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L’ÉPHÉMÉRIDE DU PÈRE LACHAISE

A. Naissance de Marie Laurencin (1883-1956)

samedi 31 octobre 2015.
 

31 octobre 1883.

Naissance de Marie LAURENCIN au 63 rue de Chabrol à Paris 10ème.

" Marie a l’air d’un nuage ", article de Claire Paulhan sur la biographie de Marie Laurencin par Flora Groult (Le Monde édition du 15.01.1988) :

De Marie Laurencin, on ne sait plus guère que sa peinture un peu mièvre, avec beaucoup de rose, des gris et des blancs mêlés, ses " jeunes filles " rêveuses aux yeux noyés de noir et aux chapeaux à plume, on ne sait plus qu’une artiste réputée " délicate et décorative ". Mais le détail de sa vie que livre aujourd’hui Flora Groult, dont elle fut la marraine, révèle une personnalité curieuse, touchante et mystérieusement intemporelle, " sans précédent ni lendemain ".

Il faut dire que, malgré sa naissance batârde et une enfance sévère sous la houlette d’une mère vénérée, Marie eut d’abord une certaine chance : dès 1905 _ elle n’a que vingt-deux ans, _ Georges Braque l’encourage : " Petit Laurencin, vous avez du talent. Vous devez continuer. " Il lui fait rencontrer Picasso dans son atelier du Bateau-Lavoir (elle serait l’un des nus des Demoiselles d’Avignon, commencé en 1906).

L’année suivante, à la galerie Sagot, Picasso, à son tour, la présente à Apollinaire : " Alors il m’a prêté un livre de Thomas Hardy, un autre de Sacher Masoch, raconte-t-elle, et je suis retournée chez lui pour trouver d’autres livres. " Le poète avait reconnu dans cette jeune fille boudeuse et sauvageonne, dans cette artiste encore au seuil de la création, une part de son âme : " Mon destin, ô Marie ! est de vivre à vos pieds/En redisant sans cesse ô combien je vous aime. "

Au Bateau-Lavoir, il y eut encore, en 1908, le mémorable banquet en l’honneur du Douanier Rousseau : celui-ci peindra Guillaume Apollinaire et sa " petite femme " dans un tableau intitulé la Muse inspirant le poète.

Fréquentant les peintres de la rue de Ravignan, Marie Laurencin aurait pu se rallier aux différents mouvements artistiques alors en gestation. Mais non, elle suivit son chemin naif, figuratif, unique... Il y eut les deux versions d’une des toutes premières grandes toiles de groupe exécutée par Marie Laurencin, Apollinaire et ses amis : la première fut achetée par Gertrude Stein et la seconde fut accrochée dans l’appartement même de celui-là, au 202, boulevard Saint-Germain. En 1912, elle participe à la décoration de la Maison cubiste avec La Fresnaye, Villon, Léger, Metzinger, Duchamp, Gleizes...

On parle d’elle, Apollinaire louange son art dans ses nombreuses chroniques, mais l’amour avec le poète n’en finit plus de mourir, l’amour est bientôt mort. Un jour de 1914, Mademoiselle Laurencin a quelque chose de très important à dire à Monsieur de Kostrowitzky : elle se marie. Apollinaire disparait sans un mot. Ils ne se reverront jamais plus. Et à la veille de la première guerre mondiale elle devient baronne en épousant le peintre allemand Otto von Wätgen.

Tout Paris croit alors que Jean Giraudoux l’a prise pour modèle de l’héroine, également mariée à un Allemand, de Siegfried et le Limousin... Elle doit s’exiler en Espagne, à Madrid, où elle publie avec Picabia, Gleizes et Cravan la revue 391. Elle séjourne également en Italie, à Zurich, où elle fait la connaissance d’Archipenko et de Rainer Maria Rilke, puis à Düsseldorf, au sein de sa belle-famille, où se révèle la détresse éthylique de son mari...

Marie Laurencin veut bientôt recouvrer sa liberté de mouvement et de pensée : c’est le divorce, le retour difficile à Paris, où tous ses biens ont été mis sous séquestre. Il lui faut retrouver une ville qu’elle a abandonnée longtemps auparavant, une ville qui ne vit plus au même rythme ni avec la même bohème qu’avant-guerre. Philippe Berthelot, Valery Larbaud, Saint-John-Perse (ses amis, ses amants, on ne sait trop), l’entourent, l’encouragent. " Marie a l’air d’un nuage, raconte Jouhandeau , on dirait qu’elle va s’envoler. "

Elle travaille beaucoup, peint des affiches, des décors de ballets ; un contrat passé avec le marchand de tableaux Paul Rosenberg, auquel elle restera attachée toute sa vie, achève de la faire reconnaitre. Les commandes de portraits affluent : on considère généralement que la période 1920-1937 fut la meilleure de Marie Laurencin, celle où sa palette s’est choisie et son oeuvre distinguée.

Jusqu’à la fin de ses jours, en 1956, elle " fit du Marie Laurencin ", vivant entre une gouvernante autoritaire et protectrice et son journal , qu’elle tenait par bribes, laconiquement. Quand elle mourut, sa gouvernante prévint tout d’abord Nicole et André Groult, qui avaient été ses proches amis depuis l’après-guerre : cette fréquentation fidèle des parents de Flora Groult donne à cette biographie la coloration tendre et floue d’un souvenir d’enfance, le grain particulier d’une véridique image du temps passé.

Marie Laurencin- APPL

Sources : L’éphéméride du Père-Lachaise (FB) et divers.