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Révolution et Empire

MURAT Joachim, maréchal et roi de Naples (1767-1815)

36eme division (cénotaphe)
dimanche 31 décembre 2006.
 

Homme d’action, cavalier fabuleux, roi et maréchal, grand soldat, tout a été dit sur Joachim Murat, ou tout reste a dire...

Ce grand sabreur n’aurait, selon la légende, jamais sorti son sabre pour charger l’ennemi, se contentant de sa cravache... Vraie ou fausse, cette légende nous restitue pleinement le personnage, un d’Artagnan au siècle du prestige français, digne contemporain des Lassalle, Drouot, Ney, d’Hautpoul ...

Maréchal et roi de Naples

Joachim Murat est né à la Bastide-Fortunière,(aujourd’hui Labastide-Murat) près Cahors (Lot), le 25 mars 1767. Il est le denier né d’une famille de onze enfants, fils d’un aubergiste , il fit ses études à Toulouse. Il s’y préparait au noviciat sacerdotal et porta le petit collet. Ses camarades de la Bastide l’appelerent l’abbé Murat. Le jeune Joachim aimait les plaisirs, il fit des dettes et craignant le courroux paternel il s’enrôla dans un régiment de chasseurs des Ardennes qui passa par Toulouse. Renvoyé pour insubordination, il retourna quelque temps chez son père, et fut admis ensuite dans la garde constitutionnelle de Louis XVI. Sous-lieutenant dans le 11e de chasseurs à cheval. Lieutenant-capitaine et chef d’escadron en 1792. Destitué comme terroriste après le 9 thermidor. Aide-de-camp du général Bonaparte à la première campagne d’Italie. Général de brigade à la même armée.

A la bataille de Roveredo ( 4 septembre 1796), il. fut chargé par Bonaparte de poursuivre l’ennemi qui, en fuyant, cherchait à se rallier ; à la tête d’un escadron de chasseurs du 10e régiment dont chaque cavalier portait un fantassin en croupe / il passa l’Adige à gué, et cette attaque inattendue jeta la confusion dans les rangs de l’ennemi. Au combat de Bassano , livré le 22 du même mois, il commandait un corps de cavalerie dont les charges brillantes contre les carrés de l’infanterie austro-sarde contribuèrent puissamment au succès de la journée.

Le 13 mars 1797 il exécuta avec sa cavalerie le fameux passage du Tagliamento , fait d’armes qui déconcerta tous les plans de l’archiduc Charles et qui devait forcer l’Autriche à signer les préliminaires d’un traité de paix.

Général de division en Egypte, il déploya la plus grande valeur à la prise d’Alexandrie et à la bataille des Pyramides.

Un jour il fut enveloppé par un grand nombre de Mamelucks ; on le crut tué ; mais quelques cavaliers français parvinrent à le dégager ; il n’avait reçu aucune blessure ; mais son sabre brisé et teint de sang attestait la lutte qu’il venait de soutenir. Quand Bonaparte mit le siège devant Saint-Jean-d’Àcre, l’infériorité de l’artillerie française décida le général en chef à tenter l’assaut de cette place. Murat se présenta pour monter le premier à l’assaut ; Bonaparte lui refusa d’abord ce périlleux honneur ; mais Murat fut si pressant qu’il fallut bien le lui accorder. Saint-Jean-d’Acre eût été emporté si l’héroïsme avait pu suffire. A cet assaut meurtrier où Murat se distinguait, comme un but aux coups de l’ennemi, par le panache qui flottait au-dessus de sa tête, il reçut dans le collet de son habit une balle qui traversa sa cravate et lui effleura le cou ; son panache abattu par une autre balle resta au pouvoir des assiégeants, et le pacha l’ayant réclamé, le montrait toujours comme un glorieux trophée.

Mustapha-Pacha, à la tête de 18 000 Turcs, avait abordé dans la rade d’Aboukir. Bonaparte ayant ordonné l’attaque du camp des Turcs, ceux-ci se défendaient avec courage et quelque chance de succès, lorsque Murat, commandant de l’avant-garde, détacha un de ses escadrons, en lui ordonnant de charger l’ennemi et de traverser toutes les positions, pendant que le général Lannes se portait à l’attaque d’une redoute jusqu’aux fossés de laquelle l’escadron de Murat devait pénétrer. Ces deux attaques combinées jetèrent le trouble et la confusion dans le camp ennemi. « L’intrépide cavalerie du général Murat, écrivait Bonaparte au Directoire, a résolu d’avoir le principal honneur de cette journée ; elle charge l’ennemi sur sa gauche, se porte sur les derrières de la droite, la surprend à un mauvais passage et en fait une horrible boucherie. Le gain de cette bataille est dû principalement à Murat. Je vous demande pour lui le grade de général de division ; sa brigade de cavalerie a fait l’impossible. »

Cette bataille fut la dernière livrée par Bonaparte en Egypte ; rappelé en France par les événements graves qui s’y passaient ; il ne ramena d’Egypte que sept personnes au nombre desquelles se trouvait Murat.

