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GAINSBOURG Serge (1928-1991)

1ere division (1ere ligne)
mardi 17 février 2015.
 

Auteur, compositeur et interprète

Serge Gainsbourg, nom de scène de Lucien Ginsburg, voit le jour le 2 avril 1928 à Paris.

Décédé le 2 mars 1991 à Paris.

Auteur-compositeur-interprète, pianiste, artiste peintre, scénariste, metteur en scène, écrivain, acteur et cinéaste français.

Fils d’immigrants russes juifs, il veut être artiste peintre. Mais il accède à la notoriété en tant qu’auteur-compositeur-interprète, abordant de nombreux styles musicaux. Il s’essaiera également au cinéma et à la littérature. Il réalise plusieurs films et vidéo-clips et compose plus de quarante musiques de films.

Ses débuts sur scène sont difficiles en raison de son physique. Toute sa vie, Serge Gainsbourg souffre d’un sentiment de rejet et de l’image que lui renvoie le miroir : celle d’un homme que l’on qualifie de laid. Au fil des années, il se crée une image de poète maudit et provocateur, mais pas pour autant en marge du système (« J’ai retourné ma veste quand je me suis aperçu qu’elle était doublée de vison », déclare-t-il). Les textes de ses chansons jouent souvent sur le double sens, et illustrent son goût pour la provocation, en particulier celle de nature polémique (Nazi Rock, Aux armes et cætera, Lemon Incest) ou érotique (Les Sucettes, Je t’aime... moi non plus, Love on the Beat).

Serge Gainsbourg aime également jouer avec les références littéraires, comme Verlaine (Je suis venu te dire que je m’en vais). Cependant, il considère la chanson, et en particulier les paroles de chanson, comme un « art mineur » du fait que, contrairement à la peinture, par exemple, il ne nécessite aucune initiation pour être apprécié. Malgré cela, il travaille parfois beaucoup la forme poétique de ses textes.

Au cours de sa vie, Gainsbourg séduit chanteuses et actrices, souvent renommées pour leur beauté : de Brigitte Bardot à Jane Birkin, avec qui il a son troisième enfant Charlotte Gainsbourg. Après leur séparation, il rencontre « Bambou », Caroline Paulus de son vrai nom, qui lui donne son quatrième et dernier enfant, Lucien Gainsbourg, dit « Lulu ».

Gainsbourg a une influence considérable sur des artistes français comme le groupe Taxi Girl, Renaud ou encore Étienne Daho mais également sur des artistes internationaux tels que Beck Hansen, le groupe Portishead et le compositeur David Holmes.

Si sa notoriété à l’extérieur du monde francophone se limite aux professionnels de la musique, il réussit à classer deux de ses albums dans les meilleures ventes de disques aux États-Unis : Bonnie and Clyde (avec Brigitte Bardot) se classe 12e au Billboard 200 au cours de l’année 1968, et Jane Birkin/Serge Gainsbourg se classe 196e au cours de l’année 1970. Sa chanson Je t’aime... moi non plus se classe 58e au Billboard Hot 10010, malgré des diffusions à la radio limitées, mais rencontre un plus grand succès encore au Royaume-Uni où elle se classe numéro 1 des ventes. Avec celles de la chanteuse belge Sœur Sourire, ces performances sont inégalées pour des chansons en langue française aux États-Unis toujours très rétifs aux langues étrangères.

Son père, Joseph Ginsburg, né à Kharkov (Ukraine) en 1896, d’abord intéressé par la peinture, entre au Conservatoire de Petrograd, puis à celui de Moscou pour étudier la musique : il choisit le piano. Puis, en Crimée, il rencontre Olga Besman, une séduisante mezzo-soprano qui devient son épouse. C’est en 1919 que Joseph et Olga, fuyant la guerre et la dictature bolchévique, quittent la Russie pour Paris, passant par Istanbul et Marseille. Joseph est pianiste de bar et de cabaret, Olga chante au conservatoire russe. Ils vivent rue de la Chine dans le 20e arrondissement de Paris. Ils ont un premier fils, Marcel, qui meurt en bas âge de maladie. Ils ont ensuite une fille, Jacqueline, en 1926, puis des faux jumeaux, Liliane et Lucien, en 1928, nés à la maternité de l’Hôtel-Dieu de Paris dans l’Île de la Cité. La famille Ginsburg obtient la nationalité française le 9 juin 1932.

