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ORMESSON Jean d’ (1925-2017)

56eme division (1ere ligne)
dimanche 10 décembre 2017.
 

Ecrivain, journaliste et académicien français

Jean d’Ormesson, parfois surnommé Jean d’O, voit le jour le 16 juin 1925 à Paris

Décédé le 5 décembre 2017 à Neuilly-sur-Seine

Ecrivain, journaliste et philosophe français.

Il est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages, allant de grandes fresques historiques imaginaires (La Gloire de l’Empire, 1971) aux essais philosophiques dans lesquels il partage ses réflexions sur la vie, la mort ou l’existence de Dieu (Je dirai malgré tout que cette vie fut belle, 2016). Il devient membre de l’Académie française en 1973.

Il travaille durant des années au journal Le Figaro, notamment comme directeur général. Il est très présent dans des émissions télévisées littéraires ou plus généralistes, où il est régulièrement invité pour son érudition et son art de la conversation.

Origines :

Jean Bruno Wladimir François-de-Paule Lefèvre d’Ormesson est né le 16 juin 1925 dans le 7e arrondissement de Paris

Issu de la famille Lefèvre d’Ormesson, il est le fils cadet d’André d’Ormesson (1877-1957), ambassadeur de France et ami de Léon Blum, le neveu du diplomate Wladimir d’Ormesson et le cousin germain du député Olivier d’Ormesson.

Sa mère, Marie Henriette Isabelle Anisson du Perron (1892-1975), issue de la famille Anisson du Perron, descend d’Étienne-Alexandre-Jacques Anisson-Dupéron (1749-1794), directeur de l’Imprimerie royale en 1783, privé de cet emploi à la Révolution et guillotiné.

Membre de la famille Lefèvre d’Ormesson appartenant à la noblesse de robe, il porte le titre de courtoisie de comte Jean d’Ormesson.

Parmi ses ancêtres se trouvent le conventionnel Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau ainsi que le juge Olivier Lefèvre d’Ormesson1, disgracié à la suite du procès de Nicolas Fouquet.

À l’origine, ses ancêtres s’appelaient Le Fèvre. C’est son ancêtre Jean Le Fèvre qui au début du XVIe siècle amorce l’ascension sociale en devenant commis au greffe du Parlement de Paris. Son fils, Olivier Le Fèvre (1525-1600), devient président de la Chambre des comptes de Paris et acquiert les seigneuries d’Eaubonne et d’Ormesson. Il est anobli en 1553. La famille s’établit en 1758 à Amboile, dans la vallée de la Marne, terre dont elle obtient l’érection en marquisat, le village étant renommé de ce fait Ormesson-sur-Marne.

Jeunesse et formation :

Jean d’Ormesson passe son enfance au château de Saint-Fargeau, qui appartient à sa mère, épisode de sa vie qu’il évoque dans Au plaisir de Dieu. Pendant sa jeunesse, la famille suit les missions du père en Bavière (de 1925 à 1933), en Roumanie et au Brésil, à Rio de Janeiro6. Il est élevé par sa mère, des nourrices et des gouvernantes jusqu’à l’âge de 14 ans et a suivi toute sa scolarité les cours par correspondance du Cours Hattemer7.

Son père, ambassadeur à la retraite, avait été nommé à la tête de la Croix-Rouge française et avait dû aller travailler à Vichy (où il n’est resté que 24 heures avant de démissionner). « Il nous installe, ma mère et moi, flanqués de mon cousin Jacques et de sa mère, ma blonde et délicieuse tante Anne-Marie dont le mari est prisonnier en Allemagne, dans la modeste pension Bon Accueil à Royat et il m’inscrit en première, pour préparer mon bachot, au lycée Blaise-Pascal à Clermont-Ferrand. »

Ce passage en Auvergne ne durera que quelques mois. Le temps de tracer, lors de l’hiver 1940-1941, des croix de Lorraine sur les murs de Clermont-Ferrand, d’emprunter quotidiennement le tramway Royat - Clermont-Ferrand, et de vivre un hiver glacial avant de quitter la région en direction de Nice.

Entre 1941 et 1942, il est élève au lycée Masséna de Nice, il obtient son baccalauréat en 1943, après un premier échec. Il entre en hypokhâgne au lycée Henri-IV, puis intègre à 19 ans l’École normale supérieure.

Licencié ès lettres et en histoire, il tente ensuite, contre l’avis de son professeur Louis Althusser, l’agrégation de philosophie, qu’il obtient en 1949 à la troisième présentation. Il se classe douzième parmi les vingt et un candidats reçus.

Après son service militaire au sein d’un régiment parachutiste, il donne quelques cours de grec classique et de philosophie au lycée public Jacques-Decour, puis entame une carrière de journaliste à Paris Match où il écrit quelques articles people, et aux quotidiens Ouest-France, Nice-Matin et Progrès de Lyon.

Il vit alors dans l’appartement de ses parents rue du Bac, jusqu’à son mariage tardif à l’âge de 37 ans.

C’est en effet le 2 avril 1962, qu’il épouse à Paris dans le 16e arrondissement, Françoise Béghin, née dans cet arrondissement le 26 juin 1938, fille benjamine de Ferdinand Béghin, magnat de la presse (et administrateur du Figaro à partir de 1950) et du sucre (PDG de la société Béghin-Say), de nationalité suisse, et également cousine (par sa tante paternelle) du cinéaste Louis Malle. Leur fille Héloïse naît le 10 octobre 1962.

Littérature, politique et journalisme :

En 1950, par l’entremise de Jacques Rueff, un ami de son père, alors président du Conseil international de la philosophie et des sciences humaines à l’UNESCO, Jean d’Ormesson est nommé secrétaire général de cette nouvelle organisation internationale. Il devient président de ce même Conseil en septembre 1992.

En 1956, il publie son premier roman, L’amour est un plaisir, qui se vend à seulement 2 000 exemplaires, alors que son éditeur Julliard voit en lui un « frère de Sagan ». Il connaît son premier succès critique et public en 1971 avec le roman La Gloire de l’Empire (100 000 exemplaires vendus) pour lequel il reçoit le grand prix du roman de l’Académie française.

Il est rédacteur en chef adjoint (1952-1971), membre du comité de rédaction (à partir de 1971), puis rédacteur en chef de la revue Diogène (sciences humaines). Il est plusieurs fois conseiller dans des cabinets ministériels (dont celui de Maurice Herzog à la Jeunesse et aux Sports) et membre de la délégation française à plusieurs conférences internationales, notamment à l’assemblée générale des Nations unies en 1968.

Il apparaît six fois dans l’émission télévisée Italiques entre 1971 et 1974.

En 1974, il est nommé directeur général du Figaro.

Ses opinions sur la guerre du Viêt Nam lui valent des paroles très dures de Jean Ferrat dans la chanson Un air de liberté. En 1975, à la suite de la suppression de cette chanson d’une émission de télévision à la demande de Jean d’Ormesson, Jean Ferrat s’explique : « Je n’ai rien contre lui, contre l’homme privé. Mais c’est ce qu’il représente, [...] la presse de la grande bourgeoisie qui a toujours soutenu les guerres coloniales, que je vise à travers M. d’Ormesson. »

En 1976, toujours directeur général du Figaro, il apporte son soutien au journaliste et responsable syndical (CGC) Yann Clerc qui aide Robert Hersant, le propriétaire du titre (à partir de 1975), à éliminer toute opposition des journalistes après sa prise de pouvoir. Bernard Pivot d’abord, puis plus de soixante-quinze journalistes démissionnent en invoquant la clause de conscience. Il démissionne de son poste de directeur en 1977 face à l’ingérence rédactionnelle de Robert Hersant.

Il continue une chronique régulière jusqu’en 1983 dans le nouveau supplément Le Figaro Magazine dont le rédacteur en chef est Louis Pauwels.

Jean d’Ormesson se consacre à l’écriture de nombreux romans, qui échappent souvent aux conventions du genre romanesque : les intrigues sont construites autour de plusieurs personnages, les digressions sont nombreuses, les anecdotes personnelles de l’auteur, teintés d’humour et d’érudition, ornent le récit.

Les fictions de Jean d’Ormesson constituent souvent méditation sur le temps qui passe et prennent parfois l’allure d’un traité de vie : La Gloire de l’Empire, Dieu, sa vie, son œuvre, Histoire du Juif errant, La Douane de mer, Presque rien sur presque tout.

La dimension autobiographique est toujours très présente, en particulier dans Du côté de chez Jean, Au revoir et merci, Le Rapport Gabriel, C’était bien, livres à mi-chemin entre le récit et l’essai, où Jean d’Ormesson parle de lui-même, tout en inventant certains détails de sa vie sur le ton de la fausse confidence ou de la fausse modestie.

Dans ses derniers livres, il explore d’autres voies en relatant d’outre-tombe sa propre vie passée (Voyez comme on danse) ou en adoptant un registre plus mélancolique (Une fête en larmes).

Jean d’Ormesson poursuit sa collaboration à la rubrique « Débats et opinions » du journal Le Figaro. La première biographie à son sujet, écrite par Arnaud Ramsay, Jean d’Ormesson ou l’élégance du bonheur, a été publiée en 2009.

En 2003, l’académicien et son épouse Françoise sont soupçonnés d’avoir dissimulé 16 millions d’euros à l’administration fiscale française, mais le non-respect de procédures d’entraide judiciaire internationale provoque l’interruption des contrôles.

En 2013, il évoque son cancer de la vessie qui lui a valu huit mois d’hospitalisation. Il déclare, une fois remis : « J’avais une chance sur cinq de m’en sortir », ajoutant « le cancer a rayé une année de ma vie. »

Le 27 novembre 2014, Jean d’Ormesson est fait grand-croix de la Légion d’honneur par le président de la République François Hollande.

En janvier 2015, les éditions Gallimard annoncent l’entrée de l’œuvre de Jean d’Ormesson au sein de la collection de la bibliothèque de la Pléiade.

Académie française :

Jean d’Ormesson est élu à l’Académie française le 18 octobre 1973, au fauteuil 12, face à Paul Guth, succédant à Jules Romains mort l’année précédente.

Il y est élu un mois après la mort de son oncle Wladimir d’Ormesson (décédé le 15 septembre), qui occupait le fauteuil 13 de l’Académie française.

Il fait campagne pour défendre la réception sous la coupole de Marguerite Yourcenar, la première femme admise à l’Académie en 1980 ; il répond à son discours de remerciement en 1981 et reçoit également Michel Mohrt en 1986 et Simone Veil le 18 mars 2010.

Il était le benjamin de l’Académie française à son entrée. À sa mort, il en était le doyen d’élection et le vice-doyen d’âge.

Pensée et positionnement politiques :

Jean d’Ormesson se considère comme « un homme de droite - un gaulliste avéré, mais un gaulliste européen - qui a beaucoup d’idées de gauche : des idées d’égalité et de progrès, ce progrès qui est abandonné par la gauche à cause des écologistes. »

Sa présence médiatique en fait une personnalité de l’intelligentsia de la droite française. Ainsi, il prend part au débat dans la campagne pour le référendum sur le traité de Maastricht dans un entretien avec le Président François Mitterrand lors de l’émission Aujourd’hui l’Europe se déroulant le 3 septembre 1992 à la Sorbonne à Paris et présenté par Guillaume Durand.

Le 17 mai 1995, deux heures avant sa passation de pouvoir avec le président élu Jacques Chirac, François Mitterrand prend le petit-déjeuner avec Jean d’Ormesson. Il est ainsi la dernière personnalité reçue à l’Élysée par Mitterrand.

En 2012, il soutient Nicolas Sarkozy lors de l’élection présidentielle ; la même année, il interprète le rôle de François Mitterrand dans Les Saveurs du palais, un film de Christian Vincent dans lequel il donne la réplique à Catherine Frot. C’est la première fois qu’il se retrouve dans un rôle d’acteur.

Passeport libanais :

À l’occasion d’une interview au cours de laquelle il commente le renoncement de François Hollande à réunir le Congrès sur la question de la déchéance de nationalité, Jean d’Ormesson révèle qu’il possédait également un passeport libanais (« Je suis, moi-même, binational (j’ai un passeport libanais). »). Il lui avait été accordé par le gouvernement provisoire du général Michel Aoun lors d’un séjour durant la guerre civile libanaise.

Jean d’Ormesson meurt d’une crise cardiaque dans la nuit du 4 au 5 décembre 2017, à son domicile, à Neuilly-sur-Seine, à l’âge de 92 ans.

Distinctions et hommages :

Jean d’Ormesson a reçu la grand-croix de l’ordre national de la Légion d’honneur en 2014.

Il est officier de l’ordre national du Mérite,

Commandeur dans l’ordre des Arts et des Lettres.

Il est également commandeur de l’ordre national de la Croix du Sud, distinction du Brésil, pays où il avait passé une partie de son enfance.

Il obtient en 1971 le grand prix du roman de l’Académie française pour son roman La Gloire de l’Empire ; en 1975, le prix Balzac pour son roman Au plaisir de Dieu ; en 1990, le prix du Mémorial, grand prix littéraire d’Ajaccio pour son roman Garçon de quoi écrire ; en 1994 le prix Chateaubriand pour l’ensemble de son œuvre ; en 1994 le grand prix RTL-Lire et en 1995 le prix Hassan II des quatre jurys pour son roman La Douane de mer ; en 1999, le grand prix Jean-Giono pour son roman Le Rapport Gabriel ; en 2001, le prix Combourg pour son roman Voyez comme on danse et pour l’ensemble de son œuvre ; en 2002, le prix Luca de Tena décerné par le quotidien espagnol ABC ; en 2003, le grand prix littéraire Jacques-Audiberti de la ville d’Antibes. En 2016, il est lauréat du prix Jean-Jacques-Rousseau de l’autobiographie, après la parution de Je dirai malgré tout que cette vie fut belle.

En 2011, il est le parrain des élèves qui ont, en 2010, intégré l’École des mines d’Alès.

Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (56e division) dans la chapelle familiale.

Sources : Wikipédia (Jean d’Ormesson)

Photos : Corentin de Shilph (2017)

(APPL 2017)