Navigation







Hommes politiques - Ministres - Représentants du peuple

BARRE Raymond (1924-2007)

18eme division (1ere ligne)
dimanche 8 février 2015.
 

Ancien premier ministre

Raymond Barre, voit le jour le 12 avril 1924 à Saint-Denis (La Réunion).

Décédé le 25 août 2007 à Paris.

Economiste et homme politique français.

Professeur d’université, il est vice-président de la Commission européenne, chargé de l’Économie et des Finances, de 1967 à 1973.

Raymond Barre occupe les fonctions de ministre du Commerce extérieur du gouvernement Jacques Chirac I du 12 janvier au 25 août 1976, date à laquelle il est nommé Premier ministre par le président de la République, Valéry Giscard d’Estaing.

Il met en œuvre une politique monétaire visant à réduire la pression de la monnaie sur les prix et une politique budgétaire stricte du fait de la hausse de la dette.

Il démissionne après la victoire du candidat socialiste, François Mitterrand, à l’élection présidentielle de 1981.

Candidat soutenu par l’UDF à l’élection présidentielle de 1988, il arrive en troisième position avec 16,54 % des suffrages. Il est par ailleurs député du Rhône de 1978 à 2002 et maire de Lyon de 1995 à 2001.

Politiquement classé au centre-droit et proche de l’UDF, Raymond Barre est un des rares hommes politiques français contemporains à avoir occupé d’aussi hautes fonctions sans jamais avoir été membre d’un parti politique, ayant toujours souhaité rester un « homme au-dessus des partis » et s’estimant « inclassable ».

La famille Barre est installée à Saint-Denis, à La Réunion, depuis 1843. Raymond Barre est le fils de René Barre, négociant, et de Charlotte Déramond. René Barre, fils d’un directeur de pénitencier en poste à la Guyane puis en Nouvelle-Calédonie, s’était engagé en 1915, à 17 ans, amoureux d’une jeune fille de grande famille, Charlotte Déramond, héritière des Velfeux-Martin, sucriers, par sa mère, et fille d’Octave Déramond, chirurgien. Ses parents se séparent, lorsque Raymond Barre a quatre ans, suite à une affaire frauduleuse dans laquelle son père a été impliqué, jugé aux assises le jeudi 26 janvier 1928 avec son associé et conseiller Jules Bocquée, puis acquitté. Il ne reverra jamais plus son père, décédé le 18 mars 1975.

À l’exception de quelques mois à Paris en 1934, il passe son enfance sur son île natale de La Réunion dans une imposante case créole de Saint-Denis autrefois habitée par le poète Léon Dierx, une villa aujourd’hui appelée Déramond-Barre.

Là, il se retrouve d’abord dans la même école maternelle que Raymond Bourgine, l’école de l’Immaculée Conception, avant d’être scolarisé au lycée Leconte-de-Lisle aux côtés de Paul et Jacques Vergès. Ce dernier lui dispute la place de premier de la classe, mais en vain, car Raymond est un brillant lycéen malgré l’absence de son père, homme d’affaires malheureux parti pour l’île Maurice. Il entre d’ailleurs à la faculté de droit de La Réunion au sortir du lycée.

Mobilisé à l’âge de vingt ans, il doit mettre de côté son vœu d’étudier la médecine à Montpellier comme l’avait fait le reste de sa famille avant lui. Il part en 1945 pour Madagascar rejoindre son régiment d’artillerie et débarque à Tamatave, d’où il doit s’embarquer pour l’Indochine. Mais Américains et Britanniques ne fournissent pas les navires de transport nécessaires avant la fin de la Seconde Guerre mondiale. Démobilisé, il prend le bateau pour Paris le 15 janvier 1946.

Économiste de profession :

Logé à la Cité internationale universitaire jusqu’en 19503, il décroche plusieurs diplômes et concours de l’enseignement supérieur : agrégation de droit et de sciences économiques en 1950 dont il finit deuxième1 et le diplôme de l’Institut d’études politiques de Paris.

En 1953, il traduit l’ouvrage du libéral Friedrich Hayek paru l’année précédente : Scientisme et sciences sociales, Essai sur le mauvais usage de la raison.

Il est nommé professeur à la Faculté de droit et de sciences économiques de Caen, mais ne rejoint pas son poste immédiatement et, pendant quatre années, effectue des missions à l’Institut des hautes études de Tunis. Il publie en 1959 un manuel d’économie qui restera longtemps utilisé par les étudiants et qui est appelé familièrement Le Barre. Il devient ensuite professeur d’économie à l’Institut d’études politiques de Paris, à la faculté de droit et de sciences économiques de Paris, ainsi qu’à l’École centrale Paris.

