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BERTRAND Aloysius (1807-1841)

10eme division
jeudi 12 février 2015.
 

Poète français

Louis Jacques Napoléon Bertrand, dit Aloysius Bertrand est un poète, dramaturge et journaliste français, né le 20 avril 1807 à Ceva (Piémont), mort le 29 avril 1841, à l’hôpital Necker de Paris.

Considéré comme l’inventeur du poème en prose, il est notamment l’auteur d’une œuvre posthume passée à la postérité, Gaspard de la nuit (1842).

Né à Ceva le 20 avril 1807, Louis Bertrand était le fils de Georges Bertrand et Laure (ou Laurine-Marie) Davico. Georges Bertrand vit le jour le 22 juillet 1768 à Sorcy (ou Saulieu selon d’autres sources) dans une famille de soldats.

Lieutenant de gendarmerie, il épousa en secondes noces à Ceva, dans le Piémont, alors dans le département de Montenotte (aujourd’hui dans la province de Coni), le 3 juin 1806, Laure Davico, fille de Giacomo Davico, maire de la ville, née le 2 août 1782. Après la naissance de Louis, leur aîné, en 1807, un second fils, Jean Balthazard, vit le jour le 17 juillet 1808.

Le 15 mars 1812, Georges Bertrand fut nommé capitaine de gendarmerie à Spolète, dont le préfet était le baron Roederer, et où naquit le 23 décembre la sœur du poète, Isabelle-Caroline, dite Élisabeth. Le 3 septembre 1814, il fut affecté à Mont-de-Marsan, où il fit la connaissance de Charles Jean Harel, alors préfet des Landes. Puis, mis à la retraite fin août 1815, il quitta les Landes et s’installa à Dijon, où naquit le 19 mars 1816 un quatrième enfant, Charles Frédéric (qui devint plus tard journaliste) et où se maria le 11 janvier 1818 sa fille Denise, née d’un premier lit.

Un jeune romantique dijonnais :

C’est à Dijon que Louis Bertrand passa la majeure partie de sa vie, étudiant au collège royal de la ville de 1818 à 1826 et c’est dans ses rues et ses monuments qu’il trouva une grande partie de son inspiration.

En novembre 1826, il fut reçu à la Société d’Études de sa ville, où il lut 55 de ses poèmes de 1826 à 18289 ; il devint rapporteur en décembre 1826 puis fut élu vice-président le 23 mai 1827.

À la mort de son père, le 27 février 1828, il devint le chef de famille. Sa tante paternelle Françoise-Marguerite, dite « Lolotte », dont la modeste fortune lui avait déjà permis de financer ses études, apporta un soutien financier à la famille Bertrand au moins jusqu’en 183314. Le 1er mai 1828, la Société d’Études de Dijon fit paraître le premier numéro d’un journal littéraire imité du Globe à la vie très éphémère, Le Provincial, dont Bertrand fut le gérant responsable jusqu’au 8 juin. Dans cette feuille, qui publia les premiers vers d’Alfred de Musset, il promut ses idées esthétiques, à l’avant-garde du romantisme français, et publia une vingtaine de pièces en prose et en vers.

Parmi ces « bambochades », comme il les appelait (d’après le surnom du peintre néerlandais Pierre de Laer, Bambochio), parut ainsi « Jacques-Lés-Andelys, Chronique de l’An 1364 » le 1er mai 182817. Toujours en 1828, il aima une jeune fille anonyme, qui peut-être mourut et dont les exégètes retrouvent le souvenir dans l’ensemble de son œuvre18,7.

