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BOUCICAUT Aristide (1810-1877)

18eme division
vendredi 13 février 2015.
 

Fondateur du Bon Marché

Aristide-Jacques Boucicaut, voit le jour le 14 juillet 18101 à Bellême (Orne).

Décédé le 26 décembre 1877 à Paris.

Entrepreneur et homme d’affaires français.

Créateur en 1852 à Paris du premier grand magasin, Le Bon Marché, il est le pionnier du commerce moderne et son exemple sera rapidement copié en France et à l’étranger.

Son œuvre sera continuée et développée pendant 10 ans par sa veuve Marguerite, née Guérin (Verjux 1816, Cannes 1887)

Aristide Boucicaut débute sa carrière commerciale comme simple commis chapelier dans la boutique paternelle à Bellême qu’il quitte en 1828 pour suivre comme associé un marchand de bonneterie ambulant. En 1829, il s’installe à Paris et entre en 1834 comme jeune vendeur dans le magasin de nouveautés au Petit Saint-Thomas, rue du Bac à Paris, première préfiguration du grand magasin parisien, créé en 1830 par Simon Mannoury : doué pour le commerce il devient rapidement second de rayon puis acheteur en chef du rayon châles.

En 1835/1836, il fait la connaissance de Marguerite Guérin, montée elle aussi à Paris de sa Bourgogne natale : elle tient à son compte une crèmerie-gargote, un « bouillon », dit-on alors, qui sert un plat du jour aux ouvriers et employés du quartier. Les parents d’Aristide s’opposent à son mariage avec une fille déclassée, ce qui conduit le couple à vivre en concubinage : ils se marieront finalement le 5 octobre 1848. Un fils, Anthony-Aristide (appelé parfois Antoine), naîtra en 1839 et Aristide le reconnaîtra en 18455.

Le grand magasin Au Bon Marché achevé en 1887.

Cette même année, la fermeture du Petit saint Thomas laisse Aristide qui était devenu chef de rayon sans emploi : il rencontre alors les frères Videaux qui viennent de créer dans le même quartier, à l’angle de la rue de Sèvres et de la rue du Bac, leur mercerie nommée « Au Bon Marché ». Il y est embauché et séduit ses employeurs en partageant avec eux le goût du commerce moderne avec entrée libre, affichage des prix, faible marge bénéficiaire, vente par correspondance, soldes..., et en 1852 une association est décidée entre eux, Boucicaut y mettant toutes ses économies et la vente d’un héritage percheron, soit 50 000 francs.

Le 1er juin 1853, une nouvelle société est constituée (quatre rayons, douzaine d’employés, chiffre d’affaires de 450 000 francs) : la SNC « Videau frères et Aristide Boucicaut » dont l’objet est « l’exploitation de la maison de nouveautés Au Bon Marché - Adresse : 22-24 rue de Sèvres au Capital de 441 120 F » avec pour principe de fonctionnement le réinvestissement de tous les bénéfices dans l’affaire.

Soutenu par sa femme Marguerite (née Guérin), Aristide Boucicaut se montre entrepreneur et novateur : il ambitionne de créer un vaste magasin moderne où tout doit favoriser la consommation féminine : invitation de la clientèle féminine à sortir de chez elle pour venir passer quelque temps au magasin, marchandises à profusion disposées sur des comptoirs permettant le « libre toucher », L’idée d’un vaste lieu organisé de manière quasi-théâtrale pour multiplier les tentations d’achat, vendeurs ou vendeuses formées pour conseiller le client... L’idée lui serait venue -dit-on- alors qu’il visitait l’Exposition universelle de 1855 et qu’il s’était perdu au milieu des stands. La concrétisation de cette intuition va ouvrir la voie vers une société de consommation et contribuer à créer et à diffuser l’image de la « Parisienne moderne et élégante ».

La rencontre avec Henri Maillard, un pâtissier né à Mortagne-au-Perche non loin du pays natal d’Aristide Boucicaut et qui a fait fortune aux États-Unis, va permettre à Boucicaut de financer et de concrétiser son projet. Le 31 janvier 1863, Boucicaut rachète les parts de ses associés pour 1 million et demi de francs. La transformation et l’extension du Bon Marché se poursuivent avec d’importantes acquisitions foncières.

