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Journée nationale du souvenir de l’esclavage

Le souvenir de Victor Schoelcher et de sa famille au Père-Lachaise
jeudi 11 mai 2006.
 

Journée nationale du souvenir de l’esclavage

Le souvenir de Victor Schoelcher

et de sa famille

au cimetière du Père-Lachaise

Le Père-Lachaise est un espace de contrastes forts. Nous y avons les tombes des Schoelcher mais aussi celle du général Gobert, natif de la Guadeloupe, député de la Guadeloupe aux Etats Généraux et à l’Assemblée Constituante, enfin organisateur et véritable chef de l’expédition du rétablissement de l’esclavage à la Guadeloupe en 1802 sous le commandement nominal et quelque peu théorique du général Richepanse. Or, pendant des décennies, à cause du legs fait par le fils Gobert à l’Institut de France, legs considérable qui a permis la réalisation du chef d’œuvre de David d’Angers, Gobert a été magnifié, exalté, dans le même temps que les Schoelcher étaient oubliés. Heureusement qu’il y avait sur la tombe de Marc et Victor Schoelcher une belle œuvre d’art sinon, après leur transfert au Panthéon, ils auraient peut être subi le sort des concessions funéraires de l’Abbé Grégoire et de Jean Moulin, revendues au motif qu’elles étaient devenues disponibles !

Quand à Gobert, le bas-relief de David d’Angers représentant une scène du rétablissement de l’esclavage fut fallacieusement appelé pendant plus d’un siècle et demi « La maison minée à Saint-Domingue », y compris par les meilleurs spécialistes de l’histoire de l’art.

Heureusement, tout est rentré dans l’ordre aujourd’hui et la vérité historique a été entièrement rétablie. Les visiteurs du Père-Lachaise, lorsqu’ils s’adressent au Service, sont exactement renseignés sur la personne de Gobert, la signification du bas-relief esclavagiste et le renvoi vers le propriétaire, conformément à la loi de l’entretien du monument quel que soit son intérêt historique.

Il ne serait pas concevable en effet que l’administration parisienne intervienne sur le monument Gobert après que le Conseil de Paris a changé le nom de la rue Richepanse en celui de chevalier de Saint-Georges.

Le cas Schoelcher.

Le transfert au Panthéon des restes de Victor Schoelcher et de son père Marc, effectué le 18 mai 1949 à l’initiative du président Gaston Monnerville, n’a pas fait disparaître leur souvenir du Père-Lachaise.

Le cimetière conserve en effet, sous forme de cénotaphe, le monument réalisé pour Marc Schoelcher en 1841 et que Victor était venu rejoindre en 1894. A peu de distance se trouve le tombeau de Victoire Schoelcher, née Jacob, la mère de Victor ; elle y repose encore aujourd’hui.

Les tombes de Marc Schoelcher et Victoire Schoelcher-Jacob sont deux très beaux monuments, en même temps que sobres. Celle de la mère de Victor montre un gisant féminin de pierre dont l’auteur est resté inconnu. Celle de son père est ornée d’une sculpture de bronze par A. Fromager, exécutée pour le Salon de 1840 et installée sur le tombeau de Marc Schoelcher en 1841 ; il s’agit d’une stèle sur laquelle l’industriel dialogue avec un des ouvriers de la fabrique de porcelaine. Un médaillon de bronze représentant le portrait de Victor, fut ajouté au bas du monument en 1894 ; il est signé de E. Hannaux.

C’est après la mort de leur mère en 1839, et grâce à l’héritage qu’elle leur laissa, que les deux frères Schoelcher, Victor et son aîné Marc-Antoine, purent faire réaliser ces monuments pour leurs parents qui à leur décès, avaient reçu chacun une inhumation provisoire. Belle exemple de reconnaissance filiale.

La présence de ces deux monuments est un honneur pour le Père-Lachaise. C’est pourquoi l’administration gestionnaire du cimetière les a fait récemment réhabiliter et ils seront désormais, sauf contrordre improbable, régulièrement entretenus par le Service. Ils sont ainsi prêts à accueillir toute manifestation commémorative, tout hommage : si certains le souhaitent, le 22 juillet, jour anniversaire de la naissance de Victor Schoelcher dont c’est ainsi le bicentenaire, à l’instar du Père-Lachaise, ou tout simplement dans quelques jours, le 1er mai, lorsque le défilé traditionnel des Francs-Maçons fera un détour sur la tombe de Victor Schoelcher pour cause d’hommage à leur célèbre frère qui fut un fidèle et grand Franc-Maçon.

Lorsque Marc, le père, et Victor Schoelcher furent exhumés en 1949, on assista à un spectacle extraordinaire. Victor, décédé 55ans plus tôt, était en effet intact. Je vous lis un extrait du rapport officiel : Corps au complet dans ses vêtements d’hiver, visage intact avec seulement un léger noircissement du teint, dit le procès-verbal. N’est-ce pas un signe du caractère éternel du message de la vie, des convictions et de l’exemple de Victor Schoelcher pour nous-même et les générations futures ? On est en droit de le penser.

Christian Charlet

Historien du Service des Cimetières de la Ville de Paris

Anniversaire du Décret de l’abolition de l’esclavage, 27 avril 1848

Hôtel de Ville de Paris, 27 avril 2004.

Sources : Documentation à la disposition du public à la Conservation du cimetière du Père-Lachaise.