Dans son enfance, le petit Lucien vit dans les quartiers populaires de Paris, le 20e puis le 9e arrondissement. Son père tente de lui apprendre le piano classique et le pousse vers le monde de la peinture.

Durant la Seconde Guerre mondiale, l’antisémitisme d’État du régime de Vichy lui impose de porter l’étoile jaune (« Une étoile de shérif », dira-t-il plus tard par dérision, ou « Je suis né sous une bonne étoile... jaune »). Les métiers artistiques sont interdits aux Juifs et plus personne ne veut engager son père comme pianiste. Ce dernier doit par conséquent passer en zone libre en 1942 pour retrouver du travail et échapper à la misère. Les contrôles de police sont de plus en plus nombreux dans la capitale et toute la famille finit par le rejoindre en janvier 1944 dans la région de Limoges avec de faux papiers. Ils se réfugient au Petit Vedeix dans la Haute-Vienne sous le nom de Guimbard. Les filles sont cachées dans une institution religieuse et Lucien dans un collège jésuite, à Saint-Léonard-de-Noblat. Il y est pensionnaire sous sa fausse identité. Un soir, la Gestapo fait une descente dans l’établissement pour vérifier qu’aucun enfant juif ne s’y abrite. Les responsables du pensionnat l’envoient se cacher seul dans la forêt, où il passe la nuit entière avec la peur d’être pris et tué. Il vivra par la suite avec le sentiment d’être un rescapé.

Durant ces années de guerre, la famille Ginsburg se voit retirer entièrement la nationalité française par une commission spéciale mise en place par le régime de Vichy, parce qu’ils sont « israélites sans intérêt national ». Sur l’un des rapports de la commission, retrouvé en 2010, on peut lire, à propos de Joseph, le père de Serge : « Exerçant la profession de pianiste, le nommé Ginsburg qui se déplace fréquemment réside actuellement à Lyon. [...] Son fils Lucien est inscrit au collège Du Guesclin. [...] Il ressort néanmoins que l’intéressé a quitté la capitale en 1941 pour la zone libre pour s’éviter des ennuis en raison de sa confession. » La commission tranche : « retrait général ». Serge Gainsbourg n’a jamais rien su de cette dénaturalisation.

De retour à Paris après la libération, la famille s’installe dans le XVIe arrondissement de Paris. Lucien est en échec scolaire et abandonne, peu avant le bac au lycée Condorcet. Il s’inscrit alors aux Beaux-Arts, sans poursuivre jusqu’au bout. Il rencontre le 5 mars 1947 à l’Académie de Montmartre, sa future compagne, Élisabeth Levitsky, fille d’aristocrates russes qui a des accointances avec les surréalistes et en particulier Georges Hugnet dont elle était la secrétaire18. Il l’épousera le 3 novembre 1951.

L’année 1948 est une année importante pour Lucien. Il fait son service militaire à Courbevoie, où il sera envoyé régulièrement au trou pour insoumission. Il y commence sa « période » éthylique ; privé de permission, il s’enivre au vin avec ses camarades de régiment. C’est également durant cette période qu’il apprend à jouer de la guitare.

Un déclic avec Boris Vian :

Jusqu’à l’âge de trente ans, Serge Gainsbourg vit de petits métiers. Il est tour à tour professeur de dessin, de chant, surveillant, etc. Mais son activité principale est la peinture. Il aurait aimé être un génie de la peinture comme Francis Bacon ou Fernand Léger, dont il fut l’élève. À cette époque, en 1952, il emménage avec Élisabeth Levitsky dans une chambre à la Schola Cantorum de Paris. C’est là qu’un jour, en rangeant leurs vêtements, ils découvrirent au fond d’un placard une porte qui donnait sur la salle de concert, où des groupes de jazz américains venaient enregistrer leurs disques. De ce point de vue, il observera, prendra des notes et se détournera encore un peu plus de la peinture, d’autant plus que la chambre comportait à leur arrivée, un piano en piteux état, que Serge Gainsbourg remettra en état pour pouvoir y jouer. En 1954, il abandonne la bohème pour devenir crooner de piano-bar dans les casinos de la côte comme le Touquet Paris-Plage, où il joue au Club de la Forêt, ou Deauville et dans des cabarets parisiens comme chez Madame Arthur.

