Navigation







Ecrivains - Littérateurs - Professeurs

ARON Raymond (1905-1983)

24eme division
jeudi 12 février 2015.
 

Ecrivain et philosophe français

Raymond Claude Ferdinand Aron, voit le jour le 14 mars 1905 à Paris.

Décédé le 17 octobre 1983 à Paris.

Philosophe, sociologue, politologue, historien et journaliste français.

D’abord ami et condisciple de Jean-Paul Sartre et Paul Nizan à l’École normale supérieure, il devient, lors de la montée des totalitarismes, un ardent promoteur du libéralisme, à contre-courant d’un milieu intellectuel pacifiste et de gauche alors dominant. Il dénonce ainsi, dans son ouvrage L’Opium des intellectuels, l’aveuglement et la bienveillance des intellectuels à l’égard des régimes communistes.

Pendant trente ans, il est éditorialiste au quotidien Le Figaro. Durant ses dernières années, il travaille à L’Express. Grâce à des compétences et des centres d’intérêt multiples - en économie, sociologie, philosophie, géopolitique - il se distingue et acquiert une grande réputation auprès des intellectuels. Ses convictions libérales et atlantistes lui attirent de nombreuses critiques, venant des partisans de la gauche, comme de ceux de la droite.

Il garde néanmoins tout au long de sa vie un ton modéré. Il est un commentateur reconnu de Karl Marx, Carl von Clausewitz, Kojève et Sartre.

En tant qu’éditorialiste reconnu, « son œil critique et sa lucidité sur de nombreuses questions [...] ont livré des visions plus justes et plus claires des événements, faisant de lui un modèle de ce que voulait son maître Alain quand il disait : Penser, c’est dire non »1.

Raymond Aron est issu d’une famille juive et d’un milieu plutôt aisé des deux côtés. Ses parents sont Gustave Émile Aron et Suzanne née Levy. Son grand-père maternel, Léon Levy, possédait une usine de textile dans le nord du pays2. Sa famille paternelle venait de Lorraine où elle était établie depuis la fin du XVIIIe siècle. Son grand-père paternel, Isidore (dit Ferdinand) Aron, était grossiste en textile à Rambervillers puis Nancy (Lorraine), un de ses grands-oncles paternels, Paul était le père de Max Aron, biologiste à Strasbourg). Ferdinand, le grand-père paternel de Raymond prédit à celui-ci à sa naissance une grande carrière. Gustave Aron refusa de prendre la suite de l’affaire familiale et fit de brillantes études de droit ; il publia des travaux juridiques, mais n’étant reçu que deuxième à l’agrégation de droit alors qu’un seul poste était attribué, il abandonna la perspective d’enseigner à l’université et devint professeur de droit à l’École normale supérieure d’enseignement technique. Au début du siècle, il arrêta de travailler, vivant de l’héritage familial, faisant construire une maison à Versailles en 1913-1915 avec un court de tennis. La famille Aron retourna ensuite à Paris. Après la guerre, Gustave investit en bourse, mais sa fortune fut perdue du fait de la crise économique de 1929 et il fut obligé de reprendre un emploi. Il mourut en 1934 d’une crise cardiaque. Sa mère quant à elle mourut en juin 1940 à Vannes.

Cette fortune a permis aux trois enfants Aron de mener une vie aisée et de faire des études. Le frère aîné de Raymond, Adrien (1902-1969), a étudié au lycée Hoche, poursuivant par une classe de mathématiques supérieures et une licence en droit, mais il était plus attiré par une vie facile et devint un grand joueur de tennis et de bridge, menant une vie de « flambeur », à l’opposé de Raymond et au grand dam de leur père. Avant la naissance d’Adrien, la mère avait accouché d’un enfant mort-né. Après Raymond vint un troisième garçon, Robert, qui obtint une licence en droit et en philosophie, publia une étude sur Descartes et Pascal puis, après son service militaire, entra dans l’administration de la Banque de Paris et des Pays-Bas (devenue BNP-Paribas) grâce à Raymond qui jouait régulièrement au tennis avec son directeur.

Raymond Aron épouse en 1933 Suzanne Gauchon (1907-1997), d’ascendance dauphinoise et lyonnaise, avec laquelle il eut trois filles : Dominique Schnapper, sociologue et membre du Conseil constitutionnel de 2001 à 2010, Emmanuelle et Laurence.

Il étudie au lycée Hoche à Versailles où il obtient son baccalauréat en 1922. Il est élève en khâgne au lycée Condorcet (Paris) d’octobre 1922 à 19249, date à laquelle il est reçu à l’École normale supérieure, rue d’Ulm. Ses camarades sont alors Paul Nizan, Georges Canguilhem et Jean-Paul Sartre. Paul Nizan est plus qu’un camarade pour lui, c’est un véritable ami, au moins pendant ses années à l’École normale supérieure. Il admire aussi bien Paul Nizan que Jean-Paul Sartre pour leur intelligence ; il juge le premier meilleur écrivain (il admire Aden Arabie, mais aime moins Les Chiens de garde), le second meilleur philosophe.

