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Europe - Grande-Bretagne - Londres

Le cimetière de Kensal Green (Grande Bretagne)

mardi 27 juin 2006.
 
Si le cimetière d’Highgate est mentionné dans la plupart des guides touristiques sur Londres, il n’en va pas de même pour All Souls, Kensal Green. Ce dernier est pourtant le premier des grands cimetières de la capitale britannique puisqu’il ouvrit ses portes en 1833. Moins vallonné qu’Highgate, donc moins attractif sur le plan esthétique, il mérite cependant le détour.

Cimetière de Kensal Green

Ce cimetière comporte deux parties autrefois bien distinctes : la première, et la plus importante (24 hectares), était - et est encore puisque le cimetière est toujours en activité - destinée à l’inhumation des Anglicans - religion d’Etat en Grande-Bretagne - , la seconde, plus petite (3,5 hectares) étant réservée aux Dissenters, c’est à dire aux Protestants non-Anglicans. Chacune de ces parties possède sa propre chapelle sous laquelle se trouvent des catacombes, très communes dans les cimetières victoriens.

Dans la partie est du cimetière, on peut encore voir une colonnade surmontant d’autres catacombes. Cette colonnade, aujourd’hui adossée à une auberge de jeunesse, est malheureusement très endommagée donc inaccessible au public. Tous les bâtiments, et l’entrée monumentale ne fait pas exception, sont de style Néoclassique et furent édifiées entre 1834 et 1837 sur les plans de l’architecte John Griffith. Au moment de l’ouverture du cimetière, Hugh Ronalds fut chargé de paysager les lieux afin de les rendre plus attractifs. Il sut tirer le meilleur parti du terrain désespérément plat qui lui avait été confié. Sur le modèle du Père-Lachaise, dont l’influence est clairement revendiquée, il transforma Kensal Green en un parc paysagé traversé d’allées rectilignes et de chemins tortueux organisés autour d’un rond-point central.

Le cimetière fut aussi planté d’arbres et d’arbustes aux essences choisies : un grand nombre d’entre eux sont toujours visibles aujourd’hui et donnent à Kensal Green un petit air champêtre. Les plus belles tombent vinrent tout naturellement border l’allée principale aux abords de la chapelle anglicane.

Le cimetière a beaucoup souffert au fil des ans. Au XXème siècle, Kensal Green fut laissé dans un état de quasi-abandon et eut même à subir quelques bombardements lors de la 2nde Guerre Mondiale. Ceux-ci détruisirent ou endommagèrent un certain nombre de monuments dont la chapelle anglicane qui y perdit une partie de son toit. La colonnade est, comme je l’ai dit plus haut, dans un état pitoyable : la plupart des monuments - plaques ou médaillons - à la mémoire des personnes inhumées dans les catacombes ont disparu, brisés ou volés. Ceux qui demeurent encore sont à peine visibles sous une épaisse couche de pollution.

De plus, faute de place, un grand nombre de tombes récentes ont été placées dans les allées dessinées en 1833 par Ronalds. Le tracé originel de certains chemins tend donc à disparaître petit à petit, modifiant ainsi la structure première des lieux.

Cependant, il y a quinze ans cette année, une association, The Friends of Kensal Green Cemetery, fut créée par une poignée de passionnés afin d’œuvrer à la préservation et à la restauration du cimetière. C’est ainsi qu’ils purent remettre en état la chapelle des Dissenters, qui leur sert à présent de lieu de réunion. Travaillant de concert avec la société qui gère le cimetière (toujours la même depuis 1833), ils organisent visites, conférences, nettoyage, désherbage, et restauration des monuments.

Notables et monuments

William Makepeace Thackeray - 69.1 ko
William Makepeace Thackeray
 
Ayant été très à la mode au XIXème siècle, Kensal Green Cemetery héberge un certain nombre de célébrités nationales et internationales. Les Lettres sont représentées par William Makepeace Thackeray (1811-1863), auteur de Barry Lyndon et de Vanity Fair, et Wilkie Collins (1824-1889), pionnier du roman policier avec The Woman in White et The Moonstone.

Wilkie Collins - 71 ko

Wilkie Collins

Le plus célèbre funambule de son temps, Emile Blondin (1824-1897), qui traversa les chutes du Niagara sur une corde raide à plusieurs reprises, repose sous un joli monument de granit rose.

Quant à Isambard Kingdom Brunel (1806-1859), ingénieur d’origine française, il fut l’un des premiers à utiliser des structures métalliques dans ses constructions : navires, ponts, docks, tunnels... Ayant construit quelques 25 lignes de chemin de fer, il mourut d’épuisement à 53 ans. Sa renommée était telle que nombre de ses admirateurs se firent ériger le même monument funéraire mais à plus petite échelle.

Terminons la liste non exhaustive des célébrités inhumées à Kensal Green en mentionnant Charles Babbage (1792-1833), l’un des plus grands mathématiciens de tous les temps, professeur honoraire à l’université de Cambridge, qui s’attacha à construire la première machine à calculer (qui devait fonctionner à la vapeur). Il est aujourd’hui considéré comme l’un des pères de l’informatique. Enfin, Kensal Green étant le cimetière londonien comportant le plus grand nombre de mausolées, il offre au promeneur un certain nombre de monuments plus intéressants par leur architecture que par la notoriété des personnes qu’ils abritent.

Le monument du général William Casement (1780-1844) mérite le coup d’œil pour ses quatre gigantesques atlantes vêtus à l’indienne.

Non loin, l’artiste de cirque Andrew Ducrow (1793-1842) se fit élever un grandiose mausolée à l’égyptienne gardé par deux sphinx et orné d’un grand nombre d’éléments symboliques (colonne brisée, anges, ruche, gants et chapeaux, attributs de sa profession). Son épitaphe est un petit bijou de modestie : « Within this tomb erected by Genius for the reception of its own remains... » (Dans cette tombe érigée par le Génie pour abriter sa propre dépouille...).

Notons aussi le gisant du peintre William Mulready (1786-1863) qui fut présenté à l’Exposition Universelle de 1867 à Paris. L’effigie est très ressemblante car basée sur le masque mortuaire de l’artiste.

Enfin, les habitués du Père-Lachaise ne manqueront pas de reconnaître le cénotaphe de Frédérick Albert Winsor (1763-1830), à l’origine de l’éclairage public au gaz, à Londres puis à Paris. Il repose au Père-Lachaise (37ème division) sous un monument en tout point semblable à celui de Kensal Green qui vient d’être rénové. Le cénotaphe porte la citation « At evening time, it shall be light » (Le soir venu, la lumière sera).

Bibliographie : The Friends of Kensal-Green Cemetery, Paths of Glory, London, 1997

Marie B.

Kensal Green’s Open-Day

Tous les ans en juillet, les Amis de Kensal Green (http://www.kensalgreen.co.uk) organisent une fête destinée à collecter des fonds. Cette année, l’APPL y était...

Chose inimaginable au Père-Lachaise ou dans tout autre cimetière français, des stands fleurissent autour de la chapelle anglicane : livres - une mine d’or pour nous autres taphophiles -, rafraîchissements, confitures, brocantes, biscuits en forme de cercueil...

Les nombreux visiteurs improvisent un pique-nique entre les tombes pendant qu’un clown occupe les enfants. Près de la chapelle, un orgue mécanique enchaîne les standards entraînants que l’on ne s’attend pas à entendre en un tel lieu. Les quelques gothiques qui sont venus pour l’occasion (tout de cuir vêtus alors qu’il fait une chaleur caniculaire) s’attroupent autour d’un stand présentant des cercueils personnalisables : Manchester United, Teletubbies, paysage bucolique, le choix est vaste et éclectique... L’ambiance est surréaliste pour nous autres français mais parfaitement bon enfant puisque c’est en famille que l’on vient prendre part aux visites guidées du cimetière, explorer les catacombes - impressionnantes avec leurs milliers de cercueils victoriens - et assister au défilé de corbillards. Voilà qui prouve, si besoin est, que les Anglais ont une perception des cimetières bien différente de la notre...

Sources : Les Echos de l’APPL, N°6, 2005

Crédit photos : Marie B. (APPL 2005) & Philippe L. (APPL 2005)