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AXELOS Kostas (1924-2010)

12eme division
jeudi 12 février 2015.
 

Philosophe et traducteur

Kostas Axelos, voit le jour à Athènes le 26 juin 1924.

Décédé à Paris le 4 février 2010.

Philosophe, éditeur et traducteur français d’origine grecque.

Professeur à la Sorbonne, spécialiste d’Héraclite, influencé par Platon, Hegel, Marx, Nietzsche et Heidegger, mais aussi Rimbaud, Hölderlin ou Mallarmé1, il a rejoint en 1957 puis dirigé à partir de 1960 la revue Arguments à laquelle participaient notamment Edgar Morin et Jean Duvignaud, avant de fonder en 1960 et diriger pendant plus de quarante ans, aux Éditions de Minuit, la collection du même nom, qui fit découvrir en France certains des plus importants penseurs de l’époque, comme Eugen Fink, Herbert Marcuse, Rudolf Hilferding, Karl Korsch, permit la redécouverte de marxistes hétérodoxes comme Georg Lukács, et accueillit aussi des auteurs comme Georges Bataille, Maurice Blanchot ou Jaspers.

Il a publié une vingtaine de livres, la plupart en français mais aussi en grec et en allemand. Ses œuvres ont été traduites en 16 langues.

Il naît dans une famille de la bourgeoisie athénienne (son père était médecin). Son frère et lui reçoivent une éducation en trois langues (grec, allemand, français) ; il reçoit sa formation secondaire au lycée d’Athènes, à l’École allemande, et à l’Institut français, avant d’entreprendre des études de droit et d’économie.

Avec le début de Seconde Guerre mondiale Alexos s’initie à la politique. Pendant l’occupation italienne puis allemande il participe à la Résistance grecque, comme organisateur et journaliste membre du Parti Communiste (1941-1945).

Il sera ensuite exclu du Parti pour déviationnisme. Arrêté par le gouvernement d’extrême-droite dans la période confuse qui précède la Guerre civile grecque, il est enfermé dans un camp en bord de mer d’où il s’évade de nuit à la nage en décembre 1944.

Grâce aux efforts du directeur de l’Institut français, avec une centaine d’autres jeunes Grecs dont Cornelius Castoriadis il embarque sur le Mataroa et rejoint Paris en décembre 1945. Fin 1945, il est condamné à mort par contumace, par une cour martiale grecque. C’est en France qu’il vivra désormais ; il ne revient pour la première fois en Grèce, pour l’été, qu’en 1956.

Diverses rencontres marquent ses premières années en France : André Breton en 1947, Pablo Picasso en 1948, mais aussi et surtout Jean Beaufret, François Châtelet, Henri Lefebvre et Martin Heidegger, dont la pensée l’influence et qu’il rencontre en 1955 au Centre culturel international de Cerisy-la-Salle.

De 1950 à 1957 il est chercheur au CNRS, avant de travailler à l’École pratique des hautes études. Ses premiers textes sont publiés, et il rejoint en 1957 l’équipe de la revue Arguments, fondée l’année précédente par Edgar Morin, Roland Barthes, Jean Duvignaud et Colette Audry, qui veut propulser une critique radicale du stalinisme et plus généralement reconsidérer le « mode marxiste de penser », par l’intégration des sciences sociales et de pensées hétérodoxes (Lukacs, Marcuse, Korsch). Morin délaissant la revue, Axelos en devient le rédacteur en chef en 1960 et le restera jusqu’au dernier numéro, paru en 1962.

Il soutient, en 1959, ses thèses doctorales sur la philosophie poétique de Héraclite (publiée sous le titre Héraclite et la philosophie, 1962) et sur Marx penseur de la technique (publiée en 1961), qui, dans une perspective heideggerienne, inscrit l’auteur du Capital dans l’histoire de la métaphysique moderne, comme son sommet ou son plus complet déploiement.

Ces deux livres inaugurent sa première trilogie, qu’il intitulera plus tard Le Déploiement de l’errance. Elle s’achève avec Vers la pensée planétaire (1964) où figurent notamment ses réflexions sur Rimbaud et le lien entre l’ontologie et la littérature.

De 1962 à 1973 il enseigne la philosophie à la Sorbonne, avant de revenir au CNRS. Au fil des livres, il développe et reprend les grands concepts qui organisent sa pensée : le temps, le monde, le jeu. Le Déploiement du jeu, sa seconde trilogie, comprend Contribution à la logique (1977), Le Jeu du monde (1969) et Pour une éthique problématique (1972). La troisième (Le Déploiement d’une enquête) comprend Arguments d’une recherche (1969), Horizons du Monde (1974) et Problèmes de l’enjeu (1979).

Il est proche de Gilles Deleuze, avant que ce dernier ne s’éloigne à la suite d’un article d’Axelos (« Sept questions à un philosophe », Le Monde, 28 avril 1972) à la sortie de L’Anti-Œdipe (écrit en collaboration avec Félix Guattari).

Alors même qu’il élabore une œuvre considérable, dès les années 1970 sa présence publique est plus discrète. Il s’en expliquera dans une interview donnée en 2005 : « Je ne me considère pas comme un intellectuel, c’est-à-dire comme quelqu’un qui donne son avis sur toutes les choses à longueur de jour et de nuit. J’ai des préférences personnelles en ceci, en cela, mais ce que je pense et ce que j’essaie de faire, tout en m’adressant, pour reprendre un mot de Nietzsche, « à tous et à personne », ne peut que rester souterrain et exercer, si ça doit jamais l’exercer, un pouvoir invisible plutôt que visible. »2

Décédé à 85 ans, il est inhumé à Paris, au cimetière du Montparnasse, le 11 février 20103.

À noter le livre biographique avec une approche théorique "Kostas Axelos : Une vie pensée, une pensée vécue" d’Eric Haviland, préface de Jean-Michel Palmier aux éditions L’Harmattan.