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Ecrivains - Littérateurs - Romanciers

CIORAN Emil (1911-1995)

13eme division
lundi 16 février 2015.
 

Ecrivain d’origine roumaine

Emil Cioran (prononcé /tʃjo.ʁan/), voit le jour le 8 avril 1911 à Rășinari en Roumanie.

Décédé le 20 juin 1995 à Paris.

Philosophe et écrivain roumain, d’expression roumaine initialement, puis française à partir de 1949 (Précis de décomposition). Il est interdit de séjour dans son pays d’origine à partir de 1946, pendant le régime communiste. Bien qu’ayant vécu la majeure partie de sa vie en France, il n’a jamais demandé la nationalité française. Il a parfois signé sous le nom de « E. M. Cioran ».

Cioran naît d’un père prêtre orthodoxe et d’une mère athée. Après quelques années de vie heureuse à Rășinari, petit village de Transylvanie alors en Autriche-Hongrie, Cioran est traumatisé à la suite de son déménagement vers Sibiu, la ville la plus proche de son village natal. Son compatriote Lucian Blaga, philosophe de la culture, a aussi décrit le rôle matriciel que pouvait avoir un village roumain. Ce choc, ainsi que les relations difficiles avec sa mère et les nombreuses insomnies dont il souffre durant sa jeunesse, contribueront au développement de sa vision pessimiste du monde et lui feront penser au suicide.

Il a sept ans lorsque la Transylvanie rejoint la Roumanie. Il fait des études de philosophie à l’université de Bucarest dès l’âge de 17 ans et ses premiers travaux porteront sur Kant, Schopenhauer et, tout particulièrement, sur Nietzsche. Il obtient sa licence en 1932 et entame une thèse sur Bergson. Cioran rejettera ensuite les préceptes philosophiques de ce dernier jugeant qu’il n’a pas compris la tragédie de la vie. En 1933, il bénéficie d’une bourse et s’inscrit à l’université de Berlin.

À 22 ans, il publie Sur les cimes du désespoir, son premier ouvrage, avec lequel il s’inscrit, malgré son jeune âge, au panthéon des grands écrivains roumains. Après deux années de formation à Berlin, il rentre en Roumanie, où il devient professeur de philosophie au lycée Andrei-Șaguna de Brașov pendant l’année scolaire 1936-1937.

Comme tous les intellectuels de sa génération, il assiste, en compagnie de Mircea Eliade, à l’ascension du mouvement fasciste et antisémite de la Garde de fer, combattu par la police du régime parlementaire. Une ambiance de guerre civile s’installe alors dans le pays, nationalisme xénophobe ultra-chrétien d’un côté (la Garde de fer elle-même s’affichant comme chrétienne), laïcité démocrate de l’autre. La première fait appel aux anciennes traditions roumaines, aux valeurs de la paysannerie longtemps opprimée par les Empires étrangers voisins ; la seconde s’inspire plutôt des valeurs de l’Occident. En 1936, Cioran publie La Transfiguration de la Roumanie (Schimbarea la față a României) où il développe une pensée passablement influencée par les thèses de la Garde de fer (qui cultive une aura de martyre patriotique car la police tire sans sommation sur ses rassemblements).

Ainsi, il écrit : « Les Hongrois nous haïssent de loin tandis que les Juifs nous haïssent au cœur même de notre société » et « Le Juif n’est pas notre semblable, notre prochain, et, quelle que soit l’intimité entretenue avec lui, un gouffre nous sépare ». Bien plus tard, il biffera ces passages pour l’édition française.

Son séjour universitaire en Allemagne l’a convaincu de la justesse de l’idéologie nazie et lorsqu’il rentre en Roumanie il soutient le mouvement de la Garde de fer. En 1937, la publication de son troisième ouvrage, Des larmes et des saints, fera scandale dans son pays.

Arrivé en France à la fin de cette année 1937 comme boursier de l’Institut français de Bucarest, il ne reviendra jamais en Roumanie où, pour lutter plus fermement contre la Garde de Fer, le roi Carol II instaure un régime autoritaire, faisant arrêter et exécuter Corneliu Codreanu (le fondateur de la Garde de Fer), et où les « légionnaires » (comme se font appeler ses membres) commencent à assassiner des ministres, des professeurs, des banquiers, des juifs. Après l’effondrement de la France qui avait offert sa protection à la Roumanie par le traité du 13 avril 1939, un coup d’État largement favorisé par l’Allemagne nazie renverse Carol II en octobre 1940, et met au pouvoir la Garde de Fer et le maréchal Antonescu qui s’auto-proclame « Pétain roumain ».

La France (du régime Pétain) et la Roumanie (du régime Antonescu) restent alliées... mais dans le camp de l’Axe : la bourse de Cioran est donc maintenue, il peut rester à Paris pour y terminer sa thèse sur le philosophe Bergson. Après la soutenance de celle-ci, la bourse s’arrête et il devient un temps attaché culturel de l’ambassade de Roumanie à Paris. Mais, ne voulant pas se sentir complice des persécutions sanglantes des régimes fascistes, tant en Roumanie qu’en France, il abandonne toute idéologie pour se consacrer exclusivement à l’écriture. Il est alors fortement influencé par Spengler.

Les communistes qui ont pris le pouvoir en Roumanie à l’issue de la Seconde Guerre mondiale ayant interdit ses livres, il reste à Paris jusqu’à la fin de son existence, vivant assez pauvrement, rédigeant dorénavant ses ouvrages en français, tout en traduisant par ailleurs les poèmes de Stéphane Mallarmé en roumain. Il y est entouré par des penseurs et des écrivains tels que Eugène Ionesco, Mircea Eliade, Stéphane Lupasco, Samuel Beckett, Henri Michaux ou Gabriel Marcel et par quelques lecteurs fervents mais peu nombreux.

Refusant les honneurs, il décline entre autres le prix Morand décerné par l’Académie française. Son œuvre, essentiellement composée de recueils d’aphorismes, marquée par l’ascétisme et l’humour, connaît un succès grandissant. En retour, il entretient des rapports ambivalents avec le « succès » : « J’ai connu toutes les formes de déchéance, y compris le succès. »

Après la guerre, il écrit toute une partie de son œuvre en français, abandonnant totalement sa langue maternelle, le roumain : « En français, on ne devient pas fou », allusion aux dérives de la littérature roumaine dès avant, mais surtout après l’instauration à partir de 1938 de régimes dictatoriaux successifs, qui tentent de transformer tout acte créateur en une louange à la tyrannie, d’abord royale, ensuite fasciste et, pour finir, communiste.

L’œuvre de Cioran, ironique et apocalyptique, est marquée du sceau du pessimisme, du scepticisme et de la désillusion. En 1973, Cioran publie son œuvre la plus marquante : De l’inconvénient d’être né. En 1987, il publie son ultime ouvrage, Aveux et anathèmes, avant de mourir, huit années plus tard, en 1995, de la maladie d’Alzheimer sans avoir mis à exécution son projet de suicide.

Sources : Wiki et divers (APPL 2015)