Ce fut lui qui, au 18 brumaire, entra à la tête de 60 grenadiers dans la salle des Cinq-Cents et prononça la dissolution de ce Conseil.

Commandant de la garde consulaire après cette journée , c’est alors qu’il épousa Caroline Bonaparte, sœur de Napoléon. Commandant la cavalerie de la grande armée dans la campagne de Marengo, il contribua puissamment au succès de cette bataille.

Gouverneur de la République cisalpine en 1802. Gouverneur de Paris (il logeait au Palais de l’Elysée) et général en chef en 1804. Maréchal d’Empire, prince et grand amiral, commandant la cavalerie de la grande armée dans la campagne d’Austerlitz, il avait porté les premiers coups à l’Autriche et obtenu les premiers succès ; après s’être emparé des débouchés de la forêt Noire, il avait enfoncé et dispersé une forte division autrichienne, lui avait pris son artillerie, ses drapeaux et 4000 prisonniers. Peu de jours après, il avait forcé le général Werneck à capituler, rien ne résistait à cette redoutable cavalerie française commandée par un chef aussi intrépide : 1 500 chariots, 50 pièces de canon, 1 600 prisonniers avaient été les trophées de sa marche victorieusejusqu’à Nuremberg.Un nouvel ennemi se présente ; les Russes entrent en ligne. Murat atteint une de ses divisions, lui enlève cinq pièces de canon et 500 hommes, la poursuit, l’attaque de nouveau sur les hauteurs d’Amstetten et lui fait éprouver une nouvelle perte de 1 800 hommes. Murat entre à Vienne à la tête de sa cavalerie ; il avait failli surprendre l’empereur d’Autriche dans l’abbaye de Molk ; il sort de Vienne pour poursuivre l’ennemi, sabre l’arrière-garde à Hollabrünn, mais trop généreux, lui accorde un armistice que Napoléon blâme vivement. Pour réparer sa faute, il prend aux Russes, à Guntersdorf, 1 800 hommes et 12 pièces de canon et se couvre de gloire à Austerlitz : c’est alors que Napoléon le nomme grand duc de Berg et de Clèves.

Mais la campagne de Prusse l’arracha aux soins de sa souveraineté ; Murat, toujours à l’avant-garde , traverse la Saale, détruit deux régiments qui lui disputent le passage, se bat comme un lion à Iéna, force l’importante place d’Erfurth à capituler, harcèle avec une ardeur infatigable les débris de l’armée prussienne, et fait toute une brigade prisonnière dans le faubourg de Prentzlaw. Une capitulation lui livre 64 pièces d’artillerie, 45 drapeaux, six régiments de cavalerie, 1 600 hommes d’infanterie et le prince de Hohenlohe qui commandait ces troupes. Attaqué dans Lubeck, Blucher se rend à Murat avec les troupes et le matériel qu’il avait cru sauver par un indigne subterfuge. Pendant ce temps, une des divisions de Murat, commandée par le général Lasalle avait fait capituler une garnison nombreuse qui défendait Stettin , une des plus fortes places de la Prusse : « Puisque vous prenez des places fortes avec votre cavalerie, écrivait Napoléon à son beau-frère, je pourrai congédier le Génie et faire fondre mes grosses pièces. » Cependant les Russes accourent au secours des Prussiens aux abois. Les Français marchent au-devant d’eux. Murat les attaque, les chasse de Varsovie où il entre le 28 novembre 1806. A Eylau, c’est encore Murat qui force l’ennemi a la retraite , après avoir enfoncé son infanterie : une grande partie de l’artillerie russe tombe au pouvoir du grand duc de Berg.

Élu roi des Deux-Siciles en 1808, il se concilia l’affection de ses sujets par une administration douce et paternelle et par le respect qu’il montra pour les mœurs de ses sujets allemands ou italiens.

Commandant général de la cavalerie française en Russie, il se montra dans cette campagne aussi ardent, aussi impétueux que dans les précédentes : il fut terrible aux ennemis, surtout au combat d’Ostrowno, à la bataille de Smolensk.

Retourné à Naples en janvier 1813, il ne rejoignit l’armée française qu’après les batailles de Lutzen et de Bautzen. L’Empereur lui confia le commandement de l’aile droite à la bataille de Dresde, et Murat eut une belle part à cette victoire. Il se distingua encore à Wachau et à Leipzig, et retourna en Italie.

