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Le cimetière de Colma (Etats-Unis)

dimanche 18 juin 2006.
 

Colma, ville des morts de San Francisco

San Francisco, l’une des plus grandes villes des Etats-Unis, ne possèdent que deux cimetières : le cimetière militaire du Presidio, près du Golden Gate, et le petit cimetière de la Mission, dans le quartier hispanique. Cette étonnante absence s’explique par l’interdiction faite, dès la fin du XIXème siècle, d’installer des nécropoles dans une ville en pleine expansion. Ainsi, l’histoire des cimetières de San Francisco ne peut se comprendre que dans le cadre plus large de l’expansion formidable de la côte ouest américaine en pleine ruée vers l’or.

Il fallut donc trouver un nouveau site pour les inhumations : on choisit dans le comté de San Matteo, à l’entrée de l’actuelle Silicon Valley californienne, et à une dizaine de kilomètres de la ville en essor, le site de Colma. Le premier cimetière, le Holy Cross Catholic Cemetery, ouvrit ses portes en 1887. Ainsi naquit Colma, la « cité des âmes » de San Francisco, qui regroupe jusqu’à nos jours toutes les figures de l’histoire de la ville. Il fallut évidemment désaffecter les cimetières de San Francisco et transporter les restes des défunts sur le nouveau site. Des transports spéciaux furent affrétés, un « train des morts » mis en place...

Aujourd’hui, Colma est une ville étrange pour un Européen : ses 1100 résidents cohabitent avec 1,5 millions de corps répartis dans désormais 19 cimetières. Peu de commerce, de services publics dans la ville : tout est finalement fait pour les morts. Une association des cimetières de Colma et un musée sont par contre fort dynamiques, à faire pâlir de jalousie notre APPL. Philosophes, les résidents ne s’en plaignent pas : la devise de la ville n’est-elle pas « It’s great to be alive in Colma » (C’est formidable d’être en vie à Colma) !

Conceptions américaines obliges, les 19 gigantesques cimetières qui s’alignent le long de deux voies (Hillside Bd et El Camino Real) sont répartis selon différentes communautés : on y trouve ainsi des cimetières catholiques, protestants, juifs et orthodoxes, mais également des cimetières japonais, serbes, italiens, grecs... qui témoignent de l’immigration massive dans cette partie du monde. Sans oublier le cimetière pour animaux, où nombre de stars californiennes firent inhumer leurs compagnons.

C’est évidemment toute l’histoire de la ville qui se côtoie dans ces cimetières : des magnats de l’or aux pionniers les plus faméliques, des barons de la finance aux gangsters parfois fameux. Parmi eux, certains sont connus de nous : le magnat de la presse William Randolph Hearst (1863-1951) (qui servit de modèle à Welles pour Citizen Kane) repose dans un très mégalomane temple à l’antique dans le Cypress Lawn Memorial Park, le célèbre marshall Wyatt Earp (1848-1929), dont la vie donna lieu à de nombreux films, dont Règlement de compte à OK Corral ou Wyatt Earp en 1994, avec Kevin Costner, se trouve au Hills of Eternity Memorial Park, Levi Strauss (1829-1902), l’inventeur génial du blue-jean, est quant à lui au Home of Peace cemetery. Plus récemment, les fans de baseball et de Marylin Monroe enterrèrent Joe di Maggio (1914-1999) au Holy Cross Catholic Cemetery : sur sa tombe... des balles et des battes de baseball ! Les stars d’Hollywood, elles, préfèrent Los Angeles... Colma est bien la cité des morts de San Francisco.

L’aspect de Colma

Ni cimetière américain (longues pelouses et plaques), ni cimetière européen, Colma est un mélange des deux traditions. On y vient pique-niquer en famille, commé-morer les héros de la ville, ou de sa communauté... Une conception de la mort finalement peu morbide.

Philippe L.

Sources :Les Echos de l’APPL N°4 (2005)

Biblio : SVANEVIK M. & BURGETT S. City of souls : Colma, 1995.

Crédit photos : Philippe L. (APPL 2005)