De 1959 à 1962, Raymond Barre est directeur de cabinet de Jean-Marcel Jeanneney, ministre de l’industrie.

Le 19 novembre 1954, Raymond Barre épouse une femme hongroise, avec qui il aura deux fils.

Un europhile convaincu :

En 1967, il est nommé vice-président de la Commission européenne, responsable des Affaires économiques et financières, poste qu’il occupera jusqu’en 1973.

Son mandat a été marqué par son action en faveur de l’union économique et monétaire entre les six États membres de la Communauté économique européenne. C’est à son initiative qu’a été élaboré un mémorandum en février 1968 sur la politique monétaire de la Communauté économique européenne, préconisant un dispositif d’assistance réciproque entre les États membres, et la définition d’une unité de compte européenne. Le 12 février 1969, un document connu sous le nom de « premier plan Barre », propose ensuite au nom de la Commission européenne une « convergence des orientations nationales » ainsi qu’une « concertation des politiques économiques ». Au Sommet de La Haye, les gouvernements des six États membres de la CEE se donnent pour objectif l’Union économique et monétaire : le plan Barre sert alors de travail préparatoire. Puis, le 4 mars 1970, la Commission européenne présente au Conseil de l’Union européenne une communication appelée « deuxième plan Barre » proposant trois étapes devant aboutir en 1978 à une Union économique et monétaire. Ce document servira de base à la constitution du groupe présidé par Pierre Werner, qui va élaborer le document connu sous le nom de « Plan Werner », étape suivante dans l’histoire de l’Union économique et monétaire européenne ayant mené à l’euro.

Le 25 août 1976, Raymond Barre est nommé Premier ministre par le président Valéry Giscard d’Estaing, après la démission du gouvernement de Jacques Chirac. Le président Giscard d’Estaing, avec qui il avait des réunions régulières à Bruxelles plusieurs années auparavant, dit alors de lui qu’il est « l’un des meilleurs économistes de France »6. Il est d’ailleurs aussi nommé ministre de l’Économie et des Finances, fonction qu’il occupe jusqu’en mars 1978. C’est la seule fois que, sous la Ve République, un chef de gouvernement exerce en même temps une autre fonction ministérielle.

Confronté aux hausses du chômage et de l’inflation liées à la crise économique mondiale des chocs pétroliers, Raymond Barre mène une politique d’austérité économique, plus couramment nommée par les économistes comme celle de « la rigueur ». Il ne parvient cependant à juguler ni le premier, ni la seconde à l’instar de ce qui se passera dans tous les pays européens à l’exception de la Grande-Bretagne de Margaret Thatcher. Il résume les problèmes économiques du pays par une formule : La France vit au-dessus de ses moyens.

Son plan de restructuration de la sidérurgie en 1979, consistant à quasi-nationaliser les usines concernées, sauvegarde une industrie sidérurgique en France qui donnera plus tard naissance au groupe Arcelor. Ce plan implique la suppression de plusieurs dizaines de milliers d’emplois, et de violents mouvements de protestations en découlent. Il permet néanmoins de reconstruire un groupe plus moderne et créateur d’emplois. Son gouvernement engagera de plus le plan nucléaire. Cependant sa politique est contestée par la gauche, mais aussi le parti gaulliste, l’obligeant durant ses fonctions à engager dix fois la responsabilité de son gouvernement devant l’Assemblée nationale. Il en gardera toujours une rancœur contre le RPR.

À La Réunion, où il conserve des contacts avec quelques élus comme Pierre Lagourgue et Marcel Cerneau, il décide de la construction du second bassin du Port de la Pointe des Galets.

Par ailleurs, son passage à Matignon est marqué par la mort en 1979, dans des circonstances qui donnent lieu à une importante polémique, du ministre du Travail, Robert Boulin. Vingt-six ans plus tard, alors que, selon la version officielle, le cadavre de Robert Boulin n’aurait été retrouvé dans un étang de la forêt de Rambouillet qu’huit heures 40, Raymond Barre affirmera avoir été prévenu de la découverte du corps à trois heures du matin, comme l’attestent les propos qu’il a tenus en 2005 au micro de Benoît Collombat, grand reporter à France Inter et auteur de Un homme à abattre, et comme il le répètera, en 2006, dans son livre de souvenirs L’expérience du pouvoir.

Le 3 octobre 1980, à la suite de l’attentat de la rue Copernic, il déclare sur TF1 : « Cet attentat odieux qui voulait frapper les Israélites qui se rendaient à la synagogue et qui a frappé des Français innocents qui traversaient la rue Copernic ». Cette maladresse ayant suscité une nouvelle polémique, l’intéressé, prenant la parole le 8 octobre 1980 à la tribune de l’Assemblée nationale, tient à assurer ses « compatriotes juifs » de la « sympathie de l’ensemble de la nation ».

