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Ecrivains - Littérateurs - Romanciers

BOURGET Paul (1852-1935)

26eme division
vendredi 13 février 2015.
 

Ecrivain français

Paul Bourget, voit le jour à Amiens le 2 septembre 1852.

Décédé à Paris le 25 décembre 1935.

Ecrivain et essayiste catholique français issu d’une famille originaire d’Ardèche.

Ayant donné le signal d’une réaction contre le naturalisme en littérature, Bourget est d’abord tenté par le roman d’analyse expérimental. La finesse de ses études de mœurs et de caractères séduit le public mondain qu’il fréquente dans les salons parisiens de la Troisième République. Ses premiers romans - Cruelle énigme (1885), Un crime d’amour (1886) et Mensonges (1887) - ont ainsi un grand retentissement auprès d’une jeune génération en quête de rêve de modernité.

Le romancier change ensuite de direction et s’oriente à partir du roman Le Disciple (1889), considéré comme son œuvre majeure, vers le « roman à thèse », c’est-à-dire le roman d’idées. Il ne se contente plus de l’analyse des mœurs mais en dévoile les origines et les causes, soumises à des lois inéluctables et dont la transgression amène tous les désordres individuels et sociaux. Cette nouvelle voie conduit Paul Bourget à écrire des romans davantage psychologiques : L’Étape (1902), Un divorce (1904) et Le Démon de midi (1914). Il est alors influencé dans son engagement littéraire et dans son orientation romanesque par sa conversion au catholicisme et tente une synthèse entre la science et la foi. L’écrivain est amené à appliquer son talent de romancier psychologue et moraliste aux problèmes sociaux, politiques et religieux de son temps de ce début de xxe siècle.

Son œuvre multiple comprend aussi des poèmes de jeunesse, des essais et quelques pièces de théâtre. L’engagement politique de Paul Bourget même s’il reste souvent cantonné à l’expression littéraire s’est cependant manifesté au sein de mouvements militants et les nombreuses prises de position du romancier traditionaliste, catholique et antidreyfusard en faveur de la monarchie brouillent la lecture de son œuvre, aujourd’hui incomprise voire méprisée et tombée dans l’oubli.

Né à Amiens, Paul Bourget passe cependant son enfance et son adolescence à Clermont-Ferrand, de 1854 à 1867, où son père, Justin BourgetNote , tient la chaire de mathématiques près la faculté de Clermont. Il est notamment inscrit dans cette ville au lycée Blaise-Pascal. Sa famille est originaire d’Ardèche (plus précisément de Savas3 et de Peaugres). Son grand-père, Claude Bourget, travaille sous les ordres du célèbre inventeur Marc Seguin. Paul Bourget perd sa mère à l’âge de 6 ans. Son père se remarie après cinq mois de veuvage.

Paul Bourget, enfant, entretient des relations difficiles avec sa belle-mère. L’écrivain revient à Clermont fréquemment, en particulier le 12 octobre 1887 lors des obsèques de son père, devenu dans ses dernières années d’existence recteur de l’académie en 1882. Il garde de l’Auvergne des souvenirs de lieux qui serviront, plus tard, de cadre à certains de ses romans, le château de Cordès, par exemple, dans le roman Le Démon de midi. Il garde aussi un souvenir enthousiaste du château de son ami Eugène-Melchior de Vogüé, le château de Gourdan, situé à Saint-Clair , près de Peaugres et de Savas ; les terres des Bourget voisinant celles des Vogüé. Certains de ses ouvrages sont imprégnés par l’atmosphère morale de l’Auvergne comme Le Disciple, Un drame dans le monde et plus particulièrement dans Le Démon de midi, écrit pour partie à Clermont en 1912.

Au collège Sainte-Barbe où il est pensionnaire, le jeune Paul Bourget fait la connaissance de son condisciple, Georges Hérelle, avec lequel il entretient une vaste correspondance conservée à la Bibliothèque municipale de Troyes, et qui devient son grand ami. Il y fréquente aussi Auguste Gérard. Bon élève, Bourget est admis au lycée Louis-le-Grand en qualité d’externe. Cette double appartenance lui permet d’entrer en contact avec de nombreux autres camarades : Saint-René Taillandier, Henri Becquerel, Denys Cochin ou Ferdinand Brunetière.

