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Révolution et Empire

VER HUELL Charles-Henry, amiral, comte de Sévenaer (1764-1845)

28eme division (1ere ligne, P, 28)
dimanche 31 décembre 2006.
 

Amiral et ambassadeur

Charles-Henry Ver Huell naquit à Doetichem (Pays-Bas) le 11 février 1764. Cadet dans un régiment d’infanterie en 1775, il demanda, en 1778, à entrer dans le service de mer, et fut admis l’année suivante en qualité de garde de la marine.

Il fit sa première campagne sur la frégate l’Argo, et se trouva au combat que l’amiral comte Bylandt livra à la division anglaise commandée par le commodore Fielding. Sous-lieutenant de la marine en 1781, il assista, à bord du même navire, au combat de Doggers-Banck (5 août 1781), fut blessé dans cette action par une explosion de gargousses, et obtint le grade de lieutenant de vaisseau en récompense de sa belle conduite.

De 1782 à 1785, il navigua dans la Méditerranée, sur les côtes d’Afrique et dans les mers du Nord. Vers la fin de la campagne de 1785, se trouvant dans le Zuyderzée, il ajouta à sa réputation par un beau trait d’intrépidité.

L’équipage d’un vaisseau s’était soulevé en masse et avait mis ses officiers aux fers ; le lieutenant Ver-Huell, chargé d’aller apaiser cette révolte, se jeta dans une embarcation à la tête de quatre-vingts hommes, s’approcha par surprise, s’élança le premier sur le pont, et, après avoir terrassé plusieurs matelots, il se rendit maître du bâtiment.

Promu au grade de major, premier lieutenant de vaisseau, il servit jusqu’en 1789 dans la mer Baltique, la mer du Nord et la Méditerranée. - Capitaine de frégate en 1791, il commanda une corvette destinée pour les Indes-Occidentales. Nommé en l’an III premier adjudant de l’amiral Kinsbergen, il organisa un corps de matelots armés, et fut élevé l’année suivante au grade de capitaine de vaisseau.

Lors du renversement du Stathoudérat, il se retira du service avec la presque totalité des officiers du corps de la marine, et, en l’an XI, il rentra à la sollicitation du gouvernement hollandais dans la marine avec le grade de contre-amiral.

Lors du fameux projet de descente en Angleterre, la Hollande dut fournir son contingent naval. Chargé par Napoléon du commandement de la flottille qui se rendit à Boulogne, l’amiral Ver-Huell livra à l’amiral anglais Keith, sous le cap Grinez, un combat qui excita l’enthousiasme de toute l’armée et lui mérita des témoignages de satisfaction de la part de Napoléon.

Vice-amiral et membre de la Légion-d’Honneur, le 12 prairial an XII, le gouvernement hollandais l’appela au ministère de la marine ; mais il refusa d’accepter le portefeuille avant d’avoir réuni sa flottille à celle des Français.

Un décret impérial confia à l’amiral Ver-Huell le commandement en chef de l’aile droite de l’armée navale chargée d’opérer contre les côtes d’Angleterre ; après le désarmement de la flottille rassemblée dans les ports de la Manche, il alla prendre possession du portefeuille de la marine en Hollande. - Ce fut lui qui, le 5 juin 1806, demanda, en qualité de président de la députation hollandaise, le prince Louis-Napoléon pour roi de Hollande, et il reçut à cette occasion le grand aigle de la Légion-d’Honneur. Le nouveau roi le nomma maréchal, grand croix de l’ordre de l’Union, et bientôt après ambassadeur à Paris.

En 1809, lors de la descente des Anglais dans l’île de Walcheren, l’amiral Ver-Huell fut chargé de prendre toutes les précautions de sûreté que commandait cet événement. Il arbora son pavillon sur le vaisseau amiral le Royal-Hollandais, et protégea efficacement les côtes de la Hollande. En récompense de ce service, Louis-Napoléon le créa comte de Sevenaer.

En 1810, lors de la réunion de la Hollande à la France, il fut nommé président de la junte instituée à cette occasion, et l’Empereur le maintint dans son grade de vice-amiral de la marine française. À partir de cette époque il appartint irrévocablement à la France. Appelé au commandement général des forces navales de l’Empire sur les côtes de la mer du Nord et de la Baltique, depuis l’Ems jusqu’à Dantzig, il déploya dans ces fonctions importantes une activité remarquable ; on lui doit l’établissement des chantiers de construction dans les ports de Brème, de Hambourg et de Lubeck.

Le 1er mars 1811, l’Empereur lui accorda une pension de 15.000 francs sur les fonds de la Légion-d’Honneur, et le nomma comte avec une dotation de 10.000 francs. Grand officier de l’Empire au commencement de 1812, il prit le commandement de l’armée navale du Helder et du Texel, et des forces réunies dans le Zuyderzée.

Quand l’insurrection éclata en Hollande vers la fin de 1813, l’amiral Ver-Huell sut concilier ses devoirs envers son ancienne patrie et sa patrie adoptive. Il fit entrer la flotte placée sous ses ordres dans le port de Nieuste-Diep, puis il s’enferma avec les équipages français et toute la garnison du Helder dans le fort de la Salle. En même temps il occupa le fort Morland ; il se maintint dans cette position pendant tout l’hiver de 1813 à 1814. Ce ne fut qu’après l’abdication de l’Empereur qu’il consentit à remettre la place du Helder et les autres forts au général Jonge qui les assiégeait : il partit alors pour Paris.

Louis XVIII le maintint dans sou grade et ses titres, le nomma chevalier de l’ordre du Mérite militaire, et lui accorda des lettres de grande naturalisation. L’amiral Ver-Huell fixa définitivement son séjour dans le pays à la gloire et aux intérêts duquel il s’était voué depuis si longtemps.

En 1815, le gouvernement provisoire mit deux frégates du port de Rochefort à la disposition de l’Empereur pour le transporter aux États-Unis ; l’on sait que les escadres anglaises bloquaient ce port et attendaient sa sortie. Napoléon demanda Ver-Huell pour commander ces deux bâtiments. - La question fut agitée à la Chambre des Pairs, et le ministre de la marine, Decrès, déclara que le grade de l’amiral Ver-Huell lui paraissait trop élevé pour le charger du commandement de deux simples frégates.

L’amiral Ver-Huell, alors absent de Paris, n’apprit que plus tard ce qui s’était passé. Ses regrets témoignèrent qu’il savait apprécier autrement que le ministre un choix si glorieux. - Quant à Napoléon, voici ce qu’il écrivit sur le rocher de Sainte-Hélène : « Si cette mission avait été confiée à Ver-Huell, ainsi qu’on me l’avait promis, il est probable qu’il eût passé. »

Admis à la retraite en 1816, il fut élevé à la dignité de pair de France le 5 mars 1819. Il est mort en octobre 1845, à l’âge de 81 ans, après de longs et brillants services, mêlés depuis 1779 aux plus glorieux faits d’armes de la France et de la Hollande.

Sources : Charles Mulliè, Biographies des gloires militaires de la France, Paris, 1852.