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Musiciens - Compositeurs - Chefs d’orchestre

KANTUSER Bozidar (1921-1999)

27eme division
vendredi 31 août 2018.
 

Compositeur slovène

Božidar Kantušer (Bozidar Kantuser) est un compositeur slovène né le 5 décembre 1921 à Pavlovski Vrh

Décédé à Paris le 9 mai 1999.

Kantušer vécut en France à partir de 1950. Il est l’auteur d’œuvres de musique de chambre et de solos, d’œuvres de musique symphonique et de concertos, de ballets et d’un opéra. Il fut le directeur de la Bibliothèque Internationale de Musique Contemporaine (BIMC). Il était marié avec l’artiste peintre américaine Grace Renzi. Kantušer était citoyen slovène et américain.

Božidar Kantušer est né le 5 décembre 1921 à la ferme de Pavlovski Vrh, dans la campagne du nord-est de la Slovénie. Il fut le premier des cinq enfants de Blaž Kantušer et de son épouse Katarina, née Hočevar. Le père, issu d’une famille paysanne des alentours de Celje, et la mère, issue d’une famille de forgerons de Kamnik, étaient tous deux employés à Ljutomer après la Première Guerre mondiale et vécurent à Pavlovski Vrh, non loin de Ljutomer de 1919 à 1929. Le milieu rural, le patrimoine culturel et la nature de sa région natale de Prlekija où il vécut ses sept premières années laissèrent une empreinte sur le compositeur. Les danses de masques d’origine païenne (Kurenti) et les roues de feu de la St Jean (Kresi) dont il fut alors témoin ouvrirent chez l’enfant l’univers fantastique, sujet auquel Kantušer dédia plusieurs œuvres - ainsi le ballet Nuit d’Été qui fait aussi appel à un autre souvenir d’enfance, celui de rythmes particuliers à certains labeurs paysans.

Kantušer fait sa première année scolaire (1928-29) à Ljutomer au terme de laquelle la famille déménage à Celje d’où le père était originaire et où il endosse un emploi au cadastre. Par ailleurs apiculteur, le père encouragea l’éducation musicale de tous ses enfants et Kantušer apprend le violon (et l’alto) de 1932 à 1940 à l’École de musique de Celje (Glasbena Matica Celje) avec Ivan Karlo Sancin. Sancin sut aussi partager sa connaissance de la lutherie et c’est grâce à lui que Joža, le frère cadet du compositeur deviendra par la suite luthier.

L’affinité particulière de Kantušer pour les instruments à cordes naît ainsi de son expérience au sein de l’orchestre de Celje et de la pratique de la musique de chambre. C’est au cours de l’adolescence que se forme en lui le désir de s’exprimer et le besoin d’étudier la composition. Durant la seconde moitié des années 1930, il ira au lycée de Celje et prend aussi part au mouvement laïque scout. Les enfants Kantušer passent souvent les mois d’été au pied des Alpes, à Kamnik d’où était originaire la mère du compositeur.

En 1941, Kantušer doit fuir l’occupant nazi. Il quitte sa famille à Celje et se rend à Ljubljana pour y terminer le lycée. À Ljubljana, il rencontre le professeur de composition Srečko Koporc dont il commence à suivre l’enseignement. Agitateur, Kantušer sera arrêté par les fascistes en 1942 et déporté dans les camps de concentration pour Slaves, en Italie. À son retour de cet internement en 1943, il faillit succomber au paratyphus, mais il revoit Koporc à Ljubljana. En 1944, Kantušer rejoint les partisans, la résistance organisée par Tito. Après la Libération, il s’installe de nouveau à Ljubljana pour y poursuivre ses études chez Koporc.

Sa première œuvre date de 1946, une fugue à deux sujets, à laquelle il ajoute le prélude en 1948. Prélude et Fugue pour piano est la seule œuvre que Kantušer retint dans son catalogue pour cette époque, deux partitions pour orchestre étant introuvables. En 1947 il reçoit un visa pour étudier à Prague, mais il reste à Ljubljana et parachève ses études chez Koporc en 1948, s’opposant ainsi ouvertement à l’académisme de Lucijan Marija Škerjanc. Menant une vie d’étudiant de 1945 à 1950, il côtoie notamment le peintre Karel Zelenko avec lequel il partagera divers logements, mais il vécut aussi chez Koporc. En 1950, il se rend à Paris, muni d’un visa.

Au début des années 1950, il vit à Montparnasse et divers petits emplois se succèdent. Il côtoie le milieu artistique, se liant notamment d’amitié avec les peintres Pranas Gailius, Raphael Kherumian, Veno Pilon et Emil Wachter. En 1952 et 1953, Kantušer suit les classes d’Olivier Messiaen ainsi que celles de Tony Aubin et de Jean Rivier au Conservatoire de Paris. Il assiste par ailleurs au cours d’esthétique d’Étienne Souriau à la Sorbonne et prend aussi part à Darmstadt à la conférence Internationale Ferienkurse für Neue Musik. En 1953, avec Luc Ferrari, Pierre Migaux et Yves Ramette il forme le Groupe 843. La même année, il signe son premier quatuor à cordes et rencontre la peintre américaine Grace Renzi qui deviendra sa femme.