Premier séjour à Paris et retour à Dijon[modifier | modifier le code] Encouragé par la lettre élogieuse qu’Hugo avait adressé au journal à la suite d’un poème qui lui était dédié et par les éloges dont la feuille avait bénéficié de la part de Chateaubriand, il partit pour Paris au début de novembre 1828 et s’installa à l’hôtel de Normandie, rue du Bouloi. Reçu dans le salon d’Émile Deschamps, des Hugo, de Charles Nodier, à l’Arsenal, il y rencontra Sainte-Beuve et lut quelques-uns de ses textes de prose. Mais le sentiment de honte que lui inspiraient sa pauvreté et sa fierté l’empêchèrent de trouver sa place dans le groupe des romantiques parisiens. Tombé malade et contraint de s’aliter en janvier 182919, il trouva au printemps un éditeur, Sautelet, pour imprimer ses poèmes, mais celui-ci fit faillite ; en août, ses cahiers étaient sous séquestre20,7. Après avoir récupéré le manuscrit, il le porta à Sainte-Beuve à la fin de l’année ou au début de 18309. Songeant au théâtre à partir de 1829, il offrit une pièce au Vaudeville et en prépara une autre pour les Nouveautés, sans succès21.

De retour à Dijon le 4 avril 1830, son ami Charles Brugnot lui offrit de collaborer au Spectateur, journal libéral qu’il venait de fonder. Puis, le 15 février 1831, il devint, sous le nom de « Ludovic Bertrand », rédacteur en chef du Patriote de la Côte-d’Or, journal politique, littéraire, industriel et commercial qui parut jusqu’en décembre 1832 et dans lequel il affichait ses convictions républicaines dans des polémiques virulentes8,22, ce qui lui valut de nombreuses inimitiés parmi les notables de la ville. Il collabora également à différents périodiques dijonnais et parisiens, parmi lesquels les Annales romantiques, le Cabinet de lecture ou le Mercure de France. Le 30 novembre 1832, il fit représenter à Dijon Monsieur Robillard ou Un sous-lieutenant de hussards, qui fut sifflé23,7. La même année, la Société d’Études de Dijon disparaissait24.

Installation définitive à Paris[modifier | modifier le code] Au début de janvier 1833, il repartit pour Paris, où il s’installa à l’hôtel du Commerce, rue du Bouloi. Peu après, l’éditeur Eugène Renduel accepta de publier Gaspard, annonçant même en octobre sa publication25. Par ailleurs, après des essais infructueux, Bertrand obtint une place de secrétaire auprès du baron Roederer à la manufacture de Saint-Gobain. Enfin, en mai (selon Max Milner) ou fin août (selon Jacques Bony), sa mère et sa sœur vinrent le rejoindre26.

Au printemps 1834, il rencontra une certaine Célestine F., avec laquelle il échangea des lettres et une promesse de mariage, mais sa mère s’opposa à cette union selon Jacques Bony, tandis que Max Milner considère que cet amour était médiocrement partagé27. Entre 1835 et 1837, les ressources de Bertrand étaient aussi minces qu’obscures, laissant supposer à ses biographes des collaborations anonymes à de petits journaux ou des travaux plus humbles9. En mars 1834, on lui proposa une place de 200 francs par mois en Suède ou au Danemark, mais il refusa, la jugeant insuffisante pour subvenir aux besoins de sa mère et de sa sœur, et peut-être pour ne pas s’éloigner de Célestine28. En 1836, alors qu’il était installé rue des Fossés-du-Temple, Renduel lui versa 150 francs pour le premier tirage de Gaspard, mais le manuscrit resta dans ses tiroirs29.

À Paris, Bertrand écrivit aussi en 1833 Peter Waldeck ou la chute d’un homme, un drame mêlé de chant en 3 actes et 6 tableaux inspiré des Aventures de Martin Waldeck, conte de Walter Scott tiré du chapitre XVIII de L’Antiquaire30. Puis, le 22 août 1835, il offrit au théâtre des Jeunes-Élèves de M. Comte une nouvelle version de ce drame-ballade intitulée : Le Lingot d’or, mais en vain31. Enfin, le 18 mars 1837, une troisième mouture fut présentée sous le titre de Daniel à Harel, directeur du théâtre de la Porte-Saint-Martin, mais il la refusa à l’automne32,7.