Au début de 1981, la cote de popularité de Raymond Barre est alors au plus bas, de sorte que Giscard d’Estaing le maintient délibérément à l’écart de sa campagne présidentielle.

Il annonce, après la défaite de Giscard d’Estaing à l’élection présidentielle, la démission de son gouvernement. Il souligne les aspects positifs de son action et condamne ceux qui ont « joué au quitte ou double le sort de la Ve République ». Le Premier ministre prédit par ailleurs que la gauche sera obligée de revenir dans les trois ans à la politique qu’il avait menée (le « tournant de la rigueur » de 1983 lui donnera raison). Raymond Barre expédie les affaires courantes jusqu’à l’investiture du socialiste François Mitterrand à la présidence de la République, dix jours plus tard, et à la nomination de son successeur à Matignon, Pierre Mauroy.

Raymond Barre se replie alors sur une circonscription électorale de Lyon, où il se fait élire à l’Assemblée nationale lors des législatives de juin 19811. Député du Rhône, il sera dès lors volontairement « apparenté » au groupe centriste et sera toujours réélu jusqu’en 2002. Il reprend également à cette époque ses cours à Sciences-Po.

Après le refus de Valéry Giscard d’Estaing de se présenter à l’élection présidentielle de 1988, les différentes composantes de l’UDF se prononcent en faveur de la candidature de Raymond Barre, qui n’est pas membre du parti mais en est proche. Celui-ci se déclare candidat le 8 février 1988, au Palais des congrès de Lyon. Les sondages donnent longtemps Raymond Barre présent au second tour, devant Jacques Chirac, et certains le donnent même vainqueur face à François Mitterrand. Pendant la campagne, les intentions de vote en sa faveur diminuent et il obtient finalement 16,54 % des voix au premier tour, mais l’écart avec Jacques Chirac est moins important que prévu. En vue du second tour, il apporte son soutien à Chirac face à François Mitterrand. Plus tard, ce dernier rendra hommage à Raymond Barre en le qualifiant de « véritable homme d’État ». Raymond Barre se définira lui-même comme « un homme carré dans un corps rond ».

Déjà député du Rhône, il brigue en 1995 le poste de maire de Lyon, ambitionnant de faire de la ville « le coeur du Grand Sud-Est européen ».

Il annonce dès le début de son mandat qu’il ne se représentera pas aux élections municipales de 2001 et se retire de la vie politique en juin 2002, ne se représentant pas aux élections législatives cette année-là.

Dernières années de sa vie et hommages :

Lors d’une interview diffusée sur France Culture le 1er mars 2007, il revient sur sa réaction à la suite de l’attentat de la rue Copernic estimant que cette affaire fut orchestrée « par le lobby juif le plus lié à la gauche, [...] capable de monter des opérations qui sont indignes. » Cette interview a été vivement critiquée par le Crif et par le cinéaste Claude Lanzmann, qui accuse Raymond Barre d’antisémitisme. Ce dernier se déclarera « indigné et attristé » par ces accusations , affirmant que « l’antisémitisme et le racisme sont contraires à [s]es convictions personnelles ».

Aux problèmes rénaux, dont Raymond Barre souffrait depuis des années et qui l’obligeaient à de régulières séances de dialyses, s’ajoutaient des problèmes cardiaques. Le 11 avril 2007, il est hospitalisé en urgence au Centre cardio-thoracique de Monaco à la suite d’un malaise cardiaque survenu dans sa maison de Saint-Jean-Cap-Ferrat, puis transféré par hélicoptère à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce, à Paris, au sein du service de cardiologie. Il décède le 25 août 2007, à l’âge de 83 ans, à l’hôpital du Val-de-Grâce.

Ses obsèques sont célébrées par l’archevêque de Paris, Mgr André Vingt-Trois, le 29 août 2007 dans la chapelle du Val-de-Grâce, en présence de nombreuses personnalités dont le président de la République Nicolas Sarkozy. Il est inhumé peu après à Paris, au cimetière du Montparnasse, au sein de la 18e division.

Le 18 octobre 2008, une esplanade Raymond-Barre a été inaugurée à Lyon, dans le sixième arrondissement, ville dont il fut maire. Le pont Raymond-Barre est mis en service sur le Rhône en février 2014 pour permettre au Tramway T1 d’enjamber le fleuve.

Sources : Wikipédia et divers (APPL 2015)