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Le cimetière des chiens d’Asnières (92)

mardi 30 août 2005.
 

La genèse d’un projet

Jusqu’au XIXe siècle, l’animal a une fonction utilitaire. La violence à l’égard des bêtes, donnée ordinaire à des époques également violentes pour l’homme, devint néanmoins de plus en plus intolérable : ainsi, la naissance en Angleterre d’une société protectrice des animaux dès 1824 témoigne du polissage des mœurs. Partageant cette logique, le comte de Grammont, outré des mauvais traitements infligés aux chevaux, fonde au milieu du XIXe siècle la SPA française : d’utilitaire, l’ animal devient un « compagnon » dont la présence concoure au bien-être des citoyens.

Mais si les conditions de vie des animaux s’améliorent, après leur mort, rien n’est prévu. En théorie, les cadavres devaient être apportés dans les vingt-quatre heures chez l’équarisseur. Dans la pratique, à Paris, les dépouilles sont le plus souvent jetées avec les ordures ménagères, lorsqu’elles ne sont pas lancées dans la Seine ou dans les fossés des fortifications.

La loi du 21 juin 1898 tente d’apporter une solution au problème : elle prévoit que les animaux domestiques « pourront être enterrés dans une fosse située autant que possible à cent mètres des habitations de telle sorte que le cadavre soit recouvert d’une couche de terre ayant au moins un mètre d’épaisseur ».

La naissance du cimetière

Profitant de cette loi, Georges Harmois et Marguerite Durand créent le 2 mai 1899 la Société française anonyme du Cimetière pour chiens et autres animaux domestiques. Le mois suivant, cette société achète la moitié de l’île des Ravageurs, utilisées jusque là comme lieu de stockage par les chiffonniers. Située en amont du pont de Clichy, elle est dans le territoire de la commune d’Asnières. Le premier cimetière animalier du monde ouvrit ses portes à la fin de l’été 1899.L’architecte parisien Eugène Petit, dont plusieurs immeubles du XIV° arrondissement portent la signature, est chargé de dessiner l’entrée du cimetière. Il conçut le portail de style Art Nouveau, flanqué de deux portes pour le passage des piétons.

Portail d’Eugène Petit - 20.7 ko

Portail d’Eugène Petit

En 1976, le comblement du bras de Seine, rendu possible par la disparition d’une seconde île, l’île Robinson, fait perdre au cimetière son caractère insulaire. Suite à des ennuis financiers, le cimetière faillit fermer ses portes en 1986 : classé monument historique en 1987, il fut reprit par la commune d’Asnières en 1997.

Les résidents du cimetière

Des dizaines de milliers d’animaux furent inhumés dans ce cimetière. Les plaques, les photos jaunies, les épitaphes grandiloquentes et les statues recouvrent essentiellement des chiens et des chats, mais on y trouve également des animaux plus exotiques : chevaux, perroquets, fennecs, lions, gazelles, singes... Comme tout cimetière, Asnières à ses célébrités : des chiens policiers morts en fonction ; Mémère, née en 1914, et devenue le chien mascotte des chasseurs à pieds durant la Première Guerre mondiale. Cocteau, Courteline, Guitry ou Saint-Saens y inhumèrent leurs compagnons.

Contrairement à ce qui est écrit sur le monument commémoratif au brave Saint-Bernard Barry, à l’entrée du cimetière, ce dernier ne mourut pas en allant sauver une vie : sous ce nom, c’est toute une génération de sauveteurs de l’hospice du Grand Saint-Bernard qui est honorée. Barry I, après de loyaux services, mourut de sa belle mort en 1814 : il fut empaillé et on peut le voir aujourd’hui au musée de Berne, en Suisse.

La plus grande star est sans conteste Rintintin (1918-1932), au destin étonnant : trouvé alors qu’il venait de naître dans un chenil en ruines, en Lorraine, il fut recueilli par le soldat américain Lee Duncan, ramené aux Etats-Unis après la guerre, puis remarqué par le producteur Darryl F.Zanuck. Il commença alors une carrière cinématographique qui ne prit fin qu’à sa mort

On dit qu’il sauva les studios Warner de la faillite, suite à la grande dépression. On dit aussi qu’il mourut dans les bras de Jean Harlow. Son maître fit rapatrier ses restes dans « sa terre d’origine » et il fut inhumé à Asnières. Beaucoup de Rintintin suivirent ses traces jusqu’à nos jours, dont Rintintin IV, le plus connu d’entre eux, héros de la série des années 50.

Philippe Landru