Tombé dans une misère profonde, Bertrand dut emprunter, notamment à Antoine de Latour, précepteur du duc de Montpensier depuis 1832. Le 13 septembre 1837, il reçut un secours de la reine Marie-Amélie, en prix d’un sonnet ; le statuaire David d’Angers, avec lequel il était lié d’amitié depuis leur rencontre en mai 1836, l’aida également, de même que le gouvernement. Mais, atteint de la tuberculose, on l’hospitalisa, le 18 septembre 1838, à Notre-Dame de la Pitié, où il demeura jusqu’au 13 mai 1839 dans la salle Saint-Athanase sous le no 70, avant d’entrer, le surlendemain, à l’hôpital Saint-Antoine, qui l’accueillit jusqu’au 24 novembre.

En octobre 1839, ayant accepté de publier Gaspard de la nuit, Victor Pavie, éditeur d’Angers, imprima un prospectus pour annoncer sa sortie prochaine, mais le projet ne connut pas d’aboutissement du vivant de l’auteur, le manuscrit étant toujours entre les mains de Renduel. En 1840, se croyant guéri, Bertrand recommença à écrire des vers et, le 5 octobre, tenta une dernière démarche auprès de Renduel pour faire éditer son manuscrit, mais l’éditeur s’était entre-temps retiré des affaires.

Une mort à l’hôpital :

Contraint par une nouvelle poussée de phtisie (tuberculose pulmonaire) d’entrer à l’hôpital Necker le 11 mars 1841, Bertrand y rencontra par hasard, le 15 mars, David d’Angers, venu rendre visite à un élève, et qui veilla sur ses derniers jours jusqu’à sa mort, dans la salle Saint-Augustin (où il portait le no 6), le 29 avril 1841, vers neuf ou dix heures du matin. Le sculpteur accompagna également le convoi funèbre, quand il fut inhumé le lendemain au cimetière Montparnasse, dans la fosse commune des indigents. David lui obtint cependant une fosse « à part ». Le sculpteur préféra sans doute taire le véritable lieu d’inhumation du poète du fait qu’il pouvait entacher l’image de la famille, et risquer de compromettre son espoir d’une future sépulture digne de ce nom, sur laquelle il comptait, mais qui dépendait des possibilités et du bon vouloir de la famille . David d’Angers se plaignit à plusieurs reprises de l’abandon de la tombe de « Vaugirard », où il ne retrouvait, lors de ses visites, que la couronne qu’il y avait laissée lors de sa précédente venue.

Institué légataire universel, David d’Angers affirma avoir été choqué, à cette occasion, par l’insensibilité de la famille du poète, jugement rejeté par plusieurs biographes.

À l’opposé des biographes antérieurs, Jacques Bony considère que Bertrand fut victime d’une mère et d’une sœur castratrices dont il n’eut jamais la force, au contraire de Rimbaud, de se libérer. Reprenant les témoignages de David d’Angers, concernant le comportement de la sœur qui, le jour de l’enterrement, essayait un piano chez son amant Coiret, et les lettres de la mère à son fils qui, invariablement, répondent aux mots d’affection par la pression financière, il casse l’image de la « sainte famille » et décrit le manque de réciprocité dans les relations entre un fils aîné jugé toujours insuffisant, d’une part, et les deux femmes dont la mère se fait le porte-parole, d’autre part.

Laure Davico survécut treize ans à son fils, avant de mourir en 1854 chez sa fille. Les recherches récentes ont établi qu’elle avait acheté en 1847 une concession perpétuelle pour son fils, qui reposait depuis 1841 dans la fosse des indigents hospitaliers. C’est lors de l’inhumation de Laurent Coiret dans cette sépulture, en 1860, qu’Elizabeth, sa fille, y fit transférer les restes de sa mère, la sépulture devenant tombe de la famille.

Depuis 1922, il existe à Dijon une rue Aloysius -Bertrand.

La tombe : Reprise en 2005 par la Mairie de Paris en raison de son état de délabrement, la sépulture d’Aloysius Bertrand fut restaurée en mai 2007 à l’initiative d’une association de passionnés créée à l’occasion, l’année même du bicentenaire de la naissance du poète, avec le soutien, notamment financier, de la Société des gens de lettres de France, qui a pris à sa charge l’entretien ultérieur de la tombe.