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Le cimetière de Reims (51)

mardi 30 août 2005.
 

Amis Père-lachaisien, vous apprécierez énormément le cimetière du nord de Reims : il est vrai que son surnom de « Père-Lachaise rémois » n’est pas galvaudé.

En terme de date, il peut narguer son illustre homonyme : ouvert en 1787, il est son aîné de 17 ans ! Surtout, il possède encore des tombes du XVIIIe siècle là où l’on peine à retrouver celles de 1804 au Père-Lachaise. Il fut agrandit après de nombreuses plaintes, son exiguïté laissant échapper des exhalaisons putrides, situation commune à beaucoup de grandes villes à l’époque. La première inhumation eut lieu le 30 juillet 1787 : un homme de 28 ans et une femme de 35 ans. Très rapidement, une chapelle fut construite : elle existe encore, et malgré sa désaffection, elle sert encore parfois de lieu d’exposition.

On peut découper ce cimetière en deux parties principales : à l’entrée, la partie la plus ancienne est un enchantement. La partie moderne est évidemment moins intéressante, encore qu’elle renferme des tombes dignes d’intérêt. Comme au Père-Lachaise, bien que sur une surface plus modeste, la partie ancienne du cimetière est un enchevêtrement de vieilles tombes bien conservées ou de stèles brisées, mais toutes très bien mises en valeur.

La végétation y domine également, et la couleur verte y est si présente qu’elle donne au lieu un aspect magique que l’on ne connaît pas au Père-Lachaise. Avantage à tirer d’un climat qui n’est pas toujours clément en Champagne.

Comme dans toutes les grandes villes, ce cimetière fut le lieu d’élection de célébrités locales fort connues à Reims (la plupart ayant donné leur nom aux artères et aux bâtiments de la ville) mais dont la notoriété ne dépasse pas le cadre local. Certains, néanmoins, appartiennent à une histoire mieux connue, et pas seulement des Rémois :

-  le bienheureux frère Arnould (1838-1890), professeur puis directeur du noviciat de Reims, qui fut béatifié par Jean-Paul II en 1987
-  Barbe Nicole Ponsardin (1777-1866), qui avait épousé François Cliquot, plus connue sous le nom de veuve Clicquot. Elle fit prospérer l’entreprise familiale de champagne. Les amateurs de bulles découvriront dans le cimetière les tombes de familles bien connus pour cette raison : Lanson, Delbeck, Pommery, Taittinger...

la veuve Clicquot - 27.3 ko

la veuve Clicquot

-  Les parents du sculpteur et statuaire René de Saint-Marceaux, grande famille rémoise, dont la tombe est surmontée de l’une de ses œuvres, Sur le chemin de la vie. Rappelons pour mémoire que René de Saint-Marceaux travailla beaucoup pour le funéraire : rien qu’à Paris, on lui doit le gisant de Felix Faure et la statue du Devoir sur la tombe de Pierre Tirard au Père-Lachaise, celui d’Alexandre Dumas fils à Montmartre... Lui-même fut inhumé à Cuy-saint-Fiacre, en Seine maritime. A Reims, ce qui est sans doute son chef-d’œuvre est :
-  La tombe de l’abbé Charles-Eugène Miroy (1829-1871) : ce curé de Cuchery fut fusillé dans ce cimetière par les Prussiens après avoir été accusé de soutenir la résistance. Son gisant est saisissant, et sans doute l’un de plus incroyables de la statuaire funéraire : face contre terre, l’impact de la balle étant représenté.

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tombe de l’abbé Miroy

-  Alexandre de Rougeville (1761-1814), plus connu grâce à Alexandre Dumas sous le nom de « chevalier de Maison-Rouge », aventurier rocambolesque qui tenta de faire évader Marie-Antoinette de la Conciergerie, fut finalement fusillé lui-aussi dans ce cimetière pour renseignements donnés à l’ennemi. Il repose dans une fosse commune du cimetière, sans que l’on sache exactement où.
-  Raoul Villain (1885-1936) est entré dans l’histoire pour avoir assassiné Jean Jaurès. Il était issu d’une famille bien établie de la ville et, comble de l’ironie, fit ses études au lycée dont la rue porte aujourd’hui le nom du tribun. Il mourut dans des circonstances mystérieuses à Ibiza durant la guerre d’Espagne. La tombe qui porte son nom (et qui rappelle son souvenir) est celle, refaite, de ses parents. Ses restes, malgré les demandes familiales, n’ont jamais réintégrés Reims.

Terminons cette présentation en rappelant - ce n’est pas toujours le cas - l’action énergique du sympathique conservateur du cimetière, Alphonse Rocha. Amoureux de la nécropole, il est l’auteur d’un livre dont on ne peut que conseiller la lecture : ROCHA Alphonse, le Cimetière du Nord, Guerlin librairie, Reims, 1998.

Philippe Landru