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Révolution et Empire

BELLIARD Auguste Daniel, général comte de l’Empire (1769-1832)

35eme division (3eme ligne, M, 34)
mardi 2 janvier 2007.
 

Général chef d’état major de Murat

Lieutenant-général des armées, Pair de France, ambassadëur, etc.Belliard est né à Fontenay-le-Comte (Vendée), le 25 mars 1769.-Ce nom est un de ceux dont l’illustration appartient tout entière à la révolution de 1789. Issu d’une famille obscure, Belliard faisait Ses études dans Une petite ville du Poitou, lorsqu’éclatèrent les grands événements qui allaient changer les destinées de la France.

L’enfant du peuple s’élança dés bancs de l’école, courut sous les drapeaux et figura magnifiquement pendant vingt ans sur tous les grands théâtres de notre gloire. Jamais carrière ne s’ouvrit sous de plus beaux auspices. Engagé volontaire en 1791, il s’essaya aux combats dans les grandes journées de Grand-Pré, Sainte - Menehould, Jemmapes et Nerwinde, où il servit comme aide-de-camp de Dumouriez. Placé, à Jemmapes, à la tête des hussards de Bercheny, il enleva successivement plusieurs redoutes ennemies, et conquit sur le champ de bataille le grade d’adjudant-général. Mais ce début faillit être fatal à sa fortune militaire. Compromis par la défection de Dumouriez, Belliard fut arrêté après le départ de ce général, transféré à Paris et cassé. Sans doute, les sévérités révolutionnaires ne se seraient pas bornées à une destitution, si le jeune adjudant-général n’eût immédiatement de mandé à servir son pays comme volontaire.

Il entra en effet, dans le 3e régiment dé chasseurs, et fit tout une campagne conime simple soldat. Cet acte d’abnégation patriotique le réhabilita dans l’estime du pouvoir ombrageux qui l’avait frappé pour un crime qui n’était pas le sien ; il fut réintégré dans son grade et placé sous lés ordres du pacificateur de la Vendée, le célèbre Hoche, qui le compta bientôt au nombre de ses plus braves et plus habiles officiers.

Depuis ce moment, sous la République comme sous l’Empire, la vie de Belliard ne fut qu’une succession continuelle des plus brillants faits d’armes. Par une faveur providentielle de sa destinée, il prit part à toutes les grandes guerres, combattit sur tous, les champs de bataille, partagea tous les revers et tous les triomphes de la France. En 1776, il fit sous Bonaparte l’immortelle campagne d’Italie , et se couvrit de gloire à Castiglione, à Vérone, à Caldiéro, à Arcole, à Saint-Georges, au passage du Larvis, à New-Marck, à Brixen, à Tramen, etc. A Arcole, il eut deux chevaux tués sous lui et fut nommé général de brigade ; à Tramen, il mit en pleine déroute le corps autrichien de Landon ; partout il déploya une intrépidité et une intelligence qui lui méritèrent les applaudissements de l’armée et les suffrages de Bonaparte. En 1798, il contribua, sous Championnet, à la conquête de Naples, de la Sicile et des États de l’Église.

Ici commence la carrière diplomatique de Belliard. Envoyé extraordinaire près du gouvernement napolitain, il sut, par l’autorité de son nom, maintenir les conquêtes de son épée. Lors de la révolte de Rome contre les troupes françaises, son attitude énergique empêcha Ferdinand de franchir la frontière pour appuyer l’insurrection. Il accompagna Bonaparte en Egypte, contribua, en passant, à la prise de Malte, décida celle d’Alexandrie, combattit héroïquement aux Pyramides, où, à la tête d’un carré d’infanterie, il eut la gloire de recevoir la première charge des Mamelucks ; à Banou,où, avec cinq cents hommes il détruisit cinq mille Mecquais , Mamelucks ou Arabes ; à Sapht-Rachin, où soutenu par deux bataillons seulement, il défit plusieurs milliers de révoltés , et contraignit Mourad-Bey à demander la paix. C’est Belliard qui, le premier, franchit les limites de l’empire romain, pénétra en Abyssinie, et porta la gloire de nos armes jusqu’en Calafché. Il remporta avec Desaix la victoire d’Héliopolis , et marcha avec douze cents hommes contre l’armée ottomane qu’il chassa de Damiette. - Assiégé dans le Caire par les forces combinées des Anglais, des Turcs et des Mamelucks, assailli par terre et par mer, aux prises avec une population nombreuse et fanatique, il obtint, par son énergie, une capitulation honorable, et ramena en France les troupes placées sous ses ordres. Rentré en Europe, il commanda en Belgique où il laissa une grande réputation de justice et de loyauté. En 1805 et 1806, il prit une large part aux campagnes d’Allemagne et de Prusse, en qualité de chef d’État-major de Murat, contribua puissamment à la victoire d’Ulm, et s’immortalisa à Austerlitz, à Iéna, à Erfurth, à Lubeck, à Heiberg, à Hoff, à Ëylau et à Friédlahd. Employé ensuite à l’armée d’Espagne, il fut nommé gouverneur de Madrid, dont, après la désastreuse bataille de Talavera, il apaisa l’insurrection en se jetant seul au milieu de la population soulevée. Aussi humain que brave, Belliard eut le courage de suspendre, malgré les ordres réitérés de Napoléon, l’exécution du marquis de Saint-Simon, et de laisser à la piété de sa fille le temps d’obtenir la grâce de son père. Devenu major général du roi Joseph, il dirigea toutes les opérations des divers points de l’armée péninsulaire, et commanda ensuite l’armée du centre. En 1812, il lit la mémorable campagne de Russie, et combattit "Witepsk, à Smolensk, à Mojaïsk, avec sa valeur accoutumée. C’est lui, qui, après la retraite de Moscou, ralliait réorganisai, en Russie, la cavalerie française. Dangereusement blessé à Leipzig, il continua la lutte, eut deux chevaux tués sous lui à Hanau , et rentra à Mayence avec les glorieux débris de l’armée. - Grandissant "au milieu des dangers de la patrie , Belliard combattit en héros sur le sol envahi de la France. Tour à tour major-général de l’armée, et commandant en chef de la cavalerie, il disputa pied à pied le terrain aux alliés, et resta jusqu’au dernier moment fidèle à la France et à l’Empereur : il ne quitta Fontainebleau qu’après le départ de Napoléon pour l’île d’Elbe.

La renommée de Belliard était trop éclatante pour que la Restauration ne crût pas devoir la rattacher à sa cause. Louis XVIII le nomma pair de France, chevalier de Saint-Louis, et, après le débarquement de l’île d’Elbe, major général de l’armée que le duc de Berry devait opposer à Napoléon. Fidèle à ses nouveaux devoirs, Belliard accompagna, la famille royale jusqu’à Beauvais, et ne rentra à Paris que sur l’ordre exprès de Louis XVIII.

Affranchi de ses engagements, il accepta de Napoléon une mission auprès de Murat ; mais quand il arriva à Naples, la ruine de ce prince était consommée. Rentré à Paris, il prit le commandement de l’armée de la Moselle, et se battit une fois encore pour l’indépendance de son pays. Après la seconde abdication de Napoléon, il fut dépouillé de son titre de Pair de France et jeté dans un cachot où il languit six mois, sans pouvoir obtenir des juges. Cependant, en 1822, cet homme dont le sang avait coulé dans cent combats fut réintégré dans ses dignités.

Après la révolution de Juillet, le nouveau gouvernement le chargea d’aller notifier au cabinet de "Vienne l’avénement de Louis-Philippe. Il fut ensuite nommé ambassadeur de France en Belgique, et son intervention personnelle sauva Anvers prêt à succomber sous le canon des Hollandais. Le 28 janvier 1832, il tomba frappé d’une attaque d’apoplexie foudroyante, au moment où il sortait du palais de Léopold. Bon, intègre, juste et affable, la mort de Belliard ne fut pas moins un sujet de deuil pour la Belgique que pour la France.

Ses dépouilles mortelles furent transportées à Paris et déposées au cimetière du Père Lachaise, le 14 mars de la même année.

Son nom est inscrit à l’arc de triomphe de l’Étoile, côté sud.

Sources : Les Gloires militaires de la France, Charles Mulliè, Paris, 1851.

Crédit photo : Jacques Senaeve_photo