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Le cimetière Beauferrier de Bergerac (24)

mardi 30 août 2005.
 

Le cimetière Beaufferier

Au premier abord, le cimetière principal de Bergerac (qui en compte quatre) ne présente que peu d’intérêt pour nous autres amoureux du Père-Lachaise : entièrement plat, essentiellement minéral (on n’y trouve qu’une petite dizaine d’arbres), il est bordé au nord par une ligne de chemin de fer.

Une ballade à travers les allées rectilignes donne une idée assez précise de la composition de la société bergeracoise du XIXème siècle à nos jours : pratiquement toutes les classes sont ici représentées, du petit artisan au membre de la noblesse locale. Les indigents, eux, reposent sous des monticules quasi anonymes dans un autre des cimetières de Bergerac - version moderne de la fosse commune, ô combien déprimante à la Toussaint... Mais à Beauferrier, les noms gravés sur les pierres sont enracinés dans le Sud-Ouest et sonnent familiers aux oreilles des Bergeracois. La grande chance de ce cimetière, c’est qu’il n’y a pas de « crise du logement » : les reprises y sont relativement limitées. Le cimetière offre donc un assez grand nombre de sépultures datant des premières années d’existence du lieu (les années 1830 semble-t-il... le gardien n’a pas pu m’en dire plus).

Tombe Picault - 37.8 ko

Tombe Picault

Ces sépultures se présentent pour la plupart sous la forme d’enclos ceints de grilles ou de haies de buis, rassemblant les pierres tombales des membres d’une même famille. Au cours de la promenade, on découvre quelques curiosités : immenses couronnes de fleurs artificielles protégées dans des « tambours » vitrés, émouvantes plaques émaillées des années 1900 parfois décorées de photos ou de scènes bucoliques peintes, chapelle des « Maîtres de Poste », obélisque élevé par la ville en 1833 à la mémoire de patriotes Polonais réfugiés en Dordogne « Les habitants de Bergerac au courage malheureux », joli monument de Jean Beausoleil « tailleur et poète »... On trouve aussi quelques exemples de statuaire d’inspiration italienne, vierge de douleur, ange éploré et descente de croix grandeur nature. Le cimetière est aussi le lieu de repos de quelques célébrités locales ayant laissé leur nom à plusieurs rues de la ville.

Les « célébrités »

Un interrogatoire en règle du gardien du cimetière m’a permis de dénicher quatre « célébrités » de plus grande envergure... Tout d’abord, la plus ancienne tombe du cimetière serait celle d’Henriette Picault (1769-1838), maîtresse de Chateaubriand durant son exil à Londres. Elle épousa en seconde noce un baron d’empire ministre de la marine de Louis XVIII.

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Henriette PICAULT (1769-1838)

Fille de Charles Picault, riche planteur Henriette Picault voit le jour en 1769 et décédée 1838.

vicomtesse de Belloy, émigrée à Londres, amie de Chateaubriand, remariée en 1810 à Pierre Victor Malouet.

Pierre-Victor Malouet (né le 11 février 1740 à Riom - mort le 7 septembre 1814) était un planteur de sucre de Saint-Domingue et un homme politique français dont l’activité s’exerça pendant la période de la Révolution. Il fut, à l’Assemblée Constituante, un des chefs des royalistes puis le signataire du Traité de Whitehall entre les grands planteurs de sucre français et l’Angleterre.

Fils d’un bailli, Pierre Victor Malouet est élève au Collège de Juilly (1754-1756) puis fait des études de droit. En 1763, il est nommé intendant de la marine à Rochefort. De 1764 à 1776, il occupe un poste dans l’administration de Saint-Domingue, devient notamment sous-commissaire, s’y marie et achète d’importantes propriétés. Commissaire-ordonnateur de Guyane de 1776 à 1778, il est capturé par les Anglais pendant la Guerre d’indépendance des États-Unis d’Amérique.

