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De paparum sepulcris : les lieux d’inhumation des papes

mardi 30 août 2005.
 
La récente inhumation de Jean-Paul II dans les grottes vaticanes nous donne l’occasion d’aborder un thème relativement peu traité : celui de la dernière demeure des souverains pontifes dans l’histoire.

Le Vatican...

crypte des papes - 134.2 ko

crypte des papes
catacombe de San Calixte : 9 papes de 230 à 258 y furent inhumés
On connaît pourtant bien l’emplacement des tombes des papes, du moins à partir du moment où l’Eglise de Rome a organisé la célébration de leur anniversaire auprès de leur sépulture, c’est-à-dire après le milieu du IIIe siècle : on nota alors dans les calendriers l’anniversaire des papes martyrs à partir de Calixte (+222) et celui des papes non martyrs à partir de Lucius (+254). C’est ensuite le Liber pontificalis qui prend le relais.

Quand cette source nous fait défaut, après 867, nous pouvons établir la liste des lieux de sépulture à partir d’autres documents, en particulier les descriptions médiévales ou modernes de la basilique St Pierre et du Latran. Nous ne savons donc rien du lieu de sépulture des papes des deux premiers siècles, à l’exception de St Pierre. On suppose qu’ils furent inhumés auprès de lui dans la nécropole de la colline du Vatican.

Quelques chiffres tout d’abord : sur les 264 souverains pontifes reconnus par l’Eglise (car il existe également les anti-papes, qui jalonnent l’histoire de la catholicité médiévale), l’Italie domine très largement puisque seuls 11 papes furent inhumés en dehors de la péninsule : trois en Allemagne (Alexandre 1er, qui aurait été transféré à Freising, en Bavière ; Benoît V, inhumé initialement en la cathédrale de Hambourg, et Clément II, inhumé en la cathédrale de Bamberg), sept en France, en particulier à la suite de l’installation des papes à Avignon au XIVe siècle (Gelase II à Cluny, Clément V à Uzeste, où on peut voir encore son tombeau ; Jean XXII, Benoît XII, Innocent VI et Urbain V à Avignon ou à la Villeneuve d’Avignon, Clement VI en l’abbaye de la Chaise-Dieu). Martin Ier, exilé dans l’Empire Byzantin, aurait été inhumé quant à lui à Cherson.

Tombeau de Boniface VIII - 12.9 ko

Tombeau de Boniface VIII

En Italie, Rome est la ville sépulcrale par excellence, mais elle n’est pas la seule. On trouve des papes dans plusieurs cathédrales ou abbayes italiennes hors de la capitale : Adrien III à Nonentola, Sylvestre III en Sabine, où il avait été déposé, Victor II à Ravenne, Etienne IX et Nicolas II à Florence, Grégoire VII à Salerne, Victor III à Monte Cassino, Lucius III à Vérone, Urbain III à Ferrare, Grégoire VIII à Pise, Innocent IV à Naples, Alexandre IV, Clément IV, Adrien V et Jean XXI à Viterbe, Urbain IV, Martin V et Benoît XI à Perrugio, Célestin V à l’Aquila, Sylvere sur l’île de Palmaria.

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tombeau de Léon XI

Soient 233 papes dans la seule ville de Rome, dispersés dans de nombreuses églises de la villes, mais où dominent Sainte-Marie-Majeure, Saint-Jean-de-Latran et bien sûr Saint-Pierre ! A ces églises, il faut ajouter les nombreuses catacombes de la ville (San Calisto, Priscilla, Via Ardeatina...) où furent inhumés les premiers papes, et dont on possède paradoxalement encore les niches funéraires.

Rappelons au passage que si les catacombes servirent bien de lieux de culte aux premiers chrétiens - notamment sur les tombeaux des papes martyrs -, celles-ci étaient connues des autorités romaines puisqu’elles étaient le lieu d’inhumation de toute la population de l’époque, et qu’elles ne furent donc en aucun cas, contrairement à la légende tenace, des asiles clandestins.

2000 ans d’histoire devaient laisser des traces : certains papes connurent un sort moins enviable. Ainsi, les cendres de Léon V, pape renversé, furent jetées dans le Tibre. Les restes de Clément VI, inhumé à la Chaise-Dieu, furent brûlés par les protestants tandis que celles d’Urbain V, transférées d’Avignon à St Victor de Marseille, furent dispersées à la Révolution.

En outre, pour être exhaustif, il faut également mentionner les nombreux transferts de pape tout au long de l’histoire, ballottés selon les aléas d’une église à l’autre (le dernier en date est récent : Jean XXIII, canonisé, quitta les grottes vaticanes pour la basilique Saint-Pierre. C’est aujourd’hui Jean-Paul II qui occupe l’emplacement de son ancien tombeau).

tombeau de Jean XXIII - 16.3 ko

tombeau de Jean XXIII

Pour les papes plus anciens, des ossements s’échangèrent cher sur le marché aux reliques du Moyen-Age : il en fut ainsi du crâne de Lucius Ier, conservé pieusement... en la cathédrale Saint-Ansgar de Copenhague, au Danemark. Enfin, de Sixte V (+1590) à Pie IX (+1878) [1], précisons que les cœurs et les viscères, prélevés des cadavres, furent conservés en l’église Saint-Vincent-Saint-Anastase de Rome.

Bien des vicissitudes, dont Saint-Pierre du Vatican est une parfaite illustration : sur les 139 papes inhumés près de Saint-Pierre, il reste bien peu de tombeaux encore visibles. En premier lieu, on se doit de distinguer les sépultures dans la basilique proprement dite et celles se trouvant en profondeur, dans les cryptes appelées grottes vaticanes (celles-là mêmes où l’on vient d’inhumer Jean-Paul II).

En outre, rappelons que le Vatican fut entièrement refait à plusieurs époques de l’histoire, en particulier sous Constantin (IIIe siècle) et au XVIe siècle. Chaque époque vit disparaître la quasi-totalité des tombeaux antérieurs dont nous ne possédons plus que des descriptions ou des gravures anciennes.

Ainsi, dans la basilique actuelle, nous ne pouvons désormais plus admirer que vingt deux tombeaux, auxquels il faut ajouter les trois simples dalles de Léon II, III - celui qui sacra Charlemagne - et IV. Si on ajoute les vingt cinq sépultures complètes ou fragmentaires des grottes vaticanes, on prend vite conscience du très grand nombre de mausolées disparus.

Près des papes, quelques souverains étrangers viennent compléter l’aréopage : l’empereur Otton II, la reine Christine de Suède, quelques prétendants Stuart, dont le vieux Jacques III...

Quelques témoignages d’une histoire bimillénaire donc, mais des témoignages grandioses : de la modestie des niches funéraires de Damase ou Symmaque dans les catacombes aux œuvres du Bernin pour les tombeaux de Paul III et d’Urbain VIII, des esclaves de Michel-Ange pour la sépulture de Jules II à St-Pierre-Aux-Liens à Rome aux magnifiques gisants à Uzeste, à Rome ou a Bamberg...

Pour plus d’informations, on pourra consulter les articles très complets « tombeaux des papes » in LEVILLAIN Philippe, Dictionnaire historique de la papauté, Fayard, Paris, 1994.

Philippe

[1] à l’exception d’Urbain VII, de Gregoire XIV et d’Innocent IX