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WAROQUIER Henry de (1881-1970)

4eme division
mercredi 6 décembre 2006.
 
De mon passage à l’Ecole Estienne, il y a bien longtemps, j’ai retenu le nom et l’oeuvre d’Henry de Waroquier. Mes professeurs d’alors nous le restituaient comme un modèle de créativité. L’auteur était toujours de ce monde et donc encore accéssible, sans cette forme d’idéalisme que confère la mort. Ces quelques lignes, ce petit article, c’est aussi une forme d’hommage à cet artiste dont l’oeuvre est encore trés prisée des connaisseurs...

Peintre, sculpteur et graveur

Peintre français (1881-1970) Henry de Waroquier débute par une oeuvre picturale d’imagination. Il est alors professeur de composition décorative à l’Ecole Estienne à Paris.

Les voyages qu’il fait en Italie, en 1920, et en Espagne, en 1921, l’amènent à peindre le paysage sur nature et la figure humaine. Il est influencé par le cubisme, mais des éclairages dramatiques et la figuration de visages pathétiques donnent à son oeuvre un accent tragique.

Egalement sculpteur et graveur, il exécute en 1937 une composition murale pour le Palais de Chaillot, La Tragédie.

Le philosophe Alain vu par Henry de Waroquier

J’ai tout de suite aimé l’homme.Il savait mettre à l’aise par sa simplicité ; la force calme de sa haute stature rassurait, la finesse normande de son sourire nuancé séduisait avant même d’avoir entendu sa parole. Quand je le rencontrai pour la première fois, il était déjà douloureusement frappé dans son corps. Ce tourment, accepté avec sérénité, rendait pour moi sa visite particulièrement émouvante. Soutenu par notre ami le docteur A. Laporte qui le conduisit à mon atelier au débutd’un après-midi de l’année 1937 pour voir La Tragédie, peinture que je venais d’achever pour le Théâtre de Chaillot, il m’honora généreusement de sa présence et me fit don de sa pensée jusqu’au crépuscule. Devant mon ouvrage, avisant deux figures, deux spectateurs étrangers au drame, deux passants auxquels je n’attachais aucune signification particulière, deux silhouettes poussées là par l’exigence des rapports et des proportions, il me dit : « Je vois les sages devant le temple. » Les sages, mot de philosophe, le terme est beau devant la tragédie, je le garde comme un présent d’Alain. Ce jour-là, la conversation s’engagea tout naturellement sur la peinture et la sculpture, sujets intarissables pour lui, objets de deux des principaux chapitres de cette suite de méditations considérée par lui comme un Système des Beaux-Arts, oeuvre qu’il m’offrit, par la suite, « en souvenir d’un précieux entretien ». En lisant cet ouvrage, j’avais été frappé sur plus d’un point par la divination surprenante de cette part impénétrable que contient le faire pour celui qui n’exerce pas l’art dont il parle. A l’occasion d’une visite que je lui rendis au Vésinet, je devais prendre conscience de cette force de pénétration. Lui ayant exprimé mon admiration à ce sujet, il me fit part de son désir de tenter d’accéder au premier étage de sa maison, ce qui, me dit-il, ne lui était pas arrivé depuis longtemps. Il me pria de l’accompagner. Son visage heureux reflétait la malice, je sentis qu’il guettait ma surprise au moment où, ouvrant la porte d’une chambre toute tapissée de petits panneaux, serrés les uns contre les autres, et représentant des paysages des environs de sa demeure, je compris qu’il sacrifiait à la peinture. Le couteau en main (ces petites études étaient peintes au couteau), le philosophe fait peintre, disséquant de près les choses et les sensations par l’expérience vécue, me donnait à entendre combien la réalité de ses investigations poussées jusque dans l’acte, était en accord avec les vérités de sa philosophie vivante. J’allai le voir pour la dernière fois quelques mois avant sa mort. Je le trouvai enveloppé de couvertures, assis, lisant à sa table de travail. Dans l’immobilité sculpturale étreignant de plus en plus son être, l’esprit vivant et toujours enseignant animait son visage rayonnant d’une sérénité réconfortante pour ceux qui avaient la joie de l’approcher. En prenant congé d’Alain avecl’espoir de le revoir bientôt, il me confia d’une voix assurée où perçait l’humour : « Je suis entré dans l’éternité. » Ce sont les derniers mots que j’entendis de lui.

HENRY DE WAROQUIER.

Sources : Fond Henry de Waroquier, Compagnie des Commissaires priseurs, Les cimetières.com et divers (APPL 2006)