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BAUDRILLARD Jean (1929-2007)

8eme division
jeudi 12 février 2015.
 

Sociologue et philosophe

Jean Baudrillard, voit le jour le 27 juillet 1929 à Reims.

Décédé le 6 mars 2007 à Paris.

Philosophe français.

D’origine paysanne, il est fils unique et son père est gendarme. Remarqué à l’école primaire par ses instituteurs, ceux-ci l’aident à intégrer le lycée et à devenir boursier. C’est au lycée Henri-IV à Paris, où il prépare le concours d’entrée à l’École normale supérieure, qu’il fait sa première rupture radicale, à la fois amicale, amoureuse, studieuse et révolutionnaire, en tournant le dos au concours, pour aller s’établir comme ouvrier agricole puis maçon à la tâche, dans la région d’Arles. Il est ainsi considéré[réf. nécessaire] comme le premier intellectuel « établi » de France.

À son retour, il finit ses études supérieures à l’université des langues de la Sorbonne, et obtient le CAPES en allemand. Nommé successivement dans différents lycées en France, puis lecteur résident des universités en Allemagne et lecteur de littérature allemande aux éditions du Seuil, il traduit plusieurs ouvrages, notamment avec Gilbert Badia Dialogue d’exilés de Bertolt Brecht, pour l’Arche, Marat-Sade de Peter Weiss, d’autres avec Gilbert Badia, Henri Auger, et Renée Cartelle, pour les Éditions Sociales, ainsi que L’Idéologie allemande de Karl Marx. Il traduit également les poèmes de Hölderlin qui resteront inédits jusqu’à leur publication dans Les cahiers de l’Herne, en 2005. Il publie plusieurs articles critiques en littérature internationale dans Les Temps modernes.

De son premier mariage avec Lucile, il a deux enfants, Gilles et Anne. En pleine guerre d’Algérie, sa paternité lui vaut de rester dans la région parisienne pendant son service militaire, comme archiviste au Centre du cinéma des armées (où il rencontre l’acteur Jean-Louis Trintignant).

Jean Baudrillard fait sa seconde rupture en cessant l’enseignement secondaire, et opte pour la philosophie politique en entreprenant une thèse de doctorat en troisième cycle de sociologie de la vie quotidienne, discipline associée à la sociologie urbaine et fondée en France par le philosophe Henri Lefebvre, tout en suivant les cours de Roland Barthes à la VIe section de l’École pratique des hautes études.

Son premier ouvrage théorique, Le Système des objets, paraît en 1968 - tardivement selon ses propres mots, puisqu’il est alors âgé de 39 ans. En même temps, Jean Baudrillard est devenu chargé de cours (puis assistant et maître de conférence) à l’université de Nanterre, dans le département d’Henri Lefebvre. N’ayant jamais voulu soutenir de thèse, il n’obtiendra jamais le statut de professeur des universités, malgré plus de vingt ans passés à enseigner à Nanterre.

Jean Baudrillard est l’une des figures pédagogiques de référence des activistes du mouvement du 22-Mars. Des années plus tard, Baudrillard déclarera :

« On passait de l’histoire transcendante, la grande Histoire, à une sorte de contre-histoire. On descendait vers l’anodin et la banalité qui devenaient des objets dignes d’intérêt sur le plan historique (...) On était déjà redescendu de l’Histoire, des grands mouvements sociaux et historiques. Et finalement, sous ses airs un peu bénins, cette plongée dans la vie quotidienne, même si je n’aime pas beaucoup ce terme qui est un peu réducteur, c’était quand même une espèce de révolution. En fait, plutôt une involution par rapport à l’Histoire. On descendait de la transcendance de l’Histoire dans une espèce d’immanence de la vie quotidienne, et à travers elles toutes ces choses telles que la sexualité qu’on avait largement oubliées dans l’idéalisme historique. »

Il est également l’un des créateurs de la revue-groupe « Utopie » (1967/1980), enseignant à l’université Paris-X Nanterre et directeur scientifique à l’université Paris-IX Dauphine (1986/1990), et cofondateur du comité de rédaction du CCI en 1967 puis du CNAC Pompidou, Traverses. Il était enfin membre de la direction de la revue canadienne anglophone Ctheory (en).

