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Le cimetière de Varangeville (Seine Maritime)

mardi 27 juin 2006.
 

Le cimetière de Varengeville-sur-Mer

(Seine maritime)

A quelques kilomètres de Dieppe, surmontant les falaises blanches du Pays de Caux, est niché le petit cimetière marin de Varengeville-sur-mer. A n’en pas douter, on se trouve ici dans l’un des plus beaux cimetières de France : balayé par le vent de la mer toute proche, il offre une vue sur les falaises dieppoises jusqu’au Tréport. Une centaine de tombes entourent la petite église de St Valery. La beauté du site explique en grande partie le grand nombre d’artistes qui fréquentèrent les lieux : Isabey, Monet, André Breton ou Raymond Queneau (qui ne dut pas tant l’apprécier que cela puisqu’il évoque Varengeville de la manière suivante : « bled dont je ne chéris guère la mémoire, un bourg normand dit Varengeville - localité célèbre asquondi, à divers titres dans l’histoire de la peinture"). Malgré son exiguïté, c’est un cimetière fort bien fréquenté :

Georges de Porto-Riche (1849-1930) fut un auteur dramatique, un poète et un académicien français. Il est bien oublié de nos jours, mais connut le succès en son temps grâce à sa pièce Amoureuse. On dit que Léon Blum était un passionné de son œuvre. Il repose sous une plaque simple - et bien abîmée - avec pour épitaphe « J’aurai peut-être un nom dans l’histoire du cœur ».

 Le compositeur Albert Roussel (1869-1937) apprit le contrepoint à la Schola Cantorum et eut pour professeur Vincent d’Indy. Il y enseigna ensuite, et eut pour élèves Erik Satie, Roland-Manuel ou Varèse. Il composa beaucoup (symphonies, concertos...). C’est en 1922 qu’il acheta une maison à Varengeville, ce qui explique sa présence au cimetière. Il repose sous un énorme bloc cuivré rectangulaire. Sur chacune des faces, des représentations de ses œuvres, en particulier des motifs indiens et orientaux évoquant son opéra-ballet Padmâvâti.

 Avec son ami Picasso, le peintre Georges Braque (1882-1963) fonda le cubisme, mouvement dont qu’il n’abandonna jamais. Il vécut à Varengeville des années 30 à sa mort, et affectionnait le lieu. Des vitraux de la petite église St Valery sont de lui. Une colombe cubiste protège sa tombe, face à la mer.

Cà et là dans le cimetière, d’autres tombes attirent le regard : le monolithe dressé de la famille Yard, sépulture de l’épouse et du fils de Francis Yard (1876-1947), instituteur et poète normand sacré en son temps « poète des Chaumes » par la Bohème montmartroise, qui repose pour sa part au cimetière monumental de Rouen ; la dalle simple du mathématicien Raphaël Salem (1898-1963), qui travailla toute sa vie sur les séries de Fourier, enseigna dans les universités les plus prestigieuses (Sorbonne, Cambridge, Harvard), dont la tombe reproduit la citation de Montaigne : « Si j’avois à revivre, je revivrois comme j’ai vescu » ; la tombe édifiante nous contant l’ascension sociale d’un ancien grognard devenu percepteur...

Enfin, pour les cinéphiles, le cimetière servit en 2001 de décor à une scène de mariage du film de Patrick Timsit « Quelqu’un de bien » dans lequel ce dernier partageait l’affiche avec José Garcia.

Sources : Les Echos de l’APPL N°5 (APPL 2005)

Crédit photos : Philippe L. (APPL 2005)