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Le cimetière des Innocents (disparu)

dimanche 18 juin 2006.
 

Vie de mort d’un cimetière : les Innocents

Pour ceux qui n’ont pu être là lors de la visite évoquant la mort au cœur de Paris (faite par l’APPL le 19 juin dernier), cet article à pour but de présenter un quartier bien connu des Parisiens à différentes étapes de son histoire. L’occasion est belle, grâce aux magnifiques lithographies de Hoffbauer, de montrer que derrière les vitrines clinquantes de notre Paris moderne se dissimulent encore, pour qui veut les voir, les vestiges du vieux Paris.

Les origines

On ne sait pas exactement de quand il date, mais on sait qu’il existait déjà au Xème siècle. Il était alors « hors les murs ». Un vieil oratoire fut remplacé en 1137 par Louis VI par une nouvelle église dédiée aux Saints Innocents, en référence aux enfants massacrés lors de la naissance du Christ par Hérode, selon la tradition biblique. Philippe-Auguste l’agrandit avec l’argent pris aux Juifs, et fit édifier un mur de 3 mètres de haut. Il devint progressivement le cimetière des paroisses de la rive droite, mais également des noyés de la Seine et des morts par épidémies, ce qui faisait beaucoup de monde... Au XIVème siècle furent mis en place des charniers pour accélérer le processus de disparition des défunts (les os étaient disposés à l’air : c’est le principe du pourrissoir). Au XVème siècle, une magnifique danse macabre fut peinte sur le charnier des Lingères.

Les Innocents en 1550

la superficie du cimetière faisait un peu moins du double que celle de la place actuelle. Au fond, la rue St-denis bordée par l’église des Saints Innocents et longée par le charnier de la Vierge. A gauche, la rue aux Fers (actuelle rue Berger) et le Vieux charnier. A droite, la rue de la Ferronnerie et le charnier des Lingères. On remarque le faible nombre de monuments : on enterrait dans des fosses communes assez superficielles. Quelques édifices néanmoins : le prêchoir (au centre), destiné aux prêcheurs itinérants, la Tour Notre-Dame des bois, sur la droite. En 1549, à l’occasion de l’entrée royale de Henri II après son sacre, Goujon fut chargé de construire une fontaine monumentale. Elle fut placée contre les flancs de l’Eglise, ce qui explique que l’on ne la voit pas.

Les Innocents en 1750

La physionomie du cimetière a peu changé, à l’exception de son flanc droit. Louis XIV ayant fait agrandir la rue de la Ferronnerie, il fit détruire l’ancien charnier des Lingères (et la danse macabre avec lui !). A la place, fut édifier un immeuble de rapport en 1669 qui existe toujours. A sa base, un nouveau charnier fut construit sous les arcades. On remarque que cet immeuble était à l’époque en équerre, la seconde partie bordant la rue Saint-Denis. Le charnier de la Vierge ayant disparu lui-aussi, seul le vieux charnier demeure.

Les Innocents en 1850

le site a bien changé et n’est pas sans rappeler le site actuel. Pour des raisons d’hygiène, le cimetière fut fermé en 1780 : on estime que 2 millions de Parisiens y avaient été inhumés depuis son ouverture. La couche superficielle d’ossements fut amenée de nuit aux catacombes, l’église et le vieux charnier furent détruits. En 1788, on y ouvrit un marché et des préaux (visibles) furent édifiés en 1811. La fontaine, anciennement contre l’église, fut déplacée au centre : on y ajouta une quatrième façade. Ce marché, absorbé par les Halles centrales, fut fermé En 1858. La partie ouest étant bâtie, la place fut raccourcie et la fontaine déplacée une dernière fois en 1865 à son emplacement actuel. Aujourd’hui, des arbres remplacent les préaux mais la fontaine demeure. L’immeuble et Les charniers de 1669 sont encore apparents dans certaines boutiques donnant sur la rue de la Ferronnerie : ils servent maintenant de présentoirs à chaussures !!... Philippe Landru

Sources : Les Echos de l’APPL N° (APPL 2005)

Documentation : Philippe L.