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Le Golders Green crématorium (Grande Bretagne)

mardi 27 juin 2006.
 

Le Golders Green de Londres

Ce mois-ci, nous vous proposons de partir à la rencontre d’un lieu peu connu de Londres. S’il n’a pas la beauté paysagère et l’ancienneté des vieux cimetières londoniens, tel le Kensal Green qui fera l’objet d’un prochain article, le Golders Green crematorium n’en est pas moins un endroit très intéressant dans la mesure où il donne une certaine image de l’avenir funéraire dans nos vieux pays européens. Impeccables arcades de briques rouges dans un grand parc fleuri, il témoigne du fait que chez nos voisins britanniques, la crémation est devenue désormais la norme.

En 1900, Londres ne parvient plus à faire face à la demande en crémation, d’autant que l’unique crématorium créé en 1885, celui de Brompton, à Woking dans le Surrey, se trouve à une grande distance de la ville. Il est donc décidé d’établir dans la banlieue bourgeoise du nord de Londres, à Golders Green, un nouveau crématorium.

On confia les travaux aux architectes Ernest George (l’auteur de l’hôtel Claridge) et Alfred Yeates. Ils réalisèrent une série de bâtiments en brique rouge dans le style Lombard. L’ensemble devait être harmonieux, constitué d’un cloître, de chapelles, et de columbariums. Le crématorium ouvrit ses portes en 1902 : son succès fut immédiat et il est devenu depuis le plus important lieu de crémation de toutes l’Angleterre. On estime que depuis son ouverture, plus de 300 000 corps y furent incinérés.

Aujourd’hui, le lieu est à la fois étrange et harmonieux : étrange dans la mesure où sa structure en brique rouge, sa cheminée et sa fonction ne sont pas sans rappeler les bâtiments d’Auschwitz ! Néanmoins, la ressemblance s’arrête-là : très décoré et très fleuri, le crématorium de Golders Green est également un gigantesque parc où alternent massifs de fleurs (chacune d’entre-elles est un discret témoignage du défunt dont les cendres servent finalement d’engrais, une petite plaque rappelant l’identité du crématisé) et vastes pelouses de dispersion (découpées en carrés portant une lettre). Certaines parcelles portent le nom de célébrités, crématisées ou non au Golders Green. Sous les arcades de briques, les murs sont entièrement tapissés de plaques commémoratives : certaines n’ont valeur que de cénotaphes, les cendres des défunts ayant été repris par les familles ou dispersées ailleurs. Les columbariums à l’image de ceux du Père-Lachaise, sont établis sur plusieurs étages. Néanmoins, ils ne sont pas aussi sinistres : la lumière y est étudiée de manière à conférer à l’endroit une sérénité destinée aux familles en visite. Les urnes funéraires sont parfois visibles, assez diverses d’aspect. D’autres, tel dans nos columbariums français, sont cachées par une plaque scellée au mur. Répondant à la conception anglo-saxonne de la mort, il n’est pas rare d’y voir un grand nombre d’objets rappelant le mort. Certaines alcôves sont de véritables petits musées dédiés à la personnalité du défunt.

En fonction depuis plus d’un siècle, il était logique qu’un grand nombre de célébrités britanniques ou étrangères s’y soient faites crématisées. Les cendres de beaucoup d’entre-elles furent ensuite transférées dans d’autres endroits (tel Alexander Fleming, le père de la pénicilline, désormais à St-Paul ou le Premier ministre Neville Chamberlain, qui reçut les honneurs de Westminster). D’autres reposent bien sous les arcades de Golders Green : parmi celles ayant un éclat en France, on pourra citer le très célèbre Sigmund Freud (1856-1939), réfugié à Londres à l’extrême fin de sa vie pour fuir le régime nazi, et dont les cendres furent placées dans une antique urne grecque qui lui avait été offerte par la princesse Marie Bonaparte ; le romancier Abraham Stoker (1847-1912), l’incomparable auteur de Dracula ; la danseuse Anna Pavlova (1881-1928), qui possédait une maison à Golders Green où elle termina sa vie.

S’y trouvent également l’acteur-idole Ivor Novello (1893-1951), qui était aussi un compositeur de talent ; le comédien Peter Sellers (1925-1980), définitivement associé à la Panthère Rose, la contralto Kathlen Ferrier (1912-1953) qui repose sous une rose, ou le plus prosaïque James Dewar (1842-1943), l’inventeur britannique du très utile thermos en ses temps estivaux !!

Sources : Les Echos de l’APPL N°6

Crédit photos : Philippe L. (APPL 2005)