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Monuments remarquables - Personnalités - Histoire

ROBERTSON Robert Etienne dit (1763-1837)

19eme division (1ere ligne)
mardi 11 avril 2006.
 

Le "fantasmagore"

En bordure de la 8ème division, lorsque l’on se dirige vers le rond-point Casimir Périer, se trouve une sépulture devant laquelle tous les touristes s’arrêtent : croyant découvrir une célébrité, ils sont souvent déçu de découvrir l’identité de son propriétaire, Etienne Robert, dont ils ne savent rien.

Le beau tombeau à dès lors moins d’attrait et ils poursuivent leur chemin.

Etienne Robert, dit Robertson (1763-1837), fut tout à la fois : peintre, physicien de talent, aérostier persévérant, inventeur génial. Il fut également un mystificateur qui escroqua la société émotive du Directoire. En réalité, Etienne Robert s’inscrit très précisément dans son époque, celle du premier XIXème siècle, durant laquelle la science en plein essor n’était pas encore parvenue à s’affranchir de sa part de mysticisme, d’expériences galvaniques et de magies.

Physicien, il publia des articles, se lia avec Volta dont il fut un assistant. Il n’inventa pas -contrairement à ce que l’on lit trop souvent- le parachute, mais le perfectionna. Il créa un lance-flammes qui eut peu de succès. S’intéressant à l’électricité, ses recherches le menèrent à l’invention du fantascope, machine optique permettant de diffuser à travers un rideau, des images mobiles et évanescentes. Dès lors, deux personnes cohabitèrent : Etienne Robert, le savant, le professeur de physique du département de l’Ourthe (où il n’exerça jamais) qui déposa le brevet de son étrange invention. De l’autre, Robertson, le « fantasmagore », effrayant le public de sa salle du Nouveau Tivoli (actuelle 88 rue de Clichy) en faisant apparaître à une foule encore traumatisée par la Révolution les fantômes de Marat, Robespierre ou Danton.

Mais Robertson fut également un aérostier qui totalisa 59 ascensions dans toute l’Europe, ainsi qu’en Chine. Il vécut confortablement de ses diverses activités et s’éteignit au Batignolles.

Son tombeau étonnant est une illustration de cette vie trépidante et diverse. Il le fit faire de son vivant puisque le monument est déjà cité dans les Promenades pittoresques aux cimetières du Père-Lachaise, de Montmartre, du Mont-Parnasse et autres de Lassalle et Rousseau. Il est l’œuvre de l’architecte Guillard et est divisée en trois parties : à la base, un gigantesque socle contenant la porte du tombeau proprement dit. Au dessus, un bloc rectangulaire sur lequel figure, outre son nom et ses dates, deux bas-reliefs du sculpteur Hardouin. Le premier figure une séance de fantasmagorie : des squelettes sont projetés à une foule paniquée (on aperçoit une mère cachant la vue de ce spectacle à son enfant). La seconde représente l’une des 59 ascensions de Robertson en aérostat : restée au sol, la foule est médusée par le spectacle. Au sommet de ce tombeau culminant à 4 mètres, un sarcophage à l’antique surmonté d’un dais figure le cénotaphe de Robertson : il est encadré par des figures rappelant la mort (têtes squelettiques, chouettes...).

Deux passions d’un homme étonnant pour un tombeau, relativement mégalomane, voulu dès son vivant comme un témoignage pérenne de son œuvre. Le fait que nous en parlions aujourd’hui atteste que son but est atteint.

Crédit photo : Hugo_photo (APPL 2005)