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Théâtre - Danse - Arts de la scène

MONFORT Sylvia (1923-1991)

93eme division
jeudi 16 février 2006.
 

Le TNP et le Carré Thorigny

Sylvia Monfort née Favre-Bertin a vu le jour le 6 juin 1923, dans le quartier du Marais, rue Elzévir, à deux pas de la rue de Thorigny où elle installera beaucoup plus tard son premier théâtre. Son père est le sculpteur Charles Favre-Bertin. Elle perd sa mère très jeune et son père la met en pension.

Elle fait de brillantes études secondaires au lycée Victor Hugo, studieuse et appliquée, elle obtient son baccalauréat à l’âge de 14 ans de demi. Son père souhaite l’orienter vers la Manufacture des Gobelins, mais, elle préfère le théâtre et suit alors les cours