Le couple s’installe rue de la Fontaine-au-Roi. En 1954 Kantušer signe sa première symphonie, la Symphonie de chambre. En 1955 naît un fils, Borut, et le Quatuor no 1 est créé. Faute de pouvoir faire renouveler son passeport yougoslave, Kantušer reçoit le titre d’émigré. En 1957, la famille déménage à Bordeaux, Grace Renzi y ayant obtenu un poste d’enseignante dans une école de l’armée américaine. Suivant cet emploi, les Kantušer déménagent à Fontainebleau en 1959, année de la signature du deuxième quatuor à cordes.

À Fontainebleau, vivant en bordure de forêt (Villa Bois Couvert), Kantušer renoue avec la nature, faisant de longues promenades. Au cours des années bellifontaines, le compositeur produit nombreuses pages symphoniques : le drame symphonique Sire Halewyn (1960), la Symphonie no 2 (1965), l’Ouverture de concert, le concerto pour violoncelle et celui pour flûte. En 1965, Roger Bourdin crée le concerto pour flûte qui est retransmis à la télévision (ORTF) dans une émission consacrée au compositeur. Le ballet Deux Images est créé à l’American Center. C’est dans la deuxième moitié des années 1960 que naît son amitié avec le chef d’orchestre Jean-Jacques Werner, l’organiste Georges Delvallée, et Marc Lombard, avec lesquels il aura des rapports professionnels tout au long de sa carrière. Le quatuor à cordes no 3 est créé, ainsi que la Symphonie no 2 et le drame symphonique Sire Halewyn. Trois Mélodies pour baryton et piano est enregistré pour l’ORTF. Lors de vacances, la famille prend régulièrement la route, visitant divers pays d’Europe. En été 1966, ils entreprennent un long voyage en bus à travers les USA, séjour au cours duquel Kantušer obtient la nationalité américaine6. Cela lui permettra par ailleurs, muni d’un passeport, de visiter à nouveau son pays de naissance. C’est aussi en 1966 que pour la première fois une de ses pièces (Évocations pour cor et piano) sera créée et enregistrée en Slovénie. Toujours en 1966, les Éditions musicales transatlantiques (EMT) éditent la Symphonie no 2. En 1968, Kantušer devient l’instigateur et l’un des membres fondateurs de la B.I.M.C.. Dès lors son directeur, Kantušer consacre une partie considérable de son temps en cette fonction qu’il maintint pendant plus de trente ans (la BIMC porte de nos jours le nom de Bibliothèque Božidar Kantušer).

En 1970, Ouverture de concert est créé à Nice sous la direction de Jean-Jacques Werner, et Largo est créé à Trieste par le Trio Musica Rara. Le pianiste du trio est Leon Engelman avec lequel Kantušer entame une coopération professionnelle et une amitié durables. En 1971 les Kantušer quittent Fontainebleau et reviennent à Paris, habitant d’abord dans le quartier de la Bastille, puis rue de Rome, et enfin à la Cité des Arts où ils restèrent et où le couple fit beaucoup de connaissances. Par ailleurs, dans les années 1970, la famille passe souvent les étés à Grožnjan, y ayant rejoint une colonie estivale d’artistes qui font revivre ce bourg d’Istrie. Le compositeur y renouera notamment avec son ami Karel Zelenko. Les Éditions françaises de musique (EFM) éditent le concerto pour violoncelle, et en 1973, Kantušer signe la Symphonie no 3. Prélude et Fugue pour orgue est créé par Georges Delvallée auquel sera aussi dédié "How long..." en 1974. En 1974/75, dans un effort de pluri-centralisation, Kantušer réussit à ouvrir un centre BIMC en Slovénie en collaboration avec la Bibliothèque nationale et universitaire slovène (NUK), à Kamnik, ce qui l’amena à souvent voyager entre la France et la Slovénie. En 1976, il révise la Symphonie no 3 et écrit Lettres à ma femme (pour piano). En 1977, les Éditions de l’association des compositeurs slovènes (EDSS - Edicije Društva Slovenskih Skladateljev) éditent Deux images, et il signe Coexistence (no 1) qui est donné à Opatija la même année. En 1978, il organise un concert de musique de chambre à la Cité des Arts (Salle Edmond Michelet) en avant-première du cycle de concerts intitulé "Compositeurs de notre temps". Toujours en 1978, la Suite pour percussions est donnée à Radenci, au Festival de musique de chambre du xxe siècle. Cette suite est choréographiée en 1979 par Majna Sevnik pour RTV SLO sous le titre Nuit d’Été (Kresna noč).

En 1980, la symphonie no 3 est enregistrée pour RTV SLO sous la direction d’Anton Nanut et grâce à Leon Engelman une émission radiophonique d’envergure au sujet du compositeur est produite par RTV SLO, les enregistrements de ses œuvres étant souvent retransmis en Yougoslavie. À Paris, il fait connaissance de l’écrivain Godfrey Howard (Oxon) et du compositeur Griffith Rose. Signé en 1980, le quatuor à cordes no 4 est créé en 1981 par le quatuor de Zagreb et paraît sur disque microsillon. En 1981, Kantušer signe la symphonie no 4, mais il la reverra en 1983. En plus d’un cycle de concerts, la BIMC organise occasionnellement des expositions, et des présentations de diverses institutions musicales. Le couple fait plusieurs séjours à Venise et en 1983, Georges Delvallée y crée Esquisse, pour orgue, à Sant’ Agnese. Naissance à Berlin en 1984 d’un petit-fils, Nicolas. En 1985 et 1986, le ballet Flamska Legenda (Légende flamande) est donné à l’Opéra de Maribor. En 1985, Kantušer écrit Eppur si mouve, pour orchestre à cordes, qui sera créé en 1986 au Cankarjev dom à Ljubljana. En 1985, il doit reconnaître l’échec de la collaboration BIMC / NUK. Kantušer conserve un appartement à Kamnik et quitte la maison en Istrie. À Kamnik, il fréquente notamment le vétérinaire Demeter Sadnikar et poursuit aussi des relations avec l’historien d’art Jure Mikuž dont il fit la connaissance à Paris. Kantušer est en rapport avec les éditions Billaudot qui ont repris les EFM. À partir de 1986, il s’attache à la numérisation des fichiers de la BIMC. En 1987 la symphonie no 4 est enregistrée à Ljubljana sous la direction d’Anton Nanut, et Épaves est créé. En 1988, Kantušer signe le dernier de ses sept quatuors à cordes. À la fin de la décennie, le couple fait un voyage touristique artistique dans toute la Yougoslavie.

Au cours des années 1990, Kantušer et Grace Renzi font plusieurs séjours aux États-Unis, dont deux à New York, y organisant la diffusion des catalogues BIMC, mais aussi à titre personnel. Kantušer était membre de l’American Composers’ Alliance - ainsi que membre de la Sacem et de SAZAS en Slovénie. La décennie voit plusieurs publications et émissions radiophoniques à son propos (notamment sur France 2), et trois CD-ROM incluant ses œuvres sont pressés en Slovénie. Il continue à organiser des concerts à la Cité des Arts et l’un d’eux, en 1992, est notamment dédié au compositeur Sergiu Natra. En 1992, Kantušer signe une version symphonique d’Épaves qui sera enregistrée par RTV SLO en 1993. Sarajevo, signé en 1993, est créé en 1995 à Vienne. Le concerto pour alto, contrebasse et orchestre date de 1994 et sera enregistré en 1996 pour RTV SLO. En 1996 a lieu à Fresnes (Ferme de Cottinville) un concert dédié à Kantušer, à l’occasion de son 75e anniversaire. Conscient de la nécessité d’un agrandissement des locaux de la bibliothèque, il est en contact à la Sorbonne avec Danièle Pistone à ce sujet. À l’occasion d’un concert en l’honneur du compositeur à la Holywell Music Room dans le cadre du Festival de musique contemporaine à Oxford, le couple entreprend un dernier voyage en commun, en 1997. En 1998, Kantušer est en pourparlers avec le ministère slovène de la culture quant à l’ouverture du centre BIMC en Slovénie, pourparlers qui s’avèrent positifs en 1999, Kantušer rencontrant le ministre Jožef Školč et le bourg de Šmartno étant choisi comme lieu d’accueil pour le centre d’information. D’autre part, les pourparlers avec la BnF s’avèrent infructueux. Božidar Kantušer meurt le 9 mai 1999 dans un hôpital parisien, à la suite d’un infarctus cérébral, à l’âge de 77 ans.

Kantušer est enterré au cimetière du Père-Lachaise (27e division), avec Grace Renzi (Kantuser) qui mourut en 2011. Les manuscrits de ses œuvres sont conservés à la Bibliothèque du Congrès à Washington. L’opéra La Nuit de Noël n’est pas signé, mais cependant complet. Les sept quatuors à cordes furent édités par Marc Lombard. Grace Renzi initia la succession de la BIMC et grâce à Dominique Hausfater la collection est maintenant à la Médiathèque Hector Berlioz, au Conservatoire de Paris.

Sources : Wikipédia et divers

Photos : Wikimédia Commons

(APPL 2018)