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Compositeurs - Musiciens - Chanteurs

BRANCHU Caroline (1780-1850)

23eme division
samedi 8 juillet 2006.
 

Chanteuse d’Opéra, amie de Napoléon

Caroline Chevalier de Lavit, dite Caroline Branchu est sans doute née en 1780, à Cap-Français (aujourd’hui Cap-Haïtien). Cette soprano du XIX siècle possède très tôt de remarquables dispositions musicales, ce qui lui vaut la protection du fameux chevalier de Saint-Georges, épéiste fameux, mais aussi un célèbre violoniste qui la fait entrer au conservatoire le 23 messidor an V. En 1798, elle en sort avec le Premier Prix de chant et celui de déclamation lyrique en 1799. Ses professeurs sont : Richer (en l’an VII, Dugazon en l’an IX, et enfin, Garat). Son maître, Garat, la tient en très haute estime, il écrit en 1797 : -« Cette enfant a un instinct étonnant de la scène. Elle dépassera Madame de Saint-Huberty. C’est une âme de feu, ayant à son service une voix, dont le timbre réveillerait Gluck. »

Elle est engagée à l’Opéra, devenu théâtre de la République et des Arts, le 21 prairial an VI et le 1er germinal an VII, elle débute le 26 décembre 1798 dans Œdipe a Colone de Sacchini, puis dans Iphigénie en Aulide de Gluck.

Elle remporte très vite un succès fabuleux, devenant la coqueluche du public, mais du même coup, suscitant la colère et la jalousie de ses rivales. Pour exemple : Mme Maillard, première chanteuse de l’Opéra déclare : « Les voilà qui font jouer des sujets de leurs écoles et nous restons là. En effet, le 8, il doit y en avoir une, la nommée Chevalier, une mulâtre qui chante assez bien, a-t-on dit. ». La future duchesse d’Abrantès porte elle, le jugement suivant : L’orchestre avait commencé son sabbat harmonique, donnant le diapason à Laforest et Laîné qui criaient tous deux à qui mieux mieux, tandis que Mme Maillard leur tenait tête avec des poumons dignes d’une romaine des temps antiques, nous faisant regretter que Melle Chevalier n’occupât point la scène. »

Caroline épouse en 1800, le danseur Isaac Branchu. Dans l’ordre d’importance, dans les préséances des cantatrices, elle trône à la cinquième place, après Mme Maillard, Latour, Henry et Armand. Le 5 avril 1802, tout de suite après la paix d’Amiens, elle tient le rôle d’Iphigénie. Selon la légende, c’est à cette époque que Caroline Branchu aurait attirée l’attention du Premier Consul, Napoléon Bonaparte et serait devenue sa maîtresse. Quoi qu’il en soit, dès cet instant, sa carrière connaît un grand élan en avant, elle passe du cinquième rang, au deuxième, parmi les cantatrices de l’Opéra, juste derrière Mme Maillard.

Elle devient officiellement cantatrice de la musique particulière de Napoléon le 24 septembre 1803. Très rapidement, elle devient première chanteuse de la Chambre Impériale, avec comme émoluments la coquette somme de trois mille francs de traitement. Son mari, pour sa part, est intégré dans le Corps de ballet avec deux mille francs de traitement.

En 1815, c’est le départ à la retraite de sa rivale, Mme Maillard. Notre Caroline passe enfin au premier rang des cantatrices de l’Opéra. Elle fera à ce poste, une carrière très riche, tenant quatre vingt onze rôle au total. Elle s’illustre brillamment dans ses interprétations de Puccini, Paisiello, Gluck, Cherubini, Spontini. Parmi ses plus belles créations, citons son rôle dans la Vestale, dans laquelle elle campe Julia, lors de la première en 1807, Fernand Cortez, les Bayadères, les Abancèrages, la Jérusalem délivrée, et Olympie.

Caroline Branchu prend sa retraite le 27 février 1826 avec une ultime représentation d’Olympie. Elle succombe alors pour l’allure et la prestance d’un aventurier sans le sou, de dix ans son cadet, Claude Charles Pierquin, se faisant appeler Pierquin du Gembloux. Cette liaison s’avère très vite désastreuse. On connaît le déroulement et la fin désastreuse de cette idylle par la correspondance et les billets échangés par les deux amants et aussi par la correspondance entre Caroline et Marcelline Desbordes-Valmore, son amie. Les deux femmes sont très liées et vivent ensemble rue Coquenard après 1834.

Caroline Branchu est décédée à Passy en 1850. Son buste se trouve à l’Opéra de Paris. Un portrait d’elle figura de 1859 à l’incendie de 1873, peint par Dupavillon, élève talentueux de David.