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Révolution - Empire - Restauration - Monarchie de juillet

DESTUTT DE TRACY Antoine Louis Claude, comte (1766-1836) (10)

10eme division (4e ligne, AB, 19)
mercredi 1er février 2017.
 

Homme politique français

Antoine Destutt de Tracy (ou de Stutt de Tracy), marquis de Tracy (Paris, 20 juillet 1754 - Paris, 9 mars 1836)

Officier, homme politique et philosophe français, brièvement général de la Révolution en 1792.

Issu de la famille de Stutt, famille noble originaire d’Écosse, il est le fils de Claude-Louis-Charles Destutt, marquis de Tracy, militaire de carrière mort en 1766 des suites de blessures reçues à la bataille de Minden.

Antoine Destutt de Tracy fait lui aussi une carrière militaire et, en 1789, est colonel du régiment de Penthièvre.

La période révolutionnaire :

Aux élections aux États généraux, il est élu député par la noblesse du Bourbonnais réunie à Moulins.

Il est un des premiers de son ordre à se rallier au tiers état après la crise du 20 juin 1789 et un des plus enthousiastes lors de la nuit du 4 août 1789.

Lorsque l’Assemblée constituante est remplacée par la Législative en septembre 1791, il se consacre aux sciences avec son ami Pierre-Jean-Georges Cabanis.

Il est cependant nommé maréchal de camp (général de brigade) par La Fayette, commandant de l’armée du Nord, en 1792 ; mais, après le 10 août 1792 et l’émigration de son chef, il revient à la vie civile.

Pendant la Terreur, il est arrêté comme suspect le 2 novembre 1793 et reste incarcéré pendant onze mois, durant lesquels il s’initie à la philosophie sensualiste de Locke et de Condillac, mettant au point sa propre doctrine. Il recouvre la liberté après la chute de Robespierre (9 thermidor an II/27 juillet 1794).

Le Directoire :

Buste de Destutt de Tracy par le sculpteur David d’Angers (1837), exposé dans la Galerie David d’Angers, Angers.

Il écrit alors des Mémoires sur la faculté de penser et Quels sont les moyens de fonder la morale chez un peuple. Il forge le terme idéologie, qu’il conçoit comme la « science des idées », refusant le mot « psychologie », qui fait trop explicitement référence à la notion d’âme.

Sur le plan pratique, il refuse le commandement de l’armée d’Orient mais est nommé membre du Conseil d’instruction publique en 1799.

Le Consulat et le Premier Empire :

Après le 18 brumaire, auquel ses amis de la société d’Auteuil, dont Sieyès est alors le chef, ont puissamment contribué, il est nommé l’un des trente premiers sénateurs.

Au Sénat conservateur, il est le chef des « idéologues » méprisés par Napoléon Ier, qui en fait tout de même un comte d’Empire.

Outre Destutt de Tracy et Cabanis, la Société des idéologues compte parmi ses membres le comte de Volney et Dominique Joseph Garat.

En 1800, il publie des Observations sur le système actuel d’instruction publique.

Il est élu membre de l’Académie française en 1808.

La Restauration et la monarchie de Juillet :

Louis XVIII le fait entrer à la Chambre des pairs en 18145.

Il devient membre de l’Académie des sciences morales et politiques en 1832.

Son œuvre a eu une influence réelle sur les philosophes et économistes du XIXe siècle, notamment Thomas Brown, John Stuart Mill, Herbert Spencer, Taine et Théodule Ribot, mais aussi sur Stendhal et Karl Marx..

Descendance :

Son fils Victor Destutt de Tracy a été parlementaire sous la monarchie de Juillet et ministre de la Marine.

Sa fille a épousé Georges Washington de La Fayette en 1802.

Idéologie :

Idéologue moderne, il a été très lu à son époque. Il veut révolutionner les sciences sociales, c’est-à-dire fournir pour les nouveaux établissements scolaires le livre de base (Éléments d’idéologie). Il veut avant tout bâtir des connaissances, fonder la formation sur le rationnel. Il veut tout rationaliser. Il se situe dans la ligne de Condillac. Pour lui tout est fondé sur les sens (sensations) : il faut isoler un seul sens. Il imagine la théorie de la statue.

Supposons un être humain qui, dès sa naissance, a été mis dans du plâtre. Il se développe sans rien voir du monde. Il n’a aucune sensation. Si on lui fait sentir une fleur, il va l’imaginer. Son idée, c’est que nos constructions intellectuelles, nos doctrines viennent de nos sensations. 3 parties dans cette œuvre : 1) idéologie (mobilisation des sensations), 2) grammaire (facultés intellectuelles) 3) logique (buts poursuivis), c’est-à-dire reconstructions des connaissances. Au-delà de l’audace de la méthode, il arrive à des conclusions prudentes.