Il a une révélation en voyant Boris Vian au cabaret Milord l’Arsouille, qui écrit et interprète des textes provocateurs, drôles, cyniques, loin des vedettes du moment, comme Dario Moreno ou Annie Cordy. Bientôt, engagé comme pianiste d’ambiance par Francis Claude, directeur artistique du cabaret, Serge Gainsbourg accompagnera à la guitare la chanteuse Michèle Arnaud21. En 1957, c’est par hasard que Michèle et Francis découvrent avec stupéfaction les compositions de Gainsbourg en allant chez lui voir ses toiles. Le lendemain, Francis Claude pousse Serge sur scène. Mort de trac, il interprétera son propre répertoire (dont Le Poinçonneur des Lilas). Puis Claude le présente dans son émission sur les ondes de Paris-Inter le 5 janvier 1958. Michèle Arnaud (et plus tard, en 1966, son fils Dominique Walter) sera d’ailleurs la première interprète de Serge. Il commence à déposer ses titres à la SACEM. Elle enregistrera, dès 1958, les titres La Recette de l’amour fou, Douze Belles dans la peau, Jeunes Femmes et vieux messieurs et La Femme des uns sous le corps des autres. C’est là qu’il fait ses premières armes, compose de nombreuses chansons et même une revue musicale. Il décide alors d’abandonner la peinture pour se consacrer à la composition musicale et détruit la quasi-totalité de ses toiles, au grand dam de son épouse qui ne lui pardonnera jamais cet "autodafé". Il se lance aussi dans une course effrénée auprès des femmes, qu’il séduit en grand nombre, ce qui l’éloigne de son épouse, Élisabeth Levitzky. Ils divorcent en octobre 1957, six ans après leur mariage.

En studio, il commence sa fructueuse collaboration avec Alain Goraguer, déjà arrangeur musical de Boris Vian. Son premier album, Du chant à la une ! d’où est extrait Le Poinçonneur des Lilas, premier succès en 1958, détonne, mais est un échec commercial. Il sera remarqué par Marcel Aymé, qui dit que ses chansons « ont la dureté d’un constat ». Son maître Boris Vian, avant de mourir en 1959, le compare à Cole Porter.

Lorsque l’époque des yéyés arrive, il a 32 ans et n’est pas très à l’aise : il passe en première partie de Brel ou de Gréco, mais le public le rejette et les critiques, cruelles, se moquent de ses grandes oreilles et de son nez proéminent. Débute, avec Gréco, une collaboration qui durera durant toute cette période « Rive Gauche », dont le point d’orgue sera La Javanaise à l’automne 1962.

Il fera en 1964 quelques duos avec l’artiste Philippe Clay auquel il ressemble de façon troublante.

Il rencontre alors Elek Bacsik et Michel Gaudry et leur demande de faire un disque avec lui. Ce sera Gainsbourg Confidentiel empreint d’un jazz archimoderne qui plait tant à Gainsbourg, mais qui, il le sait, ne lui permettra jamais d’accéder au succès. Ce disque ne se vend qu’à 1 500 exemplaires. Sa décision était prise dès la sortie du studio : « Je vais me lancer dans l’alimentaire et m’acheter une Rolls ». Malgré tout, son album suivant, Gainsbourg Percussions, inspiré (parfois directement - et sans droit d’auteur) des rythmes et des mélodies de Miriam Makeba et Babatunde Olatunji, reste encore à l’écart de la vague yéyé qui apparaît et qui fera la fortune de Gainsbourg.

