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Explorateurs - Découvreurs - Ere coloniale

BRAZZA Pierre Savorgnan, comte de (1852-1905)

36eme division (2e ligne, P, 35) transféré à Alger en 1907
dimanche 30 avril 2006.
 

La conquête coloniale

Dans le Landernau des passionnés et habitués du Père Lachaise, la quête du moment, c’est de savoir où est passée la dépouille de Pierre Savorgnan de Brazza. Le fondateur de Brazzaville semble bien oublié, pourtant, il est présent, bien présent.

Notre époque se veut porteuse de tous les exutoires, on revisite l’histoire, n’hésitant pas à présenter des excuses à tous vents et tous venants, comme si l’histoire nous appartenait, comme si nous étions, nous contemporains du XXIe siècle, responsables de toutes les erreurs, tragédies et abominations en tous genres perpétrées par nos ancêtres et leurs contemporains.

Le rôle positif de la colonisation semble à l’ordre du jour le lundi et abominable le mardi, comment dans cette ambiance délétère avoir une vision objective des choses du passé ?

Savorgnan de Brazza, grand voyageur durant son existence, l’est aussi depuis son décès en 1905, tout d’abord inhumé au Père Lachaise dans la 36eme division, sa dépouille, par la volonté de son épouse, partit pour Alger où sa famille possédait une propriété, courant de l’année 1907. Mais, ce n’est pas tout, le destin veille, et réserve à ses cendres encore une aventure.... Le Congo, le réclame, l’espère, l’attend..... Brazzaville, cité qu’il a fondée, veut devenir son dernier havre, sa dernière aventure, son dernier repos.

La décision est prise, il y a les pour, les contres, ceux qui pensent que c’est juste, d’autres que c’est stupide et inopportun, quoi qu’il en soit, dernière escale ou destination suprême, sa dépouille devrait très prochainement reposer dans un mémorial mausolée grandiose..... Et si l’on découvrait ce personnage hors du commun ?

R. D.F.

Pierre Savorgnan de Brazza est né à Castel Gandolfo, prés de Rome le 25 janvier 1852. Il est le septième enfant d’une famille de la noblesse italienne, son enfance est bercée par les récits de son père qui a parcouru l’ensemble du bassin méditerranéen. Assidu de la lecture des écrits des grands voyageurs et des atlas de la bibliothèque familiale, le jeune Pierre se passionne très jeune pour les voyages et la découverte. Le jeune garçon est très vif, remuant, toujours en mouvement. Il rêve d’être marin.

A Paris, l’Amiral de Montignac, ami de la famille, l’aide à préparer le concours de l’école Navale. Il le passe et le réussit à titre d’étranger, en décembre 1868. En 1870, quand éclate la guerre Franco-prussienne, il est aspirant. Il demande à être affecté à une unité combattante de la flotte. A la fin du conflit, en 1871, l’avènement de la IIIe République lui donne pour affectation la Vénus. Le navire croise au large du Gabon, c’est la première approche de Brazza avec l’Afrique. La Vénus est affectée à l’interception des navires négriers, la traite étant une activité désormais illégale (En théorie depuis 1848).

La Vénus navigue sur l’embouchure du fleuve Ogoué en 1874. Savorgnan de Brazza a l’idée de remonter le fleuve pour prouver que celui-ci et le Congo ne sont qu’un seul et même fleuve. Mais son projet est retardé pour cause de naturalisation (il est, à cette époque, toujours italien). Mais devenir français lui fait perdre tous ses grades. Il est contraint de rentrer en France pour obtenir son brevet de capitaine au long cours et pouvoir réintégrer la Marine Nationale au grade d’enseigne de vaisseau. Quelques mois après, il est de retour en Afrique. Pendant son séjour obligé à Paris, il obtient du Ministère de la Marine l’ordre de mener l’exploration de l’Ogooué.

Il quitte Libreville à bord d’un petit vapeur le 3 novembre 1875. Il remonte le fleuve jusqu’à Lambaréné. Deux mois lui seront nécessaires pour réunir le matériel, les pirogues et les équipages nécessaires à la poursuite de l’exploration. Le 10 février 1876, il aborde à Lopé. Durant tout le trajet, il multiplie les palabres et négociations avec chefs et les rois des contées traversées. Les escarmouches et accrochages avec les trafiquants d’esclaves sont nombreux. A chaque fois, Brazza libère les esclaves.

Il atteint le confluent de l’Ogooué avec la rivière Passa, en juillet 1877. Brazza doit se rendre à l’évidence, l’Ogooué n’est pas le fleuve Congo, trop de rapides et trop de chutes réduisent à néant ses espoirs. Ce n’est donc pas la grande voie de pénétration fluviale qu’espéraient les autorités françaises. Malgré tout, l’expédition continue, et remonte le cours du N’Gambo. C’est un affluent d’un fleuve plus important qu’il nomme Alma.

Brazza et ses hommes se trouvent bientôt face à face avec aux Aphourous en juillet 1878. Ce sont les redoutables maîtres du commerce sur le fleuve Alma. Ils tirent leurs profits de l’ivoire et de l’esclavage. Ils n’hésitent pas à attaquer la petite troupe réduites à trois blancs et treize tirailleurs sénégalais, plus quelques porteurs. Brazza est très irrité de la défense et de la protection de ce monopole qu’il est venu conquérir. Mais les Aphogourous sont des commerçants méfiants et qui se révèlent impitoyables pour le transfert de toute marchandise par le fleuve. L’explorateur résiste, puis bat en retraite, les munitions arrivant à épuisement. La petite troupe est exténuée et malade ; Le 11 août, Brazza ordonne le retour. Pourtant, il n’est qu’à deux cent kilomètres du fleuve tant espéré.

Il revient en France, et tente de monter une nouvelle expédition. Il est plus que temps, la course aux nouveaux territoires fait rage en Europe. L’anglais Stanley, engagé par le Roi des belges Léopold II, doit se lancer à la conquête de cette partie du continent africain. Pour sa part, Savorgnan de Brazza reçoit l’aval du gouvernement et l’aide et le soutien précieux de Jules Ferry alors ministre de l’Instruction Publique, défend défenseur de la politique coloniale de la France.

Il s’embarque pour le Gabon le 27 septembre 1879. L’expédition est rapidement mise en place et organisée, Stanley a quelques mois d’avance. Brazza possède un atout de taille, le Makoko, le Roi des Tékés (Batékés) a choisi son camp, il donne l’ordre de laisser passer Brazza. Celui que l’on nomme déjà le Père des esclaves semble plus digne de confiance que Stanley qui lui s’est taillé une réputation de tueur dans l’esprit des populations indigènes. Un émissaire est dépêché à Brazza qui veut d’abord arriver au grand fleuve. C’est chose faite le 1er octobre 1880. Le surlendemain, Brazza rencontre le Makoko à Moé, sa capitale. Ils signent un traité qui place le royaume sous la protection de la France. Sur le moment, personne ne sait vraiment que la rive ouest du Congo devient française.

Un poste avancé est fondé, N’Tamo qui deviendra bientôt Brazzaville. Au voyage de retour, le détachement trouve les sources de l’Ogooué. Le traité entre le Makoko et Brazza est ratifié par la chambre le 30 novembre 1882. Toutes les régions explorées sont désormais placées sous protectorat français. Brazza est nommé lieutenant de vaisseau. Il se voit confier une troisième exploration pour renforcer les points de contrôle et créer de nouveaux postes le long du fleuve. Brazza s’embarque avec le titre de commissaire général de la République de l’Ouest africain. L’acte général de la conférence de Berlin, en 1885, reconnaît les droits de la France sur le Congo. En novembre 1885, il est nommé commissaire général du gouvernement dans le Congo français. Il occupe ce poste jusqu’en 1897. Malgré tout, il continue ses explorations. Il organise l’administration de la colonie. Il est mis en disponibilité en 1898. Il démissionne de son poste au mois de mai de la même année. Il s’installe avec sa famille à Alger. La République le rappelle quelques années plus tard suite à de nombreux scandales financiers. Il part pour le Congo pour une tournée d’inspection. Mais, au retour, il décède à Dakar le 14 septembre 1905.

Les circonstances de sa mort demeurent mystérieuses. Selon sa femme, il aurait succombé à un empoisonnement orchestré par les compagnies de commerce, à ce jour, aucune preuve tangible n’a pu être établie. Quoi qu’il en soit, son décès demeure suspect.

Son corps est ramené en France, Savorgnan de Brazza a des obsèques nationales, des milliers de personnes suivent son convoi jusqu’au Père-Lachaise. Le gouvernement hésite entre l’inhumation au Panthéon ou aux Invalides, sa veuve refuse ces propositions et décide d’ensevelir la dépouille du grand explorateur à Alger dans la sépulture où repose déjà leur fils. Ce sera chose faite en 1907.

Sépulture de Savorgnan de Brazza à Alger

En 2005, le Haut Comité des Célébrations Nationales a prévu de commémorer le décès de celui qui reste : « une des plus hautes figures de la geste coloniale française » selon l’historien Jean Martin. Jacques Chirac, lui non plus n’a pas oublié : le samedi 5 février 2005, il participe « avec une certaine émotion » à la pose de la première pierre du mausolée de Savorgnan de Brazza à Brazzaville. Il avait été prévu de transférer en septembre 2005, les cendres de Brazza d’Alger à Brazzaville, mais une foule de problèmes a différé ce transfert à ce jour.

Mausolée de Savorgnan de Brazza à Brazzaville (Congo)

Sources : Le Petit Journal, La Fondation Savorgnan de Brazza, Ligue des Droits de l’Homme, l’Illustration.