Bientôt après il traita avec l’Autriche et se joignit aux ennemis de la France en 1814. Battu le 2 mai à la bataille de Tolentino, Murât y fit des prodiges de valeur, et s’y montra même général habile, homme de grande guerre par les dispositions qu’il prit pour réparer les fautes de ses lieutenants et suppléer à la faiblesse de ses troupes. La jonction des forces du général Neiperg avec celles du général Bianchi détermina la retraite de l’armée napolitaine.

Détrôné le 19 mai 1815, retiré en France durant les Cent-Jours, et proscrit après, il alla en Corse et organisa une expédition.

Parti d’Ajaccio, le 28 septembre 1815, il arriva le 8 octobre au village de Pizzo, dans les Calabres, où il fut arrêté le même jour et fusillé cinq jours après.

Murat avait gouverné avec bonté et modération les Napolitains qui se montrèrent si ingrats. Il fit pour eux plus que tous les rois ses prédécesseurs et mérita réellement leur amour. Une armée de 15 à 16 000 brigands mal vêtus, mal disciplinés, devint par lui une armée de 70 000 hommes de belles troupes. Il opéra la même révolution dans la marine, dans l’administration civile, dans les lettres et les sciences. On lui a reproché son goût pour la parure qui lui avait fait donner le sobriquet de Roi Franconi, mais c’est par cela seul qu’il plut aux Napolitains et réussit auprès d’eux.

Murat vu par ses contemporains

« Après l’armistice de Cherasque, le général Murt, premier aide-de-camp du général en chef de l’armée d’Italie, fut expédié pour Paris, avec vingt et un drapeaux et la copie de l’armistice. Napoléon avait pris cet officier au 13 vendémiaire ; il était alors chef d’escadron au 21e de chasseurs. Il a été depuis marié à la sœur de l’Empereur, maréchal d’Empire, grand duc de Berg, roi de Naples, etc. -11 a eu une grande part à toutes les opérations militaires du temps ; il a toujours déployé un grand courage et surtout une singulière hardiesse dans les mouvements de cavalerie. » (Comte de LAS CASES.)

- « Il n’y avait pas deux officiers dans le monde pareils à Murat pour la cavalerie, et à Drouot pour l’artillerie : Murat avait un caractère très-singulier. Il y a environ vingt-quatre ans qu’il était capitaine ; je le pris pour mon aide-de-camp ; je l’ai fait tout ce qu’il a été depuis. 11 m’aimait ; je peux même dire qu’il m’adorait. Il était, en ma présence, comme frappé de respect et prêt à tomber à mes pieds. J’ai eu le tort de l’éloigner de ma personne ; car, sans moi, il n’était rien, et à mes côtés, il était mon bras droit. Si j’ordonnais à Murat d’attaquer et de culbuter 4 ou 5,000 hommes dans une direction donnée, c’était l’affaire d’un moment Je ne puis concevoir comment un homme si brave pouvait être si faible en certaines circonstances ; il n’était brave que devant l’ennemi, et là, c’était peut-être l’homme le plus vaillant du monde, son courage impétueux le portait au milieu du danger ; couvert de plumes qui s’élevaient sur sa tête comme un clocher et tout d’or, c’était un miracle qu’il échappât tant il était facile à reconnaître à son costume. Toujours en butte au feu de tous les ennemis, les Cosaques eux-mêmes l’admiraient à cause de son étonnante bravoure. Chaque jour, il était engagé dans un combat particulier avec quelques-uns d’entre eux, et ne revenait jamais sans avoir teint son sabre de leur sang. En campagne, c’était un vériiable paladin ; mais si on le prenait dans le cabinet, c’était un poltron sans jugement ni décision. Murat et Ney étaient les deux hommes les plus braves que j’aie jamais connus. Le caractère de Murat était cependant plus noble, car il était généreux et franc. Chose étrange ! Murat, malgré l’amitié qu’il me portait, m’a fait plus de mal que qui que ce soit au monde. Quand je quittai l’île d’Elbe, je lui envoyai un courrier pour l’informer de mon départ ; il prétendit qu’il devait attaquer les Autrichiens, le courrier se jeta à jes genoux pour l’en empêcher ; il me croyait maître de la France, de la Belgique et de la Hollande, et il devait, disait-il, faire sa paix avec moi et ne pas adopter de demi-mesures ; il chargea les Autrichiens comme un fou, avec sa canaille, et ruina mes affaires ; car, dans le même temps, je faisais avec l’Autriche une négociation d’après laquelle je stipulais qu’elle resterait neutre. Ce traité était sur le point d’être conclu, et alors j’aurais régné paisiblement. Mais aussitôt que Murat attaqua les Autrichiens, l’empereur François crut qu’il n’agissait que d’après mes instructions ; et, en effet, il sera difficile de faire croire le contraire à la postérité. Metternich dit : « Oh ! l’Empereur est toujours le même ; c’est un homme de fer. Le séjour qu’il a fait à l’île d’Elbe ne l’a pas changé, rien n’est capable de le guérir : tout ou rien, voilà sa devise ! » - L’Autriche se joignit à la coalition, et ma perte fut consommée.

