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L’ÉPHÉMÉRIDE DU PÈRE LACHAISE (17 janvier)

l1. Décès de Jane AVRIL (1868-1943)

19eme division
dimanche 24 janvier 2016.
 

17 janvier 1943.

Décès de Jane Avril.

Jane Avril, fut l’une des danseuses les plus célèbres du Moulin Rouge où elle était surnommée « Jane la Folle » ou « La Mélinite ».

Jane Avril, pseudonyme de Jeanne Louise Beaudon, naît à Belleville le 9 juin 1868. Sa mère est une demi-mondaine et son père un noble italien, le marquis Luigi Fontana, un viveur qui ne la reconnut pas et dont elle hérite d’un tempérament artistique et d’une certaine élégance.

Elle est d’abord élevée par ses grands-parents paternels. Puis à l’âge de 9 ans, elle est confiée à sa mère, frappée de démence, qui la maltraite. Elle est placée très jeune dans une institution. On tient ces mauvais traitements pour responsables des troubles nerveux qui la feront admettre comme patiente du docteur Charcot à l’Hôpital de la Salpêtrière pour épilepsie et hystérie. A la suite d’une déception amoureuse, elle tente de se suicider en se jetant dans la Seine. Elle est recueillie in extremis par des prostituées qui lui font découvrir le Paris nocturne.

Elle fréquente le monde de la nuit et les lieux troubles de Paris où des femmes mi-danseuses mi-prostituées sont l’attraction de la capitale, en particulier le bal Bullier où elle se découvre une passion pour la danse. Et c’est là, devant la jeunesse estudiantine, assidue aux soirées de l’établissement, qu’elle fait ses premières gambilles dans une sorte de don inné et de folie du rythme.

Elle racontait elle-même : « Un jour, j’ai dansé comme un chevreau. On avait fait cercle autour de moi. J’avais l’air d’une enfant ; mes cheveux voletaient. Et je me souviens d’une robe "Empire", blanche rayée de mauve, qui, autour de moi, s’épanouissait ». Devenue amoureuse de la danse, elle y trouve sa voie. Sa fragilité nerveuse lui fait supporter les surnoms de Jane la Folle ou de Mélinite.

Sa rencontre avec Charles Zidler lui donne l’occasion d’entrer sous sa protection au Moulin Rouge. Elle impose de porter le rouge, sa couleur favorite, comme couleur de ses dessous, et elle sera la seule à le porter, les autres danseuses portant des sous-vêtements blancs. C’est à ce choix que l’on doit la tradition d’une robe rouge portée par la soliste de revue. Sa carrière se poursuit aux Décadents, puis au Divan japonais, à L’Eldorado, au Jardin de Paris, au Tabarin, enfin elle triomphe aux Folies Bergères où elle créera le ballet de L’arc-en-ciel.

Contrairement à La Goulue et aux autres danseuses, elle danse avec pudeur et sans vulgarité.

C’est elle qui exportera au début du XXe siècle le french cancan dans les principales capitales européennes, au Palace Theatre de Londres, comme à Madrid.

Jane Avril fréquente les milieux intellectuels et artistiques. Égérie d’Henri de Toulouse-Lautrec, dont elle admire le talent et qui pour elle délaissera la Goulue, partenaire de Mistinguett, amie de Joris-Karl Huysmans, Maurice Barrès, Auguste Renoir, Alphonse Allais qui veut l’épouser, elle est adulée par les hommes.

Toulouse-Lautrec rend hommage à son sens artistique en la faisant figurer sur le numéro 1 de la revue L’Estampe originale.

Elle épousera le peintre et dessinateur Maurice Biais en 1911. Elle vivra retirée à Jouy-en-Josas jusqu’à la mort de Biais en 1926. En 1935, elle danse pour la dernière fois avec l’acteur et meneur de revues français Max Dearly, à l’âge de 67 ans.

Sacha Guitry intervient pour qu’elle entre à la Maison de retraite des artistes lyriques, en avril 1942.

Elle meurt l’année suivante, le 17 janvier 1943 , à 74 ans, et est enterrée au cimetière du Père-Lachaise.