Rentré en France, il devient intendant de la Marine à Toulon et prend part aux débats sur l’esclavage dont s’est emparé le club de l’hôtel Massiac. Il publie en 1788 son Mémoire sur l’esclavage des négres où il théorise et défend l’esclavagisme en réponse à l’Histoire des deux Indes de son ami, l’abbé Raynal. Il fonde à cette époque, le club des Impartiaux, qu’il essaie d’opposer au club des jacobins et qui se transforme ensuite en club des monarchiques, avec Virieu, Clermont-Tonnerre, Bergasse et Lally-Tolendal. Cependant, les réunions du club cessent car la salle qu’ils occupent est fermée par les sans-culottes.

En 1789, il est élu député du Tiers état de Riom aux États généraux. Il appartient au groupe des monarchiens partisans de deux Chambres, il s’oppose à l’émancipation des Noirs.

L’Angleterre l’accueille pendant neuf ans, du 10 août 1792 à 1801. Anglophone et anglophile, il négocie puis signe le 19 février 1794 le Traité de Whitehall entre les anglais et les colons de Saint-Domingue, la Martinique et la Guadeloupe, qui permet à ces derniers de combattre la révolution française et l’émancipation des noirs, afin de récupérer la fiscalité sur les plantations de sucre française.

Il rentre en France après le coup d’État du 18 brumaire de Napoléon Bonaparte, en profitant de l’amnistie décidée par le nouveau maître du pays. En 1803, après l’expédition de Saint-Domingue, Napoléon Ier le nomme commissaire général de la Marine, à Anvers. En 1810, il est fait baron et conseiller d’État. Il s’oppose à la campagne de Russie, doit quitter son poste en 1812, mais devient ministre de la Marine sous la Restauration, le 13 mai 1814. Il meurt le 7 septembre 1814.

Pierre-Victor Malouet laissera des mémoires, écrits en 1808 mais qui, par sa volonté testamentaire, ne devaient être publiés que vingt ans après sa mort. Ils l’ont été pour la première fois en 1868 : Mémoires de Malouet, Paris, E. Plon, 1868.

Son fils, Louis Antoine Victor Malouet (1780-1842) deviendra préfet sous le Premier Empire et poursuivra sa carrière préfectorale sous la Restauration.

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Jean BOUDET général comte de l’Empire (1769-1809)

Jean Boudet, né le 9 février 1769 à Bordeaux,décédé le 14 février 1809.

Général de division français.

Boudet commença sa carrière militaire en qualité de sous-lieutenant dans la légion de Maillebois, avant d’être dragon au régiment de Penthièvre en 1785. Plus tard, lors de la formation des gardes nationales, il entra comme lieutenant dans un bataillon de volontaires de la Gironde en 1792, et se distingua par une rare bravoure au combat de Château-Pignon, en 1793.

La bataille de Marengo par Lejeune

Il assista comme capitaine au siège de Toulon, et à la guerre de la Vendée en 1794. Il part de l’île de Ré pour la Guadeloupe avec le grade de lieutenant-colonel, aux côtés de Victor Hugues, le 21 avril 1794. La Guadeloupe était alors occupée par les Anglais.

Il débarque à la Pointe des Salines et s’empare du fort Fleur d’épée et de la ville de Pointe-à-Pitre, vigoureusement défendus par l’ennemi. Il est nommé chef de brigade, le 18 juin 1794. Le 14 décembre 1795, il devient général de brigade et commandant en chef de l’armée de Guadeloupe. Il se marie, le 28 décembre 1794, à Pointe-à-Pitre avec Marie Joseph Elisabeth Augustine Darboussier.

Il acheva la conquête de l’île par une longue série des plus brillants faits d’armes, et fut élevé, par le Directoire, le 20 octobre 1796, par Victor Hugues et Lebas, au grade de général de division. C’est Boudet qui a la tête de quelques dragons réprime la rébellion du Lamentin en décembre 1797. Au bout de deux ans, et après avoir mis l’île en état de défense, il revint en France en avril 1799 pour prendre part à la campagne de Hollande, sous le commandement du général Brune.

Après le 18 brumaire, il entra dans l’armée de réserve, commandée par Berthier et destinée pour l’Italie. Chef de l’avant-garde lors de la seconde campagne d’Italie de Napoléon Bonaparte, il s’y distingua à la tête de sa division par un grand nombre d’actions d’éclat, particulièrement à Lodi & Marengo, où il est blessé.