Critique du rationalisme et de l’épistémologie scientifiques et des concepts relatifs de réalité et de virtualité, sa philosophie l’a amené à accepter l’honneur de Satrape du Collège de ’Pataphysique en 2001. En fait, la Pataphysique lui est connue depuis sa classe de Philosophie à Reims, où il a été introduit à 18 ans par son professeur même, dans cette « science des solutions imaginaires ». Il est membre de l’Institut de recherche sur l’innovation sociale au CNRS[réf. nécessaire] et rédige de nombreux articles et critiques dans la presse. Il montre comment les tendances sociologiques contemporaines comme les commémorations, les « tsunactions » (réaction de la société comme celle qui a eu lieu après le tsunami qui a frappé les côtes sud-asiatiques en 2005) et autres excès sont les moyens obscènes de l’extension quasi- « totalitaire » du Bien pour obtenir une cohésion.

Il inspire de nombreux artistes, musiciens et cinéastes, depuis les simulationnistes de New York jusqu’aux frères Wachowski de Matrix, dont il dénonça la récupération : « Matrix, c’est un peu le film sur la Matrice qu’aurait pu fabriquer la Matrice »6. Malgré Le Complot de l’art, critiquant vivement la « nullité » de l’art contemporain, Jean Baudrillard était un amateur d’art ; les archives au Whitney Museum en attestent. Il a aussi cherché son inspiration dans la science-fiction, où sans doute il pioche diverses idées stylistiques, notamment l’excès hyperbolique qu’il appliquera expérimentalement dans son propre cadre d’écriture sociologique.

Il disait en toute chose : « Je ne trouve pas mes solutions dans la loi ».

La vie de Jean Baudrillard, c’est aussi son engagement social insolent contre les académismes, le pouvoir et sa pensée elle-même. Bien des malentendus en résultent. En fait, tous les choix radicaux de son œuvre sont liés : la liberté de sa pensée et la forme intellectuelle de son activisme.

Chanson :

Jean Baudrillard est aussi l’auteur de textes chantés par Megumi Satsu, chanteuse japonaise : Suicide-moi et Lifting zodiacal.

Photographie :

L’œuvre photographique constitue une exploration parallèle des voyages et des décors collectifs ou familiers du philosophe. Elle aurait commencé avec un appareil automatique qui lui aurait été offert lors de son premier voyage comme invité au Japon, en 1981 ; il est certain que le gadget devint un compagnon inséparable, accompagnant tous les déplacements de celui devenu l’« objecteur de vision » ; puis les photos développées changèrent de format, structurant l’œuvre seconde... Elle est complémentaire de son œuvre écrite et permet de saisir l’« objet qui vient se débarrasser du sujet en se donnant à l’objectif », y compris son propre corps photographié, ce que l’écriture n’aurait pu actualiser.

Jean Baudrillard a été solidaire et amical avec des philosophes postmodernes de sa génération et les a visités jusque dans leurs derniers moments. Lui-même a rencontré la solidarité de ses proches amis, notamment Michel Maffesoli, Edgar Morin, Marc Guillaume, Jacques Donzelot, François Barré, Paolo Fabbri, Jean-Paul Curnier, Françoise Gaillard, Sylvère Lotringer, Hubert Tonka (en), Jean Nouvel, Yann Kersalé, François Seguret, Henri-Pierre Jeudy, Guy Peellaert et d’autres rencontrés plus tard, tel François L’Yvonnet.

En 1995, il épouse Marine Dupuis, directrice de la photographie du magazine Sciences et Avenir, entre autres, qui l’accompagnera dans la plupart de ses déplacements pour les conférences et les expositions.

En 2005, il reçoit la Médaille d’Or du Círculo de Bellas Artes (Espagne).

Une cérémonie sans condoléances :

Le 13 mars 2007, Jean Baudrillard est mis en terre au cimetière du Montparnasse, à Paris. Cérémonie laïque et sans condoléances avec des interventions officielles et privées contradictoires, situation cocasse faisant dire au philosophe René Schérer, présent parmi le public : « Tout ça est parfaitement normal, l’enterrement de Baudrillard n’a pas eu lieu et c’est tant mieux, à présent il va vivre ».

Son œuvre forme un dispositif expérimental en triptyque dont chaque partie présente un miroir critique de l’autre : l’œuvre éditée, l’œuvre médiatique, l’œuvre photographique.