Ses premières acquisitions intellectuelles le portent à avoir un goût très vif pour Victor Hugo, grâce à son professeur Eugène Despois, mais ses classiques préférés ont pour nom George Gordon Byron, Henri Heine et Honoré de Balzac. L’agitation politique de 1870 ne le laisse pas indifférent et il est acquis aux idées démocratiques contre le régime impérial. Durant la Semaine sanglante de la Commune, il assiste à quelques exécutions sommaires et réprouve fermement l’attitude des Versaillais. Cette sympathie pour les Fédérés transparaît dans l’un de ses premiers poèmes écrit pour la tragédienne Marie Léonide Charvin, dite « Agar ».

En 1872, les premiers dîners littéraires auxquels il participe permettent à Paul Bourget d’étoffer ses relations, avec Maurice Bouchor notamment. Il est en effet admis au dîner des « Vilains Bonshommes ». Il y retrouve Paul Verlaine, Théodore de Banville, Stéphane Mallarmé, Albert Mérat et le jeune Arthur Rimbaud qui se signale, lors de ces banquets, par sa grossièreté.

Proche de Paul Bourget, André Gill est également présent. Il fréquente donc les milieux d’avant-garde et devient un ami proche de François Coppée. C’est durant cette période qu’il entre dans le mouvement littéraire du Parnasse pour s’en éloigner ensuite vers 1876 en se rapprochant du « Groupe des Vivants » de ses amis Jean Richepin et Raoul Ponchon qui se réunissent avec le peintre Tanzi à la brasserie du Sherry-Cobbler. Paul Bourget écrit alors ses premières poésies dont certaines sont publiées brièvement dans l’Album Zutique. Il devient correspondant à la revue Renaissance littéraire et artistique et à La Revue des deux Mondes, puis critique dramatique au Globe en 1879, puis au journal Parlement. Il publie ainsi le 28 décembre 1872, à 21 ans, dans Renaissance littéraire et artistique, son premier article intitulé « Le Roman d’amour de Spinoza »12. Dans les années qui suivent il publie aussi des vers dans diverses revues, dont ses plus célèbres : La Vie inquiète (1875) et Aveux (1882). À partir de l’année 1880 et jusque vers 1889, Paul Bourget est aussi un collaborateur notable d’une revue fondée par Octave Uzanne, Le Livre, dans laquelle il propose plusieurs chroniques et quelques critiques d’ouvrages fraîchement imprimés sous les initiales P.B.

En 1884, il rédige ses premières nouvelles, dont L’Irréparable. Son éditeur est Alphonse Lemerre, à qui il intente un procès, qu’il gagne, en 1896. Ce litige, porté devant le tribunal de commerce et minutieusement conté par Émile Zola, engendre des conséquences juridiques non négligeables à l’époque : un contrat d’édition est bien un contrat de participation qui donne à l’auteur un droit de contrôle absolu.

Après la publication de Cruelle énigme, Paul Bourget devient « célèbre en une nuit », selon le mot d’Albert Feuillerat, beau-frère de Paul Bourget (il a épousé une demi-sœur de l’écrivain, Fanny) et l’essayiste vient de faire place au romancier. Le peintre Jean Béraud le représente aux côtés d’Hippolyte Taine dans une grande peinture réalisée en 1889 : La Salle de rédaction du « Journal des débats ». Paul Bourget est alors l’un des grands romanciers de la fin du XIXe siècle et du début du xxe siècle. Le critique littéraire Pierre de Boisdeffre remarque que : « qui voudra évoquer nos mœurs entre 1889 et 1914 devra recourir à des documents comme les romans de Paul Bourget ». Parrainé par François Coppée et par le comte Paul-Gabriel d’Haussonville, il est élu le 31 mai 1894 à l’Académie française (à l’âge de 43 ans), au 33e fauteuil. Il y est reçu le 13 juin 1895 par le vicomte Eugène-Melchior de Vogüé et lui-même reçoit André Theuriet et Émile Boutroux.

Bourget se marie le 21 août 1890 en l’église Saint-François-de-Sales avec Minnie David25, fille de John David, armateur à Anvers26. Dès 1894, ils s’installent 20, rue Barbet-de-Jouy, ou ils vivent toute leur vie. En 1898, Minnie Bourget traduit Paese di Cuccagna, le chef-d’œuvre de la romancière italienne Matilde Serao, grande amie de Paul Bourget. Il semble que ce soit une des rares incursions de Minnie dans le domaine de la littérature. Comme toute la famille David, elle parle couramment l’italien et son mari admire l’aisance avec laquelle, à table, on passe sans transition d’une langue à l’autre. Dans l’hôtel particulier (ils habitent au deuxième étage)D 3, Bourget pratique presque tous les matins la boxe ou l’escrime avec le même professeur ou son prévôt et, entre deux assauts, il se livre à des réflexions littéraires avec, entre autres, Henry de Cardonne.

Paul Bourget est reçu dans les milieux littéraires de l’aristocratie parisienne ou de la bourgeoisie liée à la noblesse d’Empire. Il fréquente les dîners, notamment celui fondé par Jacques Alexandre Bixio en 1856, duquel Bourget est membre en 1924 et dont le doyen d’alors est Raymond Poincaré. Les salons du faubourg Saint-Germain sous la Troisième République l’accueillent : celui de la princesse Mathilde, de la comtesse Potocka, de Juliette Adam (qui avait lancé Paul Bourget au début de sa carrière puisqu’il devient correspondant dans sa Nouvelle Revue) ou encore ceux de Geneviève Halévy-Straus ou de la marquise d’Argenson.

L’article « Un crime d’amour » aborde ce thème de façon détaillée. Il fréquente aussi assidûment le salon littéraire de la courtisane Laure Hayman (1851 † 1932)30 qu’il admire et qu’il prend pour modèle dans une nouvelle sous le nom de Gladys Harvey. En octobre 1888, Laure en donne un exemplaire à Marcel Proust, relié avec la soie d’un de ses jupons et dédicacé d’une mise en garde : « Ne rencontrez jamais une Gladys Harvey ». Elle est le modèle supposé d’Odette de Crécy dans À la recherche du temps perdu, comme Paul Bourget peut avoir inspiré le personnage de Bergotte (on cite plus volontiers Anatole France comme source inspiratrice de ce personnage, que Bourget rencontre parfois chez son égérie Mme Arman de Caillavet).

À partir du Démon de midi (1914), Paul Bourget écrit la plupart de ses œuvres dans sa propriété du « Plantier », à Costebelle (domaine qu’il a acheté en 1896 à la famille Husson de Prailly), près d’Hyères, propriété où il passe tous ses hivers. Le Plantier de Costebelle[modifier | modifier le code] L’article « Le Plantier de Costebelle » est un complément historique sur ce sujet.

Tout au long de sa production littéraire, le romancier évoque cet attrait de la « collection », notamment de tableaux anciens italiens : dans Une idylle tragique (1896), les héros visitent la collection d’antiques du prince Fregoso alors que dans la nouvelle L’Adoration des mages (1897), Bourget met en scène un pittoresque collectionneur de primitifs italiens. Dans Le Fantôme (1901) il évoque un vieux célibataire entouré d’une collection d’objets italiens du xve siècle. Ce sont encore des collectionneurs que l’on croise en lisant Monique (1902) ou L’Émigré (1907), dans le cadre du château des Claviers-Grandchamps ou un expert, croyant reconnaître un Da Vinci, dans la nouvelle La Dame qui a perdu son peintre (1910). La Seconde Mort des Broggi-Mezzastris, nouvelle parue en 1904, semble prédire de façon prémonitoire et inconsciente l’avenir de la collection de tableaux de Paul Bourget lorsque l’écrivain évoque l’histoire d’une collection privée léguée à la ville de Bologne. Enfin, le hall d’entrée du Plantier est orné de peintures de Camille Bourget, demi-frère de Paul. Le romancier a déjà eu recours au talent de Camille Bourget lorsqu’il lui commande un portrait de Jules Barbey d’Aurevilly en 1889. La maison possède également une chambre forte ou l’écrivain, qui séjourne sur la Côte d’Azur uniquement en hiver et au printemps, entrepose en sécurité le reste de l’année ses primitifs siennois accrochés dans la chapelle.

Dernières années :

Assassinat de Gaston Calmette en 1914 dans le bureau du directeur du journal. Dessin de presse d’une scène de crime.

Le 16 mars 1914, Paul Bourget est témoin de l’assassinat du directeur du Figaro, Gaston Calmette par Henriette Caillaux.

Bourget ne quitte plus son appartement de la rue Barbet-de-Jouy à Paris durant ses dernières années, appartement décrit par Henry Bordeaux qui explique que « Le fond du cabinet de travail, au-dessus de la cheminée, était occupé par une copie, par son frère Camille, de la fresque de Luini qui représente l’Adoration des rois mages et qui est au musée du Louvre. Sur la cheminée s’entassaient des photographies de ses amis. Contre les fenêtres, les parois étaient consacrées aux lettres : une belle copie de la George Sand de Eugène Delacroix, un portrait d’Hippolyte Taine, un Melchior de Vogüé, qu’il avait eu en grande amitié, le masque mortuaire de Tolstoï »E 6. Il ajoute : « Les livres avaient mangé tout le reste : un Balzac complet, un Taine, un Walter Scott, et les chefs de file préférés, Bonald, Joseph de Maistre, Le Play, Fustel de Coulanges. La littérature contemporaine s’entassait comme elle pouvait sur les meubles : elle n’avait pas ses préférences, elle n’avait pas servi à la formation du cerveau »80. Eugène Marsan remarque lui des tableaux anciens de Pietro Longhi, représentant des personnages de carnaval. Il s’agit en fait de fixés sous verre vénitiens du XVIIIe siècle.

Le 28 juin 1920, aux côtés du sénateur Raymond Poincaré, l’écrivain inaugure le buste de Stendhal et prononce à cette occasion un discours. Le 14 octobre 1923, il préside l’inauguration d’une plaque commémorative à la gloire de Jules Barbey d’Aurevilly, un de ses maîtres, rue Rousselet à Paris. Le 15 décembre 1923, le théoricien du roman psychologique réunit amis et admirateurs à la Maison de Balzac. Il y prononce un discours à l’occasion de son jubilé littéraire : « Cinquante années dévouées au service des Lettres »B 2. C’est encore à Paul Bourget que l’on fait appel pour inaugurer au Jardin du Luxembourg un monument à la mémoire de Gabriel Vicaire. En 1924, il parraine l’abbé Henri Bremond lors de sa réception à l’Académie française. Le 19 novembre 1925, Paul Bourget et le maréchal Lyautey parrainent Louis Bertrand, reçu à l’Académie française au fauteuil de Maurice Barrès. En novembre 1926, il est sacré « Maréchal des Lettres françaises » par la société des Amis de Pascal. Le 28 juin 1931, il inaugure une stèle commémorative à la gloire d’Hippolyte Taine dans le petit square des Invalides (devenu depuis le square d’Ajaccio) sous la forme d’un médaillon de bronze dû à Oscar Roty (1928). C’est sa dernière apparition en public.

Durant l’hiver 1925, Minnie Bourget se casse le col du fémur en descendant de voiture sur l’esplanade du Plantier. Les Bourget y sont immobilisés pendant une grande partie de l’année 1926. Bourget y écrit Le Danseur mondain. À cette chute succède une dégénérescence mentaleD 9. Paul Bourget, pour se rapprocher de la clinique du Vésinet où Minnie est hospitaliséeNote 23, ne revient plus à Hyères. Il écrit son dernier roman, Le Diamant de la Reine, à dimension autobiographique. Minnie Bourget meurt en octobre 1932. C’est l’année ou le sculpteur Paul Roussel lui offre pour ses 80 ans une médaille de bronze représentant le romancier de profil81.

Très gravement malade à partir de septembre 1934, à Chantilly, Paul Bourget vit ses derniers mois à la maison de santé des Frères Saint-Jean-de-Dieu, rue Oudinot, à Paris. Il meurt chez lui, le matin de Noël 1935. Le 27 décembre 1935 ont lieu ses obsèques. La cérémonie religieuse se déroule en l’église Saint-François-Xavier où la messe est célébrée par l’abbé Pellerin et présidée par le cardinal Jean Verdier, en présence du garde des Sceaux, Léon Bérard. Le cortège funèbre passe devant l’Hôtel des Invalides ; les professeurs Maurice Chevassu (en) et Noël Fiessinger qui l’avaient soigné, Lucien Corpechot, René Doumic, Henry Bordeaux, le maréchal Pétain, et Saint-René Taillandier tiennent les cordons du poêle. Bourget est inhumé au cimetière du Montparnasse à Paris, aux côtés de son épouse.