A peine les pourparlers de paix avec l’Angleterre signés à Londres (1er octobre 1801), il est désigné pour participer à l’expédition en préparation pour Saint-Domingue. Comme plusieurs autres chefs de cette expédition (Edme Étienne Borne Desfourneaux, Donatien-Marie-Joseph de Rochambeau, ...), il est choisi pour son expérience coloniale. Il est donc placé (8 octobre) à la tête des troupes réunies à Rochefort, qui formeront le noyau de sa division lors de l’expédition de Saint-Domingue pour écraser la Révolution haïtienne. Il quitte Brest le 11 décembre 1801, et débarque le 5 février 1802 à Port-au-Prince.

Traitant les habitants avec égards, quelle que fut leur couleur, il y est bien accueilli. Opérant isolément du reste des troupes de Leclerc, il s’empare tout aussi facilement de Leogane (11 février), mais suit ensuite la piste sanglante de Dessalines jusqu’à Saint-Marc (25 février), puis la Crête-à-Pierrot. Montant à l’assaut de cette redoute (11 mars), il y est blessé d’un coup de mitraille au talon et doit abandonner le commandement de sa division, qui passe sous l’autorité de Rochambeau. Pendant ce temps, à la Guadeloupe, le gouvernement provisoire de Magloire Pélage, souhaitant prouver sa fidélité au gouvernement de métropole, demande au général Charles Victor Emmanuel Leclerc de lui envoyer le général Boudet pour prendre le commandement de l’île en attendant que Paris y envoie officiellement un nouveau gouverneur.

Boudet reste très apprécié des habitants de la Guadeloupe depuis ses précédents séjours dans l’île. Il quitte donc Saint-Domingue pour la Guadeloupe le 21 avril 1802. Malheureusement, l’expédition du général Antoine Richepanse atteint cette île avant lui (6 mai), et la politique brutale de son commandant met immédiatement le feu aux poudres, engendrant l’insurrection de Louis Delgrès et ses compagnons. La présence de Boudet (28 mai) devenant inutile à la Guadeloupe, il retourne rapidement à Saint-Domingue, où il est placé à la tête de la division du Nord (septembre). Mais Leclerc le renvoie en France (28 septembre) pour informer le premier Consul de sa situation dramatique. C’est une mission de confiance, donnée à un officier dont il loue les mérites. Pourtant, plus tard, Leclerc l’accusera dans sa correspondance de s’être enrichi de manière malhonnête pendant son séjour à Saint-Domingue...

De retour en France, le général Boudet est accueilli en héros, puis nommé au commandement de la 1re division d’infanterie du corps du général Claude-Victor Perrin (26 octobre 1803) en Hollande. Il passe ensuite au corps du général Auguste Frédéric Louis Viesse de Marmont, au camp d’Utrecht (5 février 1804). Il fait la campagne de 1805 sous ce général, puis est envoyé à l’armée d’Italie (1806). En 1807, il est en Allemagne et prit part au siège de Colbert, sous les ordres de Murat, et s’empara, après la paix de Tilsitt, de la forteresse de Stralsund. En récompense de ses services, Napoléon Ier lui conféra le titre de comte d’Empire en 1808, et lui fit don d’un revenu de 30 000 francs sur la Poméranie suédoise.

Il prend garnison dans les villes hanséatiques. Il est aux premières loges pendant la campagne d’Autriche de 1809, à la tête de la 4e division du IVe corps d’armée du maréchal Masséna. Le général Boudet assiste à la prise de Vienne, puis s’illustre lors de sa défense acharnée du village d’Essling (21-22 mai 1809) en transformant en bunker inexpugnable le grenier à grain de la ville. De l’aveu de l’Empereur lui-même, ce fut à la conduite du général Boudet que les français eurent la victoire d’Aspern. Malheureusement, il perd son artillerie à Wagram (6 juillet) et s’attire de vifs reproches publics de Napoléon.

Selon les versions, il meurt de désespoir ou se suicide peu après cette humiliante entrevue (14 septembre 1809).

D’après l’historien haïtien A. Beaubrun-Arnouin, peu suspect de francophilie, le général Boudet fit preuve durant la campagne de Saint-Domingue d’une humanité rare envers les soldats ennemis ou prisonniers, forçant le respect de ses adversaires...

