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Le cimetière Saint Pierre (Marseille)

dimanche 18 juin 2006.
 

Le cimetière Saint-Pierre de Marseille

A l’origine, Marseille, comme toutes les villes de France, possédait un grand nombre de petits enclos (hospitaliers, conventuels, paroissiaux...) mais pas de cimetière central. Une première nécropole de ce type, le cimetière Saint-Martin, rebaptisé Saint-Charles, fut ouverte puis agrandie en 1819. Son enclavement et la voie de chemin de fer qui le bornait empêchant son agrandissement, il était néanmoins condamné à moyen terme.

C’est ainsi qu’en 1853 furent achetées de nouvelles parcelles dans le quartier rural de Saint-Pierre pour l’édification d’un nouveau cimetière. Le premier inhumé fut un soldat de la guerre de Crimée au nom prédestiné : Marie-Joseph Maur ! On offrit aux familles des inhumés de Saint-Charles des emplacements dans le nouveau cimetière Saint-Martin afin d’y transférer, à leur frais, les restes de leurs défunts (ce qui explique que certains tombeaux de Saint-Pierre soient antérieurs à 1853). Adjacent à ce cimetière, on édifia en 1855 pour les défunts de confession israélite le cimetière de la Timone, cette communauté ayant refusé Saint-Pierre sous le prétexte qu’elle ne pouvait accepter un terrain dans un cimetière où l’on procédait à des exhumations au bout de quelques années. En 1876, le cimetière Saint-Charles fut définitivement fermé. Saint-Pierre devint donc le grand cimetière de la ville.

Le cimetière Saint-Pierre est organisée en « carrés » (équivalents aux divisions) tandis que sa partie la plus élevée forme des « pinèdes » : on y trouve les tombeaux les plus intéressants, ainsi que ceux de nombreuses célébrités. Beaucoup d’entre-elles ne sont connues que des Marseillais : maires, industriels, entrepreneurs et députés des Bouches-du-Rhône ayant progressivement peuplés le champs de repos. Rues et édifices de la cité portent leurs noms. D’autres personnalités connurent une audience bien plus large : nous renverrons nos lecteurs au Guide de Bertrand Beyern qui en dresse la liste. Nous y ajouterons cependant quelques noms omis de personnalités qui reposent dans ce cimetière : Gaétan Picon (1807-1882), créateur du fameux Amer africain, et donc des redoutables Picons-bière, Louis Noilly et Claudius Prat, qui fondèrent les entreprises Noilly-Prat, autre célèbre apéritif ; le chansonnier Léo Nègre (1906-1998), créateur d’Une partie de pétanque. Plus près de nous, le réalisateur Jacques Ertaud (1924-1995), connu pour ses dramatiques télévisuelles (l’Homme du Picardie, Maria Vandame, Sans famille) fut inhumé à St-Pierre.

Marseille a également son crématorium, construit en 1909, qui a la silhouette d’une mosquée dont un minaret de fantaisie dissimule la cheminée. Bertrand Beyern présente un grand nombre de célébrités qui y furent crématisées. Nous y ajouterons la chanteuse Nina Simone (1933-2003), qui vivait à Aix en Provence à la fin de sa vie. L’immense columbarium, appelé « cathédrale du silence », est assez hideux : sur plusieurs étages, il fait penser à une cité d’immeubles avec ses escaliers, ses paliers et ses balcons.

Si ce cimetière est aussi intéressant, c’est parce que l’on sent l’Italie toute proche : la grandiloquence latine des tombeaux s’y exprime ici, à la manière des cimetières monumentaux de la péninsule. Beaucoup sont massifs, richement ornés, parfois « kitsch », témoignant d’une célébration un tantinet ostentatoire. Il en est ainsi du tombeau de la famille Lains, où la disparue est représentée sur son lit de mort tandis que son époux lui donne un ultime baiser : ce monument n’est pas sans rappeler celui de Charles Pigeon à Montparnasse, ou de certains tombeaux du cimetière du Château de Nice. On ne peut s’empêcher de sourire devant le monument.

imposant de la famille Brachet : deux frères et une sœur, assise car paralysée, représentés grandeur nature sous l’épitaphe « Unis dans la vie et pour l’éternité ». L’absence de toute émotion sur leur trait laisse à penser que l’éternité sera bien longue !

Certaines tombes racontent des histoires, parfois tragiques, telle celle rappelant le souvenir de dix sept scouts de France morts en mer avec leurs infirmières de la Croix-Rouge en janvier 1942.

Il faut évidemment se laisser aller à la promenade sous l’ombre des pins et des essences aromatiques, accompagné par le chant des cigales (cela semble cliché, et c’est pourtant bien ainsi que Saint-Pierre se visite en été !) : ce n’est qu’à ce prix que ce cimetière livrera ses secrets.

Ajoutons à cette étude sur les célébrités inhumées à Marseille, mais en dehors de Saint-Pierre, la présence du comique Elie Kakou (1960-1999)au cimetière israélite des Trois-Lucs et celle de Marcel Pagnol (1895-1974) au cimetière de la Treille.

Pour approfondir la connaissance du cimetière Saint-Pierre, on se reportera au très intéressant ouvrage d’Odette Boulaméry le cimetière Saint-Pierre de Marseille, Comité du Vieux Marseille, 1999. Elle y présente sous forme de promenades toutes les sépultures dignes d’intérêt, les localisant avec beaucoup de précision. Un plan pratique est joint au guide.

Philippe L.

Sources :Les Echos de l’APPL N°7 (APPL 2005)

Crédit photos : Philippe L. (APPL 2005)