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Compositeurs - Théâtre - Arts de la scène

DESAUGIERS Marc-Antoine (1772-1827)

22eme division
mardi 11 avril 2006.
 

L’Anacréon français

Né à Fréjus le 17 novembre 1772, Marc-Antoine Madeleine Désaugiers est le fils du compositeur Marc-Antoine Désaugiers. Il est encore très jeune lorsque le peuple s’empare de la Bastille et de la tête de son souverain, pourtant sa véhémente hostilité au changement de régime le contraint à l’exil à Saint-Domingue - où il est confronté aux horreurs d’une autre insurrection, celle des esclaves - puis aux Etats-Unis.

C’est une France pacifiée qu’il retrouve avec plaisir en 1797, après quelques incidents de parcours dans lesquels des détours fâcheux le disputent à la fortune.

Il parvient tout de même à faire avantageusement connaître la finesse de sa verve jusque dans les faubourgs de la capitale. Ses vaudevilles connaissent un succès grandissant et sont joués à l’Odéon, à la Comédie Française et au Théâtre des Variétés. Ses chansons sont fredonnées dans les salons du Directoire et du Consulat et il les interprète lui-même dans les banquets réunissant la plus insigne société. Un de ses airs les plus connus est Bon voyage monsieur Dumollet, devenu contine pour enfants...

En 1802, Desaugiers reproduit avec un vérisme saisissant un Tableau de Paris à cinq heures du matin sur l’air de La Rosière, une contredanse du XVIIIème siècle. Durant la même année, il compose une variante crépusculaire à ce premier jet, qu’il intitule naturellement Tableau de Paris à cinq heures du soir.

Il est patent qu’en 1967, Jacques Lanzmann s’est fortement inspiré du premier tableau de Desaugiers pour le texte de la chanson Il est cinq heures Paris s’éveille, immortalisée par la musique de Jacques Dutronc et Anne Segalen.

Ah ! Quelle cohue !

Ma tête est perdue ;

Moulue et fendue ;

Où donc me cacher ?

Jamais mon oreille,

N’eut frayeur pareille...

Tout Paris s’éveille...

Allons nous coucher.

Le succès des chansons de Desaugiers n’est pas étranger à l’éclosion des sociétés de chant à travers le pays. En 1806, il est appelé à présider le Caveau moderne reconstitué un an plus tôt par Gauffé et Capelle. Il y accueillit par une ruse astucieuse celui qui devint son complice et son plus sérieux rival : Pierre-Jean de Béranger, qui lui subtilisa le sceptre d’or en 1813. En 1816, son élection par Louis XVIII à la direction du Théâtre du Vaudeville sonne le glas de son amitié avec Béranger.

Administrateur scrupuleux et auteur prolifique, ses proches n’hésitent pas à incriminer un rythme de travail beaucoup trop élevé face au déclin précoce de sa juvénile robustesse. Lorsqu’il meurt, le 9 août 1827, Charles Nodier propose de graver sur son tombeau : A Desaugiers, qui n’eut pas d’ennemis. On se contenta finalement de parapher son patronyme avec « Ses amis » tant il est vrai que la gaieté de son caractère et sa bonté authentique avaient ralliés un vaste attroupement de cordiaux acolytes autour de lui. Il n’est pas un seul grief connu qui ne soit versifié avec son nom. Ses allègres boutades alliées à sa gloutonnerie épanouie que n’interrompaient que quelques envolées paillardes et galantes, lui valurent finalement le surnom flatteur d’Anacréon français.

Le monument

Si nous en jugeons suivant la gravure de Lafaille, la sépulture du fameux chansonnier Desaugiers était à l’origine, simplement fixée sur un radier carré d’où nous pouvions apercevoir les ruines de la pièce d’eau desséchée qui alimentait jadis les jardins des jésuites. Depuis lors, le monument a été surmonté telle une cabine de navigation, et scellé sur un radeau de fortune voguant sur les ressacs des chemins de la Citerne et du Bassin. Il y a quelque temps, le chaland du vaudevilliste a été sauvé du naufrage par une initiative bienheureuse et anonyme.

La rambarde d’origine qui manquait de s’écrouler a été consolidée sur un socle restauré et le cippe exhibant la légende A Desaugiers ses amis a recouvré son éclat initial. Il était temps, car durant les années quatre-vingt dix l’accès au monument avait été interdit au public pour des raisons de sécurité. Rappelons pour conclure cet exorde que le médaillon en marbre représentant le profil du renommé auteur dramatique est dû à une souscription et aux ciseaux de Dubuc, sculpteur marbrier du Roi.

Bon voyage Monsieur Dumollet, de Désaugiers

Crédit photos : C. Del Nin (APPL 2005), Photos monument : Hugo_photo (APPL 2005)