Décorations et titres :

Grand officier de la Légion d’honneur le 2 juin 1809. Chevalier de l’Ordre de la Couronne de Fer.

Comte de l’Empire en 1808. Le nom de BOUDET est gravé au côté Est (16e colonne) de l’Arc de Triomphe de l’Etoile,

Le cœur du général Jean Boudet héros de la bataille de Marengo décédé en Bohème, repose dans la sépulture de famille tout au fond du cimetière.

Sources : Charles Mullié,Paris 1851. Divers.

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Catherine POZZI (1882-1934)

Catherine POZZI voit le jour à Paris en 1882, fille du célèbre médecin, ami des arts, Samuel Pozzi et de Thérèse Loth-Cazalis, elle grandit dans le tout-paris aristocratique et bourgeois de la fin du 19eme siècle.

Dès son plus jeune âge, elle rencontre des gens de lettres et des personnalités du monde artistique dans les salons de sa mère.

A dix ans, elle commence à écrire un journal qu’elle tiendra jusqu’à ses vingt-trois ans : « je veux dire aux indifférents combien un enfant peut souffrir, combien une jeune fille peut être seule ».

En janvier 1909, elle se laisse épouser par Edouard Bourdet dont elle a un fils, Claude Bourdet, en octobre, mais le mariage tourne tout de suite à l’échec

En 1912, elle apprend qu’elle est atteinte de la tuberculose.

En 1913, elle débute son journal d’adulte qu’elle tiendra jusqu’à sa mort en 1934 dans lequel elle livre le plus profond d’elle-même.

Elle y raconte la passion mouvementée qu’elle vécut avec Paul Valéry de 1920 à 1928, les terribles souffrances que la maladie lui infligea, ses rapports avec un certain nombre de personnalités, Julien Benda, Bernard Groethuysen, Rainer Maria Rilke, Marie de Régnier,Pierre Jean Jouve, Anna de Noailles...

« Je suis un des points singuliers par où la souffrance de la planète rayonne » (Catherine Pozzi)

Elle est l’auteur de quelques poèmes dont le magnifique « Ave » , d’un essai métaphysique « Peau d’âme », d’un petit récit autobiographique, « Agnès » que Jean Paulhan qualifia de « fraîche merveille », de quelques notes (NRF) et articles scientifiques (Le Figaro).

AVE

Très haut amour, s’il se peut que je meure

Sans avoir su d’où je vous possédais,

En quel soleil était votre demeure

En quel passé votre temps, en quelle heure

Je vous aimais, *

Très haut amour qui passez la mémoire,

Feu sans foyer dont j’ai fait tout mon jour,

En quel destin vous traciez mon histoire,

En quel sommeil se voyait votre gloire,

Ô mon séjour.. *

Quand je serai pour moi-même perdue

Et divisée à l’abîme infini,

Infiniment, quand je serai rompue,

Quand le présent dont je suis revêtue

Aura trahi, *

Par l’univers en mille corps brisée,

De mille instants non rassemblés encor,

De cendre aux cieux jusqu’au néant vannée,

Vous referez pour une étrange année

Un seul trésor *

Vous referez mon nom et mon image

De mille corps emportés par le jour,

Vive unité sans nom et sans visage,

Coeur de l’esprit, ô centre du mirage

Très haut amour.

Autres oeuvres de Catherine POZZI

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Eloi OUVRARD (1855-1938) Éloi Ouvrard est un artiste de café-concert français né en 1855 à Bordeaux et mort à Bergerac en 1938.

D’abord comique paysan, il invente le genre comique troupier entre 1876 et 1891.

Il est le père de Gaston Ouvrard, autre artiste de music-hall célèbre.

Rival de Paulus, il se fait connaitre dès 1876 avec son interprétation de L’Invalide à la tête de bois (chanson d’Étienne Tréfeu et de Maximilien Graziani).

Une affiche pour la Gaité-Rochechouard représente l’artiste, hilare, indiquant cette citation du critique Jean d’Arc dans Le Courrier français : « Avant l’arrivée d’Ouvrard à Paris, il eut été difficile de se procurer quinze chansonnettes de troupier ! Aujourd’hui ce genre de saynètes se compte par centaines. Certes elles n’ont pas été toutes lancées par lui. »