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DRUMONT Edouard (1844-1917)

94eme division (1ere ligne)
dimanche 19 février 2006.
 

Portrait d’un pamphlétaire

Edouard Drumont est né à Paris le 3 mai 1844. Sous le Second Empire, son père est employé dans les bureaux de la Préfecture de la Seine. La famille est issue d’artisans et de paysans. Le jeune Edouard suit la même voie.

Il collabore à de nombreux journaux parisiens dont Le Petit Journal, La République, La Liberté d’Emile de Girardin. Il affûte son esprit critique dans les articles qu’il livre régulièrement à la presse. Dès les premières années de la IIIeme République, il fréquente les cercles littéraires et artistiques de la capitale.

Amoureux de Paris et de son histoire, il publie un premier ouvrage, en 1878, Mon vieux Paris. C’est à cette époque qu’il abandonne définitivement les traditions républicaines de sa famille. A partir de 1880, il devient fervent partisan du comte de Chambord, de la branche aînée des Bourbons, prétendant au trône de France.

Mais, le prince est intransigeant, raide dans ses principes, comme l’atteste le manifeste du 5 juillet 1871 adressé aux français, gênant aux entournures ses partisans, leur compliquant la tâche déjà peu facile. Drumont s’en détache très rapidement considérant le prétendant au trône comme manquant d’audace politique (sic). Les écrits de Joseph de Maistre et Louis de Bonnal influencent fortement Edouard Drumont qui demeure cependant attaché à ses idées et convictions politiques.

C’est l’époque où l’idée de revanche contre l’ennemi prussien naît dans la société française. C’est l’âge d’or du nationalisme. Comme beaucoup de ses contemporains, Drumont s’interroge sur le déclin et la décadence de notre pays. En janvier 1886, il publie chez Flammarion un brûlot, véritable pamphlet antisémite, La France juive, essai d’histoire contemporaine. Drumont y dénonce « les puissances d’argent », et plus précisément la mainmise des grandes familles juives sur la finance internationale.

Antisémitisme ordinaire puisant ses sources et son inspiration dans un racisme radical. Cet ouvrage a un grand retentissement et devient un succès commercial. Il y aura plus de deux cent éditions successives auxquelles son auteur apportera plusieurs suites et remaniements selon l’actualité.

Ce pamphlet vaut deux duels à son auteur. Il récidive en 1888 avec La Fin d’un monde, puissant anathème lancé contre la bourgeoisie décadente. Il crée La ligue antisémite française en compagnie du marquis de Morès, ligue qui soutient bientôt le général Boulanger.

En 1892, Edouard Drumont fonde son propre journal, La Libre Parole, dont le premier numéro sort le 20 janvier. Il est un des premiers à dévoiler dans ce journal le scandale du canal de Panama. Bon nombre d’élus sont compromis, la République tremble sur ses bases. Il écrit à cette occasion, De l’or, de la boue et du sang, en 1896. Paraissent aussi : La Dernière Bataille (1890), Le testament d’un antisémite ((1891), Le secret de Fourmies (1892). Bientôt, on retrouve à la Libre Parole, du Quesnay de Boisandré, Gyp ( pseudo de la comtesse de Martef), François Bournand , Jean Drault, Gaston Méry, Adrien Papillaud, Raphaël Viaud, cette brochette de rédacteurs fait sienne le sous titre du journal « La France aux Français » !

Au mois de mai 1892, Edouard Drumont mène campagne contre la présence de juifs dans l’armée, notamment dans le corps des officiers. Il s’ensuivra un duel qui l’oppose au capitaine de dragons Crémieu-Foa, qui souhaite laver l’honneur des officiers de confession juive.

Drumont sombre dans un délire antisémite, cultivant la haine dans des articles, haine tournant à l’obsession le journal atteint les 100 000 exemplaires vendus. Durant l’affaire Dreyfus, on retrouve le plus naturellement du monde, Edouard Drumont dans le camp anti-dreyfusard, où il milite sans compter.

Il est élu député « anti-juif » à Alger en mai 1898. Des manifestations anti-sémites très violentes ont eu lieu quelques mois plus tôt. Il utilise la tribune de l’assemblée pour s’opposer à la révision du procès du capitaine Dreyfus, réclamant à cor et à cri des poursuites contre Emile Zola et son manifeste, J’Accuse.

En 1902, il perd son mandat. Son aura diminue, tout comme celle de son journal, miné par des luttes intestines. Les militants nationalistes préfèrent désormais se rallier sous la bannière de l’Action française de Charles maurras.

En 1910, La Libre Parole passe sous le contrôle d’un groupe catholique conservateur qui se sépare rapidement du fondateur du journal. On le retrouve à la direction du journal Le Peuple Français.

La première guerre mondiale met fin aux conflits intérieurs, Edouard Drumont se retrouve seul et quasiment oublié. Il meurt à Paris le 5 février 1917.

Pendant l’entre deux guerres, de nombreuses célébrations et manifestations auront lieu autour de sa sépulture, avec la participation de son épouse.

Pendant l’occupation, en 1942, on déposa sur sa tombe l’inscription : à l’auteur de l’immortel chef d’œuvre, La France juive..... En 2002, le conseil de Paris fait enlever cette inscription illégale.