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Faits divers - Affaires judiciaires - Revue de presse

DA COSTA - SARAÏVA Mme (D. en 1907)

36eme division (chemin de la Guérite)
vendredi 10 novembre 2017.
 

Le drame de l’hôtel de Morny (1907)

Le Petit Parisien, édition du 10 novembre 1907 : le drame de l’hôtel de Morny.

« Terrible drame dans un salon : le domestique de Mme de Morny se blesse et tue une visiteuse. C’est dit-on à l’hôtel en maniant un revolver rouillé qu’il provoqua cet accident déplorable. Il ne peut se l’expliquer lui-même. Un accident bizarre a ensanglanté, hier soir, le salon de la marquise de Morny, dont l’hôtel est situé rue Georgeville, à Passy. Voici comme on le raconte dans l’entourage de cette dernière :

Il était sept heures du soir. La marquise s’entretenait avec quelques visiteuses, parmi lesquelles une de ses amies sexagénaire, Mme Dacosta, ancienne artiste, demeurant 7, square Alboni.

A un moment donné elle donna l’ordre à son valet de chambre, Louis Boucheron, d’aller dans son appartement chercher un revolver rouillé que le chauffeur, qui l’attendait, devait porter à un armurier chargé de le réparer. Quelques instants plus tard, le domestique revint, apportant l’arme en question.

Comment s’y prit-il ? Ou ne sait pas au juste. toujours est-il qu’il pressa sur la détente et qu’une détonation retentit, suivie de deux cris de douleur. L’imprudent valet de chambre avait fait exploser une des cartouches que contenait le barillet. Le projectile lui avait traversé un doigt de la main gauche, puis était allé ateindre en plein front, Mme Dacosta, qui s’était affaissée sur le tapis, fort gravement blessée.

Un médecin ne tarda pas à venir prodiguer des soins aux deux victimes de ce déplorable accident, et déclara que l’état de la vieille dame était des plus alarmants.

Quelques instants plus tard, Mme Dacosta était ramenée chez elle par une voiture d’ambulance. Mais, malgré les soins qui lui furent prodigués, elle ne tarda pas à expirer.

Le valet de chambre Boucheron, qui est soigné chez la marquise de Morny, a été entendu par M. Landel, commissaire du quartier.

Le pauvre garçon, dont la blessure est peu grave, est plongé dans le plus profond désespoir. Il n’a pu expliquer comment, l’accident s’est produit. Le revolver, de fabrication américaine, et qui. en effet, ne se trouvait pas en très bon état, a été saisi par le magistrat. Mme de Morny, au domicile de laquelle s’est déroulé le drame, est plus connue sous le nom de marquise de Belboeuf.

L’on se rappelle que, l’hiver dernier, elle interpréta, dans un music-hall, en compagnie de Mme Colette Willy, une pantomime :Rêve d’Egypte. En raison des scandales qui se produisirent à la première représentation, la préfecture interdit la pièce, ce qui donna lieu à d’assez vives polémiques. »

L’inhumation de Mme Da Costa-Saraïva, eut lieu le 12 novembre, dans un caveau de famille situé dans la 36ème division, chemin de la Guérite.

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Revue de presse (suite)

Le drame de l’hôtel de Morny (suite) : l’accident reconstitué.

« M. Landel, commissaire de police, a entièrement reconstitué les péripéties du terrible accident dont l’hôtel de Mme de Morny, marquise de Belboeuf, situé 2, rue Georgeville, à Passy, avait été le théâtre. Tout d’abord, le magistrat a établi l’identité exacte de la victime, Mme Da Costa-Saraïva, veuve d’un ancien ministre du Brésil, habitant 100, avenue Victor-Hugo, et non square Alboni, comme il avait été dit par erreur, ce qui l’avait fait, tout d’abord, confondre avec une homonyme.

Voici dans quelles circonstances exactes le triste événement s’est produit : Mme Da Costa, qui était liée depuis longtemps à Mme la marquise de Morny par une étroite amitié, était devenue, il y a dix-huit mois (après la mort de son mari survenue rue de l’ Amiral-Courbet ) sa dame de compagnie.

Possédant quelques rentes, Mme Da Costa avait loué, dans le voisinage de la rue Georgeville, un petit appartement, où elle vivait avec une unique servante. Son fils, qui habitait 7, avenue Montespan, avait été chargé de la gérance des immeubles de Mme de Morny.

La marquise de Morny et sa dame de compagnie étaient allées, dans l’après-midi, faire leur habituelle promenade en automobile. Il était six heures quand elles furent de retour rue Georgeville. Suivie de Mme Da Costa, Mme de Morny pénétra dans sa chambre à coucher et quitta les vêtements spéciaux qu’elle avait revêtus pour la promenade.

Elle prit ensuite dans sa poche un petit revolver qu’elle emporte dans toutes ses sorties et voulut le replacer dans un tiroir de sa table de nuit, où elle enferme ses armes. Ayant ouvert ce meuble, elle remarqua un revolver Browning que, depuis quelques jours, elle se proposait de faire réparer. L’arme était dans une gaine en peau, à fermeture métallique. C’était la gaine d’un autre revolver.

Trop étroite pour contenir le Browning, elle ne pouvait se fermer. La marquise de Morny, ayant appelé son valet de chambre, Jules Boucheron, lui tendit le revolver en lui disant de le remettre au chauffeur qui était resté dans la rue avec la voiture poux attendre les dernières instructions de sa maîtresse.

-  "Recommandez au chauffeur, ajouta la marquise,de le porter chez mon armurier pour qu’il le répare."

Le domestique prit l’arme et, étonné qu’elle n’entrât pas jusqu au fond dans, l’étui, il se mit à renfoncer en tapant sur la crosse avec son pouce. Le malheureux avait, par inadvertance, appuyé sur la gâchette. Une détonation relentit.

Mme de Morny, assise devant sa coiffeuse, un livre à la main, se leva d’un bond. Elle vit son amie, qui se tenait debout de-vant la table de nuit, chanceler et s’abattre contre le lit. Mme Da Costa n’avait pas proféré la moindre plainte.

Le valet de chambre avait laché l’arme et poussait des cris déchirants. La balle, après avoir perforé la gaine, lui avait arraché l’index de la main droite et une partie du médius. Elle était allée ensuite atteindre Mme Da Costa à la tête. la frappant mortellement. Entré par l’occiput, le projectile, après avoir traversé le cervelet et le cerveau, était ressorti au dessus du sourcil gauche, presque au milieu du front. Il avait terminé sa course dans le mur, où il s’était logé profondément, à cinquante centimètres du plafond. »

( Le Petit Parisien, édition du 11 novembre 1907)

Sources : Le Petit Parisien (10 - 11 novembre 1907)

Christophe Rolland (L’éphéméride du Père Lachaise - 10 novembre 2017)

Photos : Pierre Yves Beaudoin (Wikimédia Commons)

(APPL 2017)