Il est alors influencé par les idées pacifistes du philosophe Alain, influence dont il se détachera à partir des années 1930. Engagé politiquement, il milite quelque temps à la SFIO12. En 1927, il signe avec ses condisciples la pétition - parue le 15 avril dans la revue Europe - contre la loi sur l’organisation générale de la nation pour le temps de guerre, qui abroge toute indépendance intellectuelle et toute liberté d’opinion. Son nom côtoie ceux d’Alain, Lucien Descaves, Louis Guilloux, Henry Poulaille, Jules Romains, Séverine...

En 1928, il est reçu 1er à l’agrégation de philosophie, alors que Sartre est recalé à l’écrit, avant d’être à son tour reçu 1er l’année suivante, et avec un total de points supérieur à Aron l’année précédente. Emmanuel Mounier est second. Aron se rend à partir de 1930 en Allemagne où il étudie un an à l’université de Cologne, puis de 1931 à 1933 à Berlin, où il est pensionnaire de l’Institut français créé en 1930 et fréquente l’université de Berlin. Il observe alors la montée du totalitarisme nazi, phénomène qu’il relate dans ses Mémoires.

Carrière professionnelle :

Il revient en France en 1933, tandis que Sartre est à son tour pensionnaire à l’Institut français de Berlin. Il enseigne un an la philosophie au lycée du Havre (le lycée François-Ier, où Sartre lui succèdera également) puis vit à Paris jusqu’en 1940. Il est alors secrétaire du Centre de documentation sociale de l’École normale supérieure et professeur à l’École normale supérieure d’enseignement primaire à Paris.

En 1935, il publie La sociologie allemande contemporaine où il introduit l’idée - nouvelle - de la relativité et d’indéterminisme en sociologie. En 1938, il obtient son doctorat ès-Lettres avec une thèse intitulée Introduction à la philosophie de l’histoire ainsi qu’un essai sur la théorie de l’histoire dans l’Allemagne contemporaine. En 1939, il est maître de conférences en philosophie sociale à la faculté des lettres de Toulouse, avant d’être mobilisé dans l’armée française.

Le 24 juin 1940, il embarque sur un navire britannique transportant une division polonaise, le HMS Ettrick, à Saint-Jean-de-Luz et il rejoint Londres où il reste jusqu’en 1945. Brièvement engagé dans les Forces françaises libres, il devient rédacteur de La France Libre, une revue créée par André Labarthe, indépendante de la France libre et souvent critique vis-à-vis du général de Gaulle. Il fait ainsi sa première expérience de l’écriture journalistique qu’il n’abandonnera plus jusqu’à sa mort.

En 1944 le doyen de l’université de Bordeaux lui propose la chaire de sociologie, mais il refuse car il veut s’orienter vers le journalisme (il regrettera ce choix plus tard).

Une fois la guerre achevée, il s’installe à Paris et devient professeur à l’École nationale d’administration de Paris entre 1945 et 1947. Puis, de 1948 à 1954, il est professeur à l’Institut d’études politiques de Paris. Il est chargé d’enseignement dès 1955 puis, à partir de 1958, professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de l’université de Paris ; directeur d’études à l’École pratique des hautes études de 1960 à 1983 ; professeur au Collège de France titulaire de la chaire « Sociologie de la civilisation moderne » de 1970 à 1978.

En 1978, il fonde avec Alain Ravennes le CIEL (Comité des intellectuels pour l’Europe des libertés) et avec l’aide de Jean-Claude Casanova, il crée la revue Commentaire. Un Centre d’études de philosophie politique porte le nom de Centre Raymond-Aron à l’École des hautes études en sciences sociales, boulevard Raspail à Paris (EHESS).

Journalisme :

À la suite de son expérience de rédaction dans la revue La France libre et Combat, il se lance après guerre dans le journalisme, qu’il ne quittera plus jusqu’en 1983. Cette même année 1945, il fonde avec Sartre la revue Les Temps modernes. De 1946 à 1947, il collabore à Combat, avec Albert Camus.

En 1947, en désaccord avec Sartre, Raymond Aron quitte la rédaction des Temps Modernes et rejoint Le Figaro comme éditorialiste, poste qu’il occupe jusqu’en 1977. De 1965 à 1966, il est président de la société des rédacteurs. De 1975 à 1976, il est membre du directoire de la société. De 1976 à 1977, il est directeur politique du journal.

Il quitte le journal en 1977 et rejoint le journal L’Express comme président du comité directeur, poste qu’il occupe jusqu’à sa mort en 1983. Parallèlement, il est chroniqueur à la radio Europe 1 de 1968 à 1972.

Le 17 octobre 1983, il meurt d’une crise cardiaque en quittant le palais de justice de Paris après avoir témoigné en faveur de Bertrand de Jouvenel lors du procès qui oppose ce dernier à Zeev Sternhell.

Sources : Wikipédia et divers (APPL 2015)