-  « Murat ignoraitque ma conduite fût réglée d’après les.circonstances. Il était comme un homme qui regarde le changement de décorations à l’Opéra, sans jamais penser à la machine qui les met en mouvement : il n’a pas cru me faire un grand tort en se séparant de moi la première fois ; car il ne se serait pas joint aux alliés. Il calcula que je serais obligé de céder l’Italie et quelques autres pays ; mais il n’a jamais envisagé ma ruine entière. » (Docteur O’MEARA, d’aprés l’Empereur Napoléon)

- « On ne le plaindra pas : c’était un traître. Il ne m’a jamais dit qu’il fût déterminé à défendre son trône ; et jamais je ne lui ai manifesté l’intention de réunir les royaumes d’Italie et de Naples, ni de lui ôter la couronne et de le faire connétable de l’Empire : certainement, je me suis servi de lui comme d’un instrument pour exécuter de grands projets sur l’Italie, et mon intention était de déposséder Murat du trône de Naples ; mais le temps n’était pas venu, et, d’ailleurs, je lui aurais donné une indemnité convenable. Sa lettre à Macirone est d’un ridicule achevé, et son entreprise est celle d’un fou. Quel, motif avait-il de se plaindre de l’empereur d’Autriche qui s’était conduit généreusement, qui lui avait offert un asile partout où il voudrait dans ses États, et qui ne lui imposait d’autre condition que celle de ne pas les quitter sans sa permission : ce qui était très-essentiel. Dans l’état où en étaient les choses, que pouvait-il exiger de plus ? moi-même, je n’aurais jamais demandé davantage à l’Angleterre. C’était un acte de générosité de la part de l’empereur d’Autriche ; il lui rendait le bien pour le mal, car Murat avait fait tous ses efforts pour lui enlever l’Italie. » (O’MÉARA, d’aprés l’Empereur Napoléon.)

Il était dans la destinée de Murat de nous faire du mal, il nous avait perdus en nous abandonnant, et nous perdit en prenant trop chaudement notre parti.

« Murat avait perdu deux fois Napoléon, et cependant c’est à Toulon que Murat accourut chercher un asile. Je l’eusse amené à Waterloo, disait Napoléon, mais l’armée française était si patriotique, si morale, qu’il est douteux qu’elle eût voulu supporter celui qu’elle disait avoir perdu la France. Je ne me crus pas assez puissant pour l’y maintenir, et pourtant, il nous eût valu peut-être la victoire ; car que nous fallût-il dans certains moments de la journée ? enfoncer trois ou quatre carrés anglais : or, Murat était admirable pour une pareille besogne ; il était précisément l’homme de la chose. Jamais, à la tête d’une cavalerie, on ne vit quelqu’un de plus déterminé, de plus brave, d’aussi brillant.

« En fusillant Murât, les Calabrais ont été plus humains, plus généreux que ceux qui m’ont envoyé ici. » (Comte de LAS-CASES).

-  « Le roi de Naples est un bon militaire ; c’est un des hommes les plus brillants que j’ai jamais vus sur un champ de bataille. Pas d’un talent supérieur, assez timide pour le plan des opérations ; mais au moment où il voit l’ennemi, tout cela disparaît et fait place à une valeur éblouissante. C’est un bel homme, grand, bien mis, avec beaucoup de soin, quoique d’une manière un peu fantasque : enfin un superbe lazarone. Il fallait le voir à la tête de la cavalerie ; il la menait même trop bien, car il faisait tuer trop de monde ; mais il était toujours en avant : c’était un spectacle magnifique. » (NAPOLEON à l’île d’Elbe.)

En parlant du roi de Naples l’Empereur avait un ton plus animé que sur tout autre sujet.

La sépulture de la famille Murat au Père Lachaise est le cénotaphe de Joachim Murat et de son épouse née Caroline Bonaparte (1782-1839), soeur de Napoléon (elle repose à Florence). Sont également inhumés dans cette tombe : S.A.R, le prince Joachim Murat, prince de Ponte-Corvo (1834-1901), général, officier d’ordonnance de l’Empereur Napoléon III, commandeur de la Légion d’Honneur, décoré de la médaille militaire ainsi que de plusieurs ordres étrangers. Il fut chargé de recevoir en Angleterre, le cercueil du Prince Impérial, tué par les zoulous. Son épouse,Malcy Berthier, princesse de Wagram (1832-1884).

Sources : biographies des gloires militaires, par C. Mulliè, Paris 1852.

Le Mémorial de sainte-Hélène, Comte de Las Cases.

Mémoires pour servir a l’histoire de Napoléon, Dr O,Méara