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La lettre de l’APPL (Octobre 2018)

ETRE ENTERRE VIVANT ( Ou la taphophobie)

Revue de presse - Archives
samedi 27 octobre 2018.
 

ÊTRE ENTERRÉ VIVANT : la hantise du XIXe siècle.

La taphophobie, ou peur d’être enterré vif, traverse tout le XIXe siècle. Elle est entretenue par la littérature d’épouvante et amplifiée par les nombreux récits de cas « réels » cités par les journaux.

Imaginez : vous vous réveillez allongé dans un lieu étroit, sans lumière, presque dépourvu d’oxygène... Vous tentez de vous relever, mais votre tête heurte une surface rigide. Horreur : vous avez été enterré vivant ! Une situation digne d’un conte d’Edgar Allan Poe (qui en fit le sujet de L’Inhumation prématurée, nouvelle parue en 1844), et qui fut l’une des hantises les plus persistantes du XIXe siècle.

La taphophobie, ou peur d’être enterré vivant, se développe d’abord au siècle précédent. La médecine était alors peu fiable et il arrivait qu’on ne diagnostique pas avec certitude un décès, notamment dans le cas des morts apparentes (coma, catalepsie, léthargie).

Les conséquences pouvaient alors être dramatiques..La crainte d’être enterré trop tôt se répand si bien que dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, certains législateurs interviennent. La Gazette rapporte ainsi en 1777 la décision du grand-duc de Toscane d’imposer un délai minimum de 24 heures avant l’inhumation.

En France, l’article 77 du Code Napoléon prévoit en 1804 le même délai obligatoire de 24 heures avant l’enterrement. Mais rien n’y fait : la hantise de « l’inhumation précipitée » traverse tout le XIXe siècle, sous forme de récits d’épouvante, de légendes urbaines et d’anecdotes complaisamment relayées par la presse. La médecine européenne prend la question très au sérieux. Bientôt, des statistiques apparaissent. En 1846, Le Journal des villes et des campagnes, citant un mémoire présenté à l’Académie des sciences, rapporte que « depuis 1833, le chiffre des enterrements prématurés [...] s’élève à 94 ».

Le même article explique qu’en Allemagne, à titre préventif, on attache aux doigts des individus déposés en salle mortuaire un « cordon de sonnette ». Le journaliste invite la France à s’inspirer de son voisin d’outre-Rhin, le délai de 24 heures s’avérant dans bien des cas insuffisants.

Comment diagnostiquer la mort à coup sûr ? En 1853, Le Siècle suggère d’utiliser le « galvanisme », c’est-à-dire la stimulation électrique du corps. Les autorités françaises ne restent pas sourdes à ces doléances. Suite à une pétition, la question des enterrements vivants est examinée lors de la séance du 27 février 1866.

Un sénateur rappelle que tous les citoyens ne sont pas égaux face au problème, et que si l’article 77 du Code Napoléon est appliqué dans les classes supérieures, ce n’est pas toujours le cas dans les autres couches de la société. Aujourd’hui, heureusement, le risque est nul de finir enterré vif. Avec la médicalisation croissante de la mort, vous avez 70% de chances de mourir à l’hôpital, où des médecins diplômés seront là pour certifier votre décès.

En outre, aux pompes funèbres, les corps sont généralement congelés par -78° en vue de la conservation - à moins que l’on ne préfère remplacer le sang du mort par du sérum formolé.

Sources : Martine de La Châtre (Article FB 2018 - Les visiteurs de l’histoire)

©Antoine Wiertz L’inhumation précipitée (1854) - Huile sur toile Inscription au milieu, sur le couvercle du cercueil : MORT DU CHOLERA / Certifié par nous Docteurs / [signé] -Dimensions : 160 x 23, Legs de l’artiste, Bruxelles, 1865-1868

(APPL 2018)