En 1869, le couple Boucicaut entreprend, sur des plans de l’architecte Louis-Charles Boileau secondé par l’ingénieur Gustave Eiffel, la construction des bâtiments qui existent encore aujourd’hui, et dont la première pierre est posée par Marguerite Boucicaut le 9 septembre 18697. Retardés par la guerre de 1870, les travaux se réalisent jusqu’en 1887 par tranches successives en même temps que se multiplient les acquisitions foncières : la surface finale du magasin atteindra 52 800 m28.

La maison Boucicaut continue à développer une stratégie commerciale moderne innovante :

entrée libre et affichage des prix, périodes dédiées aux fortes ventes (jouets en décembre) périodes de soldes comme le mois du « Blanc » en janvier (alors qu’il neige et que ses rayons sont relativement vides après les fêtes de fin d’année, Boucicaut a l’idée de remplir ses rayons en soldant ses stocks de linge blanc) , échange et reprise des marchandises, vente par catalogue dans le monde entier (4000 ex diffusés) que permet le développement du chemin de fer, construction de l’hôtel Lutétia pour accueillir les riches clients étrangers...

La société fait aussi preuves de préoccupation sociales inspirées par le socialisme chrétien de Lamennais : se mettent ainsi en place au fur et à mesure des années des avancées comme fermeture du magasin le dimanche (qui ne deviendra une obligation légale en France qu’en 1906), une cantine en 1872, des chambrettes pour les jeunes employées, une assistance médicale, des congés payés, une formation continue et des cours du soir, des promotions de carrière, puis en 1876 une caisse de prévoyance et de retraite des employés et ensuite intéressement aux bénéfices..., même si les employés tempèrent l’enthousiasme de leur patron dénonçant par exemple en 1869 la charge de travail et l’autoritarisme d’Aristide Boucicaut. Les employés des grands magasins, dont beaucoup de femmes, sont plus mal payés que les ouvriers. L’encadrement y est très strict et très pyramidal, avec une orientation paternaliste qui interdit par exemple les revendications collectives aux employés ou la grève, même quand celle-ci était devenue légale en 1864.

Le fils Anthony-Aristide est associé à la direction du grand magasin, le nom de l’entreprise devenant « MM.A. BOUCICAUT et fils ». Le chiffre d’affaires s’accroît de manière très importante au fil des années : 7 millions en 1862, 21 millions en 1869, en 1877 le Bon Marché réalise 72 millions de chiffre d’affaires et emploie 1788 personnes.

La transformation du magasin est un énorme succès et le Bon Marché devient une véritable institution commerciale et un modèle international. Émile Zola s’en inspirera pour son roman Au Bonheur des Dames (1883) dont le titre résume parfaitement la teneur du projet de Boucicaut : le romancier accumulera une importante documentation en visitant le grand magasin emblématique de la seconde moitié du XIXe siècle (le roman est d’ailleurs situé sous le Second Empire).

La succession :

Aristide Boucicaut décède brutalement le 26 décembre 1877 : il est inhumé le 29/12 dans la 18e section du cimetière Montparnasse). Son fils, gravement malade depuis quelque temps déjà, assure la direction du Bon Marché mais ne lui survit guère (il meurt d’une longue « maladie de poitrine » le 18 octobre 1879 sans avoir d’enfant).

Marguerite Boucicaut, veuve et sans descendant, dirige alors l’entreprise pendant dix ans, avec l’assistance des anciens collaborateurs de son mari.

Par son testament du 16 décembre 1886, Marguerite Boucicaut, veuve et sans héritier proche, désigne l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris comme légataire universelle, chargée d’exécuter ses volontés testamentaires. Elle prévoit de nombreux legs et demande que soit construit un hôpital sur la rive gauche de la Seine ; ce sera l’Hôpital Boucicaut.

La station Boucicaut du métro parisien lui est dédiée.

Sources : Wikipédia et divers (APPL 2015)