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Producteurs - Metteurs en scène - Arts de l’écran

HAKIM Raymond (1909-1980)

60eme division
vendredi 23 août 2019.
 

Producteur de cinéma

Raymond Hakim voit le jour le 23 août 1909 à Alexandrie (Egypte).

Décédé le 14 août 1980 (à 70 ans), à Deauville

Producteur de cinéma

La Bête humaine (Jean Renoir), Casque d’or (Jacques Becker), L’Avventura (Michelangelo Antonioni) ... ont en commun d’avoir été produits par les frères Robert et Raymond Hakim.

Son second frère, André Hakim, deviendra également producteur, pour la 20th Century Fox, dans les années 1950.

[ Dans la profession on les appelait couramment « Les Hakim ». Sur les génériques c’était : « Robert et Raymond Hakim présentent... » On a vu s’inscrire ces noms au début de films qui font partie de l’histoire du cinéma : Belle de jour de Buñuel, Eva de Losey, ou L’Éclipse d’Antonioni.

Robert, l’aîné, est né en 1907, Raymond le cadet en 1909. Tous les deux sont des Juifs d’Alexandrie. Ils travaillent d’abord pour la Paramount, avant de fonder leur propre compagnie.

En 1937, ils produisent Pépé le Moko de Julien Duvivier. L’année suivante La Bête humaine. ... La carrière des Hakim s’interrompt pendant l’Occupation, comme ce fut le cas pour tous les producteurs d’origine juive. On les retrouve en Amérique où ils produisent quelques films, dont celui de Renoir.

Leur retour en France s’effectue peut après la fin de la guerre et il est marqué par un film, Casque d’or de Jacques Becker. Ce très beau film connut l’échec à sa sortie en 1952. Les Hakim enchaînent avec Thérèse Raquin de Carné (1953), Mam’zelle Nitouche d’Yves Allégret, Notre Dame de Paris de Jean Delannoy, Pot-Bouille de Duvivier. Des films de tradition classique.

L’esprit Nouvelle Vague souffle sur le cinéma français du début des années soixante, et les Hakim se retrouvent par miracle au générique de trois films de Chabrol : A double tour (1959), puis Les Bonnes femmes (bide monumental à sa sortie), enfin Les Godelureaux (1961). Mais c’est avec Plein soleil de René Clément, adaptation de Patricia Highsmith, avec Alain Delon, Maurice Ronet et Marie Laforêt, qu’ils connaissent un énorme succès.

L’expérience autour d’Eva, de Joseph Losey, fut calamiteuse. Dans son livre d’entretiens avec Michel Ciment, Losey raconte dans le détail la série de catastrophes subie par son film du fait de graves divergences avec les Hakim. Cela commence par le choix de Stanley Baker, acteur principal aux côtés de Jeanne Moreau. Les Hakim veulent à tout prix s’en débarrasser, tandis que Losey fait tout pour l’imposer, et il y parviendra. Les choix esthétiques opposent le réalisateur à ses producteurs, dès l’écriture du scénario, adapté du roman de James Hadley Chase, et durant le tournage du film à Venise. Le film terminé dure 2h48, les Hakim décident de l’amputer de vingt minutes, Losey est furieux mais impuissant, et en gardera un souvenir amer.

Les Hakim avaient la manie de proposer à des cinéastes des sujets « clés en main ». Comme ils l’avaient fait avec Losey, ils le firent quelques années plus tard avec Buñuel pour Belle de jour, adaptation d’un roman de Joseph Kessel. Ni Buñuel ni Catherine Deneuve n’ont gardé un bon souvenir du tournage. La présence des Hakim sur le plateau en est sans doute la cause. Catherine Deneuve avait été pressentie pour le rôle par les Hakim, avant même que la mise en scène ne soit confiée à Buñuel. Celui-ci raconte : « Mon agent à Paris m’a dit que les Hakim me proposaient Belle de jour et il m’a donné le roman de Joseph Kessel.

Raymond Hakim et Carole Landis en 1941 :

C’est une histoire un peu feuilletonesque et au début je ne voulais pas faire le film. Je leur ai dit qu’en tout cas j’exigeais une liberté totale. Je n’acceptais pas, en particulier, la clause selon laquelle les producteurs avaient le droit d’intervenir sur le montage en fonction de leurs intérêts. Ils ont insisté, finalement nous nous sommes mis d’accord, j’ai fait l’adaptation avec Carrière et tout a marché comme sur des roulettes. Le film terminé, nous courrions le risque que la censure ne le laisse pas sortir facilement. Les Hakim me disaient : « En laissant la censure faire quelques coupes elle-même, on évite qu’il y en ait davantage. » Il y avait une scène, celle du Christ, qui pouvait paraître désagréable, elle a été coupée. » (Conversations avec Luis Buñuel, éditions Cahiers du cinéma).

En 1968 sort le roman d’Albert Cohen chez Gallimard, Belle du seigneur. Avec l’accord de l’écrivain, Gallimard cède les droits d’adaptation aux frères Hakim pour une durée de trente ans. Malgré des tentatives, le projet fut heureusement mis en veilleuse, mais les Hakim avaient de la suite dans les idées...

Intervenant de manière très volontaire sur les choix esthétiques des films qu’ils produisent, donc souvent en conflit avec les réalisateurs, les Hakim symbolisent le cinéma à l’ancienne, où l’auteur n’est pas complètement maître du jeu. Il n’empêche que leur filmographie est digne et comprend quelques pépites. ]

Les deux frères reposent dans la 60eme division

Source : Serge Toubiana (R. Hakim)

Photos : Wikimédia Commons

(APPL 2019)