Pas de grandes remises en cause. Notons qu’il perçoit un rapport entre les langues et la structure de la pensée d’une société, d’une nation. Les comparaisons entre les langues permettent d’entrevoir les différences entre les sociétés. Sa pensée, qui n’est pas réflexive et beaucoup moins génétique que celle de Condillac, est un modèle de « matérialisme psychologique » très attentif aux dérives de la métaphysique et aux délires de l’inconscient. Il défend également la physiocratie : concurrence, libre-échange, exaltation de l’agriculture ; mais il défend aussi l’idée du malthusianisme avant l’heure. C’est un homme de son temps. Néanmoins, Napoléon bouleversera tout cela en mettant en place les lycées, universités, grandes écoles...

Publications :

M. de Tracy à M. Burke, Imprimerie nationale, Paris (lire en ligne) [archive] Observations sur le système actuel d’instruction publique, Veuve Panckoucke, Paris, an IX (lire en ligne) [archive]

Projet d’éléments d’idéologie à l’usage des écoles centrales de la République française, chez Pierre Didot l’aîné, Firmin Didot et Debray, Paris, an IX (lire en ligne) [archive]

Analyse de l’Origine de tous les cultes, par le citoyen Dupuis, et de l’abrégé qu’il a donné de cet ouvrage (1799 ; 1804) disponible [archive] sur Gallica

Élémens d’idéologie, Première partie, Idéologie proprement dite, chez Courcier libraire-éditeur, Paris, an XIII = 1804 (lire en ligne) [archive]

Élémens d’idéologie, Seconde partie, Grammaire, chez Courcier libraire-éditeur, Paris, an XI = 1803 (lire en ligne) [archive]

Élémens d’idéologie, Troisième partie, Logique, chez Courcier libraire-éditeur, Paris, an XIII = 1805 (lire en ligne) [archive]

Élémens d’idéologie, IVe et Ve parties, Traité de la volonté et de ses effets, chez Courcier libraire-éditeur, Paris, 1815 (lire en ligne) [archive] Principes logiques, ou Recueil de faits relatifs à l’intelligence humaine (1817) disponible [archive] sur Gallica.

Commentaire sur l’Esprit des lois de Montesquieu, par M. le Cte Destutt de Tracy, suivi d’observations inédites de Condorcet sur le 29e livre du même ouvrage, et d’un mémoire sur cette question : quels sont les moyens de fonder la morale d’un peuple, écrit et publié par l’auteur du commentaire de l’Esprit des lois en 1798 (1819) disponible [archive] sur Gallica, Réédition : Fayard, Paris, 1994.

Traité d’économie politique, chez Mmes Bouguet et Lévi ,Paris, 1823 (lire en ligne) [archive]

Mémoire sur la faculté de penser ; De la métaphysique de Kant et autres textes, Fayard, Paris, 1992.

Lettres à Joseph Rey : 1804-1814, Droz, Genève ; Champion, Paris, 2003.

De l’amour. Publié pour la première fois en français avec une introduction sur Stendhal et Destutt de Tracy, par Gilbert Chinard (1926). Réédition : J. Vrin, Paris, 2006

Œuvres complètes tome 1, présentées par Claude Jolly : Premiers écrits - Sur l’éducation et l’instruction publique, Librairie philosophique J. Vrin, Paris, 2011 (ISBN 978-2-7116-2133-0) Œuvres complètes tome 3, Éléments d’idéologie : Idéologie proprement dite, Librairie philosophique J. Vrin, Paris, 2012 (ISBN 978-2-7116-2135-4) Œuvres complètes tome 4, Éléments d’idéologie : Grammaire, Librairie philosophique J. Vrin, Paris, 2013 (ISBN 978-2-7116-2136-1) Œuvres complètes tome 5, Éléments d’idéologie : Logique, Librairie philosophique J. Vrin, Paris, 2014 (ISBN 978-2-7116-2137-8) Œuvres complètes tome 6, Éléments d’idéologie : Traité de la volonté et de ses effets, Librairie philosophique J. Vrin, Paris, 2015 (ISBN 978-2-7116-2138-5)

Œuvres complètes tome 7, Commentaire sur l’Esprit des lois de Montesquieu, Librairie philosophique J. Vrin, Paris, 2016 (ISBN 978-2-7116-2139-2)

Titres :

Marquis de Tracy et seigneur de Paray-le-Frésil (avant 1789) ; Comte Destutt-Tracy et de l’Empire (lettres patentes du 26 avril 1808, Bayonne)

Pair de France

Pair « à vie » par l’ordonnance du 4 juin 1814

Comte-pair héréditaire (31 août 1817, lettres patentes du 3 août 1824)

 ; Distinctions :

Légion d’honneur :

Légionnaire (9 vendémiaire an XII : 2 octobre 1803)

Commandant de la Légion d’honneur (25 prairial an XII : 14 juin 1804).

Il repose dans la 10e division.

Sources : Wikipédia et divers (2017)

Photo : P. Landru (Cimetières de France)

(APPL 2017)