour de la tombe d’Aimée Desclée.

M. Henri Mirault, son ami et son exécuteur testamentaire, s’adresse à ce petit auditoire, et d’une voix entrecoupée de sanglots lui dit :

La grande artiste à qui nous venons dire un nouvel adieu avait, pour ses funérailles, laissé des instructions qu’on n a pas pu suivre exactement. Elle avait recommandé de ne faire aucune dépense c’est son expression pour son tombeau. Et même ses dernières dispositions, consignées dans une lettre des plus touchantes, disaient textuellement « Si je ne craignais l’affectation, je vous demanderais le convoi des pauvres. » Ce vœu n’a pu être exaucé le soin pieux d’une mère ne le permettait pas. D’ailleurs le concours des artistes, de tout ce monde d’artistes affolés par cette mort qui enlevait si fatalement cette jeune femme dans son plein talent, devait forcément donner à son convoi 1’éclat extraordinaire que vous avez vu.

Ce concours ne s’arrêtait pas là. Les artistes les plus éminents offraient de contribuer à une représentation dont le produit aurait servi à élever à Desclée un monument digne d’elle. De leur côté, les amis fidèles réclamaient une souscription pour arriver au même résultat.

Ces pensées généreuses contrastaient trop avec la dernière volonté de celle qu’on voulait honorer ; il afallu s’y refuser. Vioilà pourquoi il n’y eu ni représentation, ni souscription publique ou particulière ; voilà popuquoi ce monument si simple garde un caractère privé.

Du moins, les traits de Desclée sont là reproduits par ce buste dû à un ciseau célèbre...

Le monument de Desclée est des plus simples.

La tombe est recouverte d’une pierre plate, à l’extrémité de laquelle s’élève un dé surmonté du buste en bronze, de Carrier-Belleuse. Cette image est d’une grande ressemblance. La comédienne est représentée telle qu’elle était dans Frou-Frou, heureuse et souriante. Au-dessous, sont gravés les noms de ses dernières grandes créations Frou-Frou, Marceline, la Princesse Georges, la Femme de Claude.

Ce monument a été élevé par les soins de MM. Montigny, Alexandre Dumas, Meilhac et Halévy.

Il se trouve au carrefour, à droite de la chapelle, auprès des tombes de FrédéricSoulié, Lachambeaudie et Boutin. ]

Sources : Roger Gaillard, Aimée Olympe Desclée, Les Femmes célèbres, Ed. d’Art Mazenod, Paris 1961. Et divers.

Sources annexes : Héphéméride du Père Lachaise (9 mars 2015)

Crédit photos : Régis_Forrestier (APPL 2007)

Photo N&B, prise en 1912, par le frère de la comédienne. Col. particulière R. Forrestier (APPL 2008)