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Affaires judiciaires - Grands procès - Cour martiale

LENOIR Pierre (1885-1919)

28eme division
dimanche 27 octobre 2019.
 

Affaire du quotidien Le Journal

Pierre Lenoir voit le jour en 1885

Décédé le 24 octobre 1919 à Vincennes (94)

24 octobre 1919. Fort de Vincennes.

Pierre Lenoir est fusillé pour "intelligence avec l’ennemi" lors du rachat du quotidien Le Journal.

A partir de 1903 environ, le Journal, de ligne politique modérée, dépasse nettement la barre des 700.000 exemplaires et s’oppose efficacement à son grand rival le Matin.

Un tournant se produit en 1911 quand Charles Humbert, influent sénateur de la Meuse, devient directeur politique du Journal et lui fait prendre un virage conservateur et patriote accentué qui ne nuit pas à la progression constante des ventes. Toutefois, agité et prétentieux, Humbert s’entend mal avec Henri Letellier qui cherche à vendre ses parts. A la veille de la guerre, le Journal, à son apogée, tire à un million d’exemplaires et fait partie des quatre grands, avec le Matin , le Petit Journal et le Petit Parisien.

Pierre Lenoir, achète les parts mises en vente en juin 1915 ...

Pierre Lenoir est le fils d’Alphonse Lenoir (1852-1915), riche publiciste parisien, maire de Saint-Quentin-sur-le-Homme (Manche), entre 1900 et 1910. Engagé volontaire en 1914, Pierre Lenoir est muté en août 1915 à l’état-major comme interprète stagiaire avant d’être réformé en avril 1916 pour insuffisance cardiaque.

Au printemps 1915, il fait la rencontre d’un industriel suisse, Schœller, désireux d’investir des fonds dans un journal français. Le 7 juin, les deux hommes signent un contrat en Suisse dans lequel Lenoir se voit confier par son nouvel associé 10 millions de francs. En échange, il doit devenir propriétaire du Journal. En contrepartie de cet apport financier, il est entendu que Lenoir suive les consignes éditoriales de Schœller. Or, ce dernier est vraisemblablement un intermédiaire agissant pour le compte d’un consortium allemand.

L’affaire se complique lorsque le sénateur de la Meuse, Charles Humbert, prend connaissance de la vente. Le parlementaire s’impose dans la transaction en menaçant Lenoir, qui entre-temps s’est associé à un avoué prête-nom nommé Guillaume Desouches, de révéler l’origine de ses fonds.

En juillet, les trois compères font donc l’acquisition du quotidien avec les liquidités mises à disposition par Schœller. Néanmoins, dès la fin de l’année, Humbert obtient de Lenoir la vente de la majorité de ses parts. Pour ce rachat, Humbert se fait prêter 5,5 millions de francs par divers prêteurs dont Joseph Caillaux et Paul Bolo dit Bolo Pacha, un sulfureux homme d’affaire parisien.

En 1917, après une entrevue avec Paul Bolo, Raymond Poincaré, Président de la République et ami de Charles Humbert, ordonne l’ouverture d’une enquête qui fait éclater l’affaire et débouche sur les arrestations de Bolo Pacha, de Charles Humbert, de Guillaume Desouches et de Pierre Lenoir.

Paul Bolo est jugé puis condamné à mort en 1918. Le procès de Charles Humbert, Guillaume Desouches et Pierre Lenoir est organisé en avril 1919. Il fait l’objet d’articles détaillés dans la presse et notamment dans L’Ouest-Éclair, sous le titre « Le grand procès de trahison », du 1er au 30 avril 1919. Ce procès est en effet un événement extrêmement médiatisé, notamment parce que le président de la République y est appelé à témoigner.

Au terme du procès, Charles Humbert est acquitté, Desouches est condamné à cinq ans de réclusion et Pierre Lenoir à la peine de mort.

Sources : Affaire Lenoir

Photos : Archives presses (Action Française et divers 1919)

(APPL 2019)