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Acteurs - Comédiens - Arts de l’écran

HOLGADO Ticky (1944-2004)

45eme division (1ere ligne)
lundi 26 juin 2006.
 

Pour tous ceux qui comme moi, ont fêté leurs vingt ans dans les années soixante, le nom de Ticky Holgado reste indissociable de nos années de jeunesse. Proche de nos idoles du moment : Dick Rivers, Eddy Mitchell, Claude François et bien sur Johnny Hallyday, il reste un acteur et un témoin d’une époque révolue, celle des Yé-yé. Depuis, on a appelé cette période, l’Age d’or, tout semblait nous sourire, le plein emploi est de rigueur et pour la première fois, la jeunesse peut non seulement s’exprimer, mais peut orienter les choix de toute une génération. Tout cela trouvera son exutoire dans les journées chaudes de mai 68. Pauvre Ticky, pauvre souvenir, au jardin du Père Lachaise, beaucoup de visiteurs passent devant son monument sans lui jeter un regard.....

Enfants du baby-boum, qui devient très vite papy-boum, nous sommes à notre tour confrontés à la relégation au rayon des souvenirs, nos idoles d’hier, sont devenus des institutions, élevées au rang de légendes vivantes, voire de sujets de culte. Elvis, Jim Morrison, Jimmy Hendrix, George Harrison, John Lennon et plus prés de nous, Claude François, tous réunis dans une sorte de temple païen avec pour Dieux la musique et un art d’exister à jamais disparu.....

Acteur et comédien

Plus connu sous le nom de Ticky Holgado, Joseph Holgado est né le 25 juin 1944 à Toulouse. D’un père chirurgien d’origine espagnole (de Madrid) et d’une mère française, Françoise, exerçant la profession de libraire. C’est dans sa ville natale qu’il grandit, peu intéressé par l’école et les études, il préfère l’école de la rue, l’école buissonnière.

Son chirurgien de père mène une vie bien remplie, peintre, il gagne aussi des médailles en ski. Soit disant qu’il tutoie Picasso, son fils le prend pour un héros. Mais le héros s’en va, il meurt l’année des onze ans du petit Joseph.

A l’aube des années soixante, le jeune Joseph abandonne sans regret ses études, rasantes à ses yeux, et se donne corps et âme au Dieu de l’époque : le Rock n’Roll. Beaucoup à ce moment se sentent des velléités de chanteur ou de guitariste, chacun pense qu’il incarne l’émule des Johnny, Eddy et autres Dick..... Feu de paille, vie de l’instant qui passe, ces années ont été douces à vivre et leur souvenir reste vivace.

Notre Joseph se baptise « Ricky James », Ricky comme Ricky Nelson (chanteur un cours instant rival d’Elvis, mort tragiquement dans un accident aérien dans les années 80, il périt brûlé vif. Il fait une apparition remarquée dans le chef-d’œuvre de John Ford, Rio Bravo où il donne la réplique (musicale) à Dean Martin dans un duo mémorable), et James, comme James Dean, icône fugitive du cinéma américain avec trois films à son actif : A l’est d’Eden, la Fureur de vivre et Géant (lui aussi mort tragiquement dans un accident d’automobile prés de Salinas).

Lors d’un gala à Arcachon, le présentateur commet un lapsus et annonce Ticky James, le groupe fait un malheur, résultat Ticky lui reste et sera son porte-bonheur. Mais toute médaille a son revers, tout n’est pas toujours rose et vers dix huit ans, les difficultés commencent. C’est alors qu’il rencontre Mike Shanonn qui l’embauche comme enrichisseur pour le groupe devenu mythique des Chats Sauvages et de leur leader Dick Rivers (seul rocker français de cette époque à avoir rencontré le King Elvis à Graceland (Memphis, Tennessee).

Puis c’est la rencontre avec Claude François, au cours d’une tournée en Suisse. Ce dernier n’a de cesse de le débaucher à son profit. Les relations entre les deux hommes sont souvent tendues et à la limite de la rupture. En 1962, tout est consommé, Ticky en a assez d’être secrétaire homme à tout faire, bras droit et plus. Il suit alors Long Chris, ami de Johnny et lui aussi chanteur de l’époque (Christian Blondieau, devenu depuis expert en armes anciennes et antiquaire dans le même domaine, il est le père d’Adeline Blondieau (Sous le soleil) ex Mme Hallyday, et bien connu des habitués de l’Hôtel Drouot. Il suit de même Dick Rivers, à Nice et à Grasse où il rencontre notre Johnny national, qui le garde comme « bras droit-secrétaire particulier » et accessoirement « homme de confiance à tout faire. »

A cette époque, l’état nous offre une parenthèse entre l’adolescence et l’âge adulte : le service militaire, la patrie réclame sous son drapeau tous ses enfants reconnus aptes au service armé. En 1967, Ticky a vingt trois ans et l’armée souhaite ardemment le compter dans ses rangs. Résultat, il se retrouve pendant prés de quatre mois dans un régiment semi-disciplinaire à Albi. Chassez le naturel il revient au galop : Ticky se retrouve dans son élément, secrétaire-homme à tout faire du médecin-colonel de l’Hôpital de Toulouse.

Finie l’armée, le retour à la vie civile le voit fondant un nouveau groupe : d’Oc d’Ail, avec des natifs du cru. Le cheveu est long et l’enthousiasme de rigueur. Coup de chance, un photographe des Rolling Stones les placent auprès de Stigwood, le producteur des mythiques Who, des Yardbirds et de Eric Clapton. Il en résulte deux 45 tours du petit groupe, et qui obtiennent un beau succès d’estime.

Puis, c’est la rencontre avec Bob Brault qui propose à Ticky Holgado de s’occuper de son groupe, les Martins Circus. L’accord est conclu. Le tube « je m’éclate au Sénégal » fait un tabac et inonde les ondes ; Période bénie pour notre Ticky. Suite à un deuil, il part en province et y reste prés de un an et demi.

De retour à Paris, il auditionne pour « Rocky Horror Picture Show » où il remporte deux rôles. C’est aussi le début de sa carrière d’acteur ; Il tourne son premier long métrage avec Max Pécas, Belle, blonde et bronzée, aux cotés de Xavier Delluc. Il enchaîne ensuite avec des rôles de plus en plus gratifiants.

Avec Delicatessen en 1990, Ticky Holgado voit son talent de comédien reconnu ; Gérard Jugnot écrit pour lui le personnage du clochard que rencontre le cadre au chômage virant tant soit peu au SDF (Jugnot lui-même), dans une Epoque formidable. C’est ce rôle qui lui vaut la reconnaissance du public.

Au total Ticky Holgado tourne dans une soixantaine de films. Il est nommé pour le César du meilleur second rôle masculin en 1992, pour une époque formidable et en 1996 pour Gazon maudit. Il est alors débordé par les propositions et en refuse le moins possible. Parallèlement, il reprend ses activités musicales avec les Clap Shooters. Son autobiographie s’intitule Trente ans de merdier, il manie là, l’auto dérision et la mythomanie.

Mais il est rejoint par la maladie. En 2000, rongé par un cancer, il annonce la rémission de son cancer du poumon apparu en 2000. Mais, le 22 janvier 2004, il est rattrapé par la maladie et succombe au cancer du poumon.

Son ami Claude Lelouch, à sa demande a réalisé un film le montrant sur son lit d’hôpital après l’ablation de sa 4eme tumeur cancéreuse, il y déclare : il faut dire aux gens qu’il faut complètement arrêter de fumer.

Le buste sur sa tombe est l’oeuvre de Pierre-Louis GAYRAUD.