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AKERMAN Chantal (1950-2015) (49)

49eme division
jeudi 14 janvier 2016.
 

Cinéaste belge

Chantal Akerman (parfois orthographié à tort Chantal Ackerman) est une cinéaste belge, née le 6 juin 1950 à Bruxelles.

Décédée le 5 octobre 2015 à Paris.

Elle est considérée comme une des figures de proue du cinéma moderne. Elle a été une influence importante pour, entre autres, Gus van Sant, Todd Haynes et Michael Haneke.

Chantal Akerman est issue d’une famille juive polonaise. Ses grands-parents et sa mère, Natalia, ont été déportés à Auschwitz, seule sa mère en est revenue. Son père se nomme Alexis Akerman.

L’angoisse chronique de sa mère est un thème majeur de son œuvre. Avec les rapports sexe/amour/argent, l’ennui et le vide existentiel, l’humour triste et la solitude. Elle analyse les comportements humains en posant la question du bonheur. Sa relation au judaïsme, toujours plus intense, traverse toute sa filmographie.

C’est Pierrot le fou de Jean-Luc Godard qui a provoqué sa vocation.

Formellement, Michael Snow sera sa deuxième profonde influence. Elle déclare le 5 juin 2004 au Centre Pompidou : « Godard m’a donné de l’énergie et les formalistes m’ont libérée. » Son travail est contemporain de celui du Wim Wenders des débuts.

André Delvaux l’a soutenue dès son premier court métrage (Saute ma ville, 1968), un film pré-punk où l’adolescente exprimait de manière explosive son besoin vital de libération.

Après un court passage à l’Institut national supérieur des arts du spectacle, en 1967-19681 où elle claque la porte après trois mois, et la réalisation en 1971 de L’enfant aimé ou je joue à être une femme mariée, un deuxième film (depuis longtemps invisible) que la cinéaste estime raté parce que pas assez construit, précis, dirigé, Chantal Akerman est partie avec Samy Szlingerbaum à New York où elle a fréquenté assidûment l’Anthology Film Archives (cinémathèque). Elle y a découvert le cinéma expérimental américain (Michael Snow, Andy Warhol, Jonas Mekas, etc.).

« Ils m’ont ouvert les yeux sur beaucoup de choses : les rapports entre un film et son propre corps, le temps comme la chose essentielle d’un film, le temps et l’énergie. C’est en regardant leurs films que j’ai trouvé le courage de tenter autre chose. »

Vivant de petits, elle est parvenue à tourner plusieurs films. En 1972, La Chambre, un court-métrage à base d’un lent panoramique horizontal qui balaie l’espace à 360 degrés plusieurs fois, et Hôtel Monterey, 63 minutes, une suite de plans fixes précisément cadrés et de lents travellings dans les couloirs, puis la caméra sort de l’immeuble par le toit où un panoramique balaie l’horizon urbain. Enfin, en 1973, Hanging Out Yonkers, son premier essai de documentaire (sur des adolescents à problèmes fréquentant un centre social), inachevé. Les rushs sont parfois projetés en cinémathèque ou lors de rétrospective.

Chantal Akerman vit ensuite à Paris. Elle retourne à New York en 1976, après sa reconnaissance internationale, pour réaliser News from Home (89 minutes), une lecture des lettres inquiètes et plaintives que lui envoyait sa maman pendant son séjour, accompagnée par des plans monumentaux (façades, rues, métro) de la mégapole. Le film se clôt par un très long travelling arrière, la caméra posée sur un bateau s’éloignant des tours jumelles du World Trade Center. La cinéaste reviendra dans cette ville pour tourner Histoires d’Amérique en 1988 et Un divan à New York en 1996.

Dans le Nouvel Observateur en 1989, Chantal Akerman explique : « Je me retournais dans mon lit, inquiète. Et brusquement, en une seule minute, j’ai tout vu Jeanne Dielman... »

Parmi les films de sa longue carrière, les plus importants sont Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles (1975) (son chef-d’œuvre), une description méticuleuse, en illusion de temps réel (proche de l’hyperréalisme) de l’aliénation, avec Delphine Seyrig (« C’est un film sur l’espace et le temps et sur la façon d’organiser sa vie pour n’avoir aucun temps libre, pour ne pas se laisser submerger par l’angoisse et l’obsession de la mort ») ; Les Rendez-vous d’Anna (1978) avec Aurore Clément, un très autobiographique road movie en train (d’Allemagne à Paris en passant par Louvain et Bruxelles) ; la comédie musicale Golden Eighties (1986) (une variation à la Jacques Demy de ses thèmes habituels avec Lio) ; sa tentative de comédie romantique américaine à la Ernst Lubitsch (ou à la Woody Allen) Un divan à New York (1996, avec William Hurt et Juliette Binoche) et La Captive (2000, avec Sylvie Testud et Stanislas Merhar), son adaptation, écrite avec Eric de Kuyper, de La Prisonnière de Marcel Proust, influencée par Vertigo d’Alfred Hitchcock et les mélodrames morbides d’Ievgueni Bauer.

En 2006, Chantal Akerman détourne une commande[réf. nécessaire] (un documentaire sur Israël) pour revenir à un travail plus personnel[réf. nécessaire], son plus intime depuis les années 1970 (voix off autobiographique accompagnant des plans fixes hyperréalistes tournés en vidéo), tourné à Tel-Aviv et monté à Paris, sur l’exil, l’exil des autres, l’exil de soi-même, le repli sur soi, le déséquilibre mental, le temps, l’espace et les tâches ménagères qui deviennent des « actes héroïques de la vie quotidienne ». La conclusion de ce film, intitulé Là-bas, est : « Le paradis n’existe pas. »

La cinéaste, qui souffrait de troubles maniaco-dépressifs, se suicide à 65 ans, le 5 octobre 2015, à Paris. Sa mère Natalia est morte un an et demi plus tôt, en avril 2014, à l’âge de 86 ans. Depuis, la cinéaste ruminait des idées noires et avait été hospitalisée pour dépression. Elle avait pu rentrer chez elle à Paris à la fin du mois de septembre.

Elle repose dans la 49e division.

Sources (Partielles) : Wikipédia et divers (APPL 2016).