Serge Gainsbourg et France Gall recevant le Grand Prix du Concours eurovision de la chanson 1965 gagné avec Poupée de cire, poupée de son. C’est en écrivant pour Juliette Gréco (Accordéon, La Javanaise) et Petula Clark (La Gadoue) qu’il rencontre ses premiers succès, mais c’est avec Françoise Hardy (Comment te dire adieu ?) et surtout France Gall qu’il va réussir à séduire un public jeune. Après ses premiers succès gainsbourgiens (N’écoute pas les idoles, Laisse tomber les filles), France Gall remporte, le 20 mars 1965, le grand Prix du Concours Eurovision de la chanson après avoir choisi le titre Poupée de cire poupée de son, écrit par Gainsbourg à l’instigation de Maritie et Gilbert Carpentier, parmi les dix qu’on lui proposait. La chanson lauréate devient le tube international qui passe sur toutes les ondes et que France Gall enregistre même en japonais26. Gainsbourg continue dans la veine du succès avec France Gall, en 1966, grâce à Baby Pop et surtout aux Sucettes à l’anis.

En 1967, l’artiste écrit la chanson Le Sable et le Soldat en soutien à Tsahal pendant la Guerre des Six Jours. Ce travail est réalisé à la demande de l’attaché culturel de l’ambassade d’Israël, qui souhaite envoyer une marche militaire nouvelle pour remonter le moral des troupes israéliennes à la veille pressentie de violents combats. Le compositeur entretenait une relation particulière avec l’État hébreu du fait de ses origines.

La maquette du texte est écrite en français : elle est enregistrée en direct en moins de 2 minutes, avec un accompagnement mélodique d’orgue électrique le 6 juin 1967. Une traduction en hébreu est réalisée, mais ne sera pas enregistrée. Confiée à la navette diplomatique de l’ambassade, la bande magnétique du précieux morceau prend l’avion pour Tel-Aviv. L’importance de ce conflit armé éclair et majeur pour l’État d’Israël jettera un voile d’oubli sur cet enregistrement qui va directement grossir les archives de la radio Kol Israël. Vingt-cinq années plus tard, le collectionneur Jean-Gabriel Le Nouvel, qui en connait l’existence, effectue des recherches très approfondies pour localiser la précieuse bande et l’exhume des archives. La version initiale restaurée a fait l’objet d’une radiodiffusion en exclusivité depuis les studios de la RCJ en 2002.

Interviewé par Patrick Bouchitey en 1981 sur Carbone 14 sur sa chanson en soutien à Tsahal, Le sable et le soldat, il répondra qu’il avait faillit y aller pour se faire tuer de façon instinctive, dû à ses racines juives.

Le label Kol Record est chargé, trente ans plus tard, par Jean-Gabriel Le Nouvel d’assurer la production et l’enregistrement de l’adaptation musicalement inédite en hébreu Al Holot Israel. Elle est interprétée par la Leakat Tsvait (La Chorale) de Tsahal : La Leakat Magav.

Fin de cette même année, il vit une passion courte, mais forte avec Brigitte Bardot à qui il dédie la chanson Initials B.B. après lui avoir écrit quelques titres emblématiques : Harley Davidson, Bonnie and Clyde, Je t’aime... moi non plus. Ce dernier titre est d’abord enregistré avec elle en duo en 1967 en version symphonique. Mais il sera rendu célèbre l’année suivante par Jane Birkin. La version originale, d’abord gardée secrète par Serge Gainsbourg à la demande de Brigitte Bardot, ne sortira qu’en 1986 : elle devient alors elle aussi un tube.

Sur le tournage du film Slogan, en 1968, il rencontre Jane Birkin pour laquelle il sera à nouveau auteur-compositeur et qui va quitter son premier époux, le compositeur John Barry avec lequel elle vient d’avoir une fille quelques mois auparavant, Kate Barry. Je t’aime... moi non plus et 69 Année érotique sont d’immenses succès qui dépassent les frontières. Ils deviendront pendant dix ans un couple très médiatique, faisant régulièrement la une de l’actualité couverte par les médias, chacun enchaînant disque et tournage, concerts et apparitions photographiques. Gainsbourg dédie également le titre « Jane B » à sa nouvelle compagne, largement inspiré par le prélude en mi mineur Opus 28 no 4, de Frédéric Chopin.

Pour la petite histoire, les deux protagonistes Serge et Jane se trouvent, sans se voir, lors de la mort d’Édith Piaf, sur un lieu commun, le 10 octobre 1963 alors que tout le monde s’agglutinait pour regarder la dépouille de la chanteuse : Jane, encore adolescente, vivait dans une famille française qui habitait le même immeuble que la célèbre môme Piaf.

Les années 1970 sont marquées par l’écriture et la composition de quatre albums phares : Histoire de Melody Nelson en 1971, Vu de l’extérieur (et son tube Je suis venu te dire que je m’en vais) en 1973, Rock around the bunker en 1975, et L’Homme à tête de chou avec ses sulfureuses Variations sur Marilou en 1976. Si, au départ, ces albums rencontrent peu de succès commercial (les ventes plafonnent à 30 000 exemplaires), ils le hissent à l’avant-garde de la chanson française. Histoire de Melody Nelson est accueilli par la presse comme « le premier vrai poème symphonique de l’âge pop ». Cet album a eu une influence considérable sur des artistes comme le groupe Air, David Holmes, Jarvis Cocker, Beck et Dan the Automator.

En mai 1973, Serge Gainsbourg est victime d’une crise cardiaque et la transforme en élément promotionnel en annonçant à la presse, depuis son lit d’hôpital, qu’il va réagir « en augmentant sa consommation d’alcool et de cigarettes ». Il continue à boire et à fumer, fidèle au personnage qu’il est en train de devenir.

En 1975 sort l’album Rock Around the Bunker, dans lequel Gainsbourg pousse la provocation à son comble, en tournant en dérision l’esthétique nazie. L’album, enregistré à Londres, est radicalement rejeté par les programmateurs de radio qui ne voient dans cette farce façon Boris Vian qu’une provocation scandaleuse, avec des titres comme Nazi rock, SS si bon ou Tata teutonne. Pourtant, à la fin de la décennie 1980, cet album sera couvert de disques d’or. Il compose également des tubes comme L’Ami Caouette. En 1979, il rejoint le groupe rock Bijou sur scène et verse une larme : le jeune public rock lui fait une ovation.

Il cultive son aura d’artiste culte en participant à de nombreux films. Malheureusement pour lui, s’il est considéré comme un acteur de talent, il ne tourne pratiquement que dans des films de peu d’ampleur. En 1976 il se lance pour la première fois dans la réalisation cinématographique. Son film Je t’aime moi non plus obtient très vite une réputation sulfureuse avec un scénario audacieux touchant aux tabous de l’homosexualité et de l’érotisme. Il réalise trois autres films (dont Équateur en 1983) qui obtiennent peu de succès, les sujets abordés étant souvent provocateurs, que ce soit l’inceste (Charlotte for Ever en 1986), l’exhibitionnisme (Stan the Flasher) ou l’homosexualité...

Pour répondre aux campagnes de presse dont il devient peu à peu l’objet et qui le touchent profondément dans son estime, le 13 décembre 1981, Gainsbourg riposte en achetant le manuscrit original de la Marseillaise (135 000 F, soit 20 580 euros), vendu aux enchères à Versailles. Peu de temps après, de nouveau en concert, cet évènement médiatisé par les journaux télévisés permettra cette fois à Serge Gainsbourg d’avoir les parachutistes de son côté, faisant ainsi définitivement taire les rumeurs malveillantes au sujet de son patriotisme.

La salle de concert de Strasbourg où il doit se produire est investie par des membres d’une association d’anciens parachutistes militaires qui désapprouvent sa version de La Marseillaise, mais Gainsbourg garde tout son sang-froid et prend les paras au dépourvu en chantant a cappella, et le poing tendu, la version originale de l’hymne français : les paras sont donc de ce fait obligés de se mettre au garde à vous après un moment de flottement, comme en témoignent les bandes d’actualités de l’événement. « J’ai mis les paras au pas ! », s’amusera-t-il dans l’émission Droit de réponse de Michel Polac ; et de fait, les paras, estimant avoir eu réparation, se retirent. Gainsbourg poursuit une tournée triomphale, accompagné de Sly and Robbie et des choristes de Bob Marley : les I Threes33. Un double CD, Gainsbourg et cætera réunissant de nouveaux mixages de l’intégrale d’un concert au théâtre Le Palace de Paris restitue ce qui reste son meilleur enregistrement en public.

Offensé par les propos calomnieux dans les articles de presse à son encontre, notamment au sujet de La Marseillaise, et se sentant artiste incompris, il se réfugie dans la vie des milieux noctambules et interlopes, consommant un peu plus d’alcool et de tabac et délaissant la vie de famille.

Gainsbourg brûle en direct, à l’aide de son briquet, le 11 mars 1984, les trois-quarts environ d’un billet de 500 francs devant les caméras de télévision de l’émission Sept sur sept. Il agit ainsi pour dénoncer le « racket fiscal » qui le taxe à 74 %, argent « dépensé non pas pour les pauvres mais pour le nucléaire et toutes les... » (il n’a pas le temps de terminer sa phrase). Ce geste à la portée médiatique considérable frappe particulièrement le public français en ces années de crise de la monnaie française. Le lendemain, le lundi 12 mars 1984, toute la presse nationale fera son commentaire de ce geste à la symbolique si forte qui ne fera que renforcer dans les mois et les années suivantes la présence dans les médias, dont notamment dans les émissions de télévision, de Gainsbarre au détriment de Gainsbourg ; Serge Gainsbourg, d’ailleurs, recommencera ce geste sur un plateau d’émission de variétés françaises présentée par Patrick Sabatier, en présence d’Eddy Mitchell.

En avril 1986, dans une émission de Michel Drucker du samedi soir où la chanteuse américaine Whitney Houston est présente, Gainsbourg n’hésite pas à indiquer, en anglais et le micro ouvert : « I want to fuck her » (je veux la baiser). La Diva est outrée et stupéfiée par de tels propos. Elle lui répond par des « What ? » aigus et vifs et demande s’il est ivre « He must be drunk » ; à quoi Michel Drucker répond : « Non c’est son état normal, alors vous imaginez quand il est ivre ».

Serge rencontre une nouvelle égérie, Bambou, pour laquelle, il ne peut, une fois de plus, s’empêcher de composer. Il lui fera chanter quelques titres qui ne rencontrent pas les faveurs du public (Made in China, 1989). Il continuera cependant d’écrire pour Jane Birkin.

Gainsbourg enregistre son nouvel album reggae à Nassau aux Bahamas avec la même équipe que le précédent. On peut y entendre les paroles de Ecce Homo :

Et ouais c’est moi Gainsbarre

On me trouve au hasard

Des night-clubs et des bars

Américains c’est bonnard

(...) Il est reggae hilare

Le cœur percé de part en part.

Au lieu de mettre en scène la naissance de Gainsbarre, la version alternative de ce morceau évoque le décès de Gainsbourg. Intitulée Ecce Homo et cætera, elle n’a été publiée qu’en 2003 sur un double CD réunissant nouveaux mixages, enregistrements inédits, versions dub et d’artistes jamaïcains. Selon Bambou, présente à Nassau, le fait que ce morceau ne fasse surface qu’après sa mort était « intentionnel ».

En 1990, Serge Gainsbourg écrit les paroles du 2e album de Vanessa Paradis, Variations sur le même t’aime, sur des musiques de Franck Langolff, dont le tube Tandem.

Sorti le 28 mai 1990, l’opus s’écoule à 400 000 exemplaires et sera le dernier témoignage artistique de Serge Gainsbourg, qui disparaîtra neuf mois après la sortie du disque.

Sources :[Serge Gainsbourg-< http://fr.wikipedia.org/wiki/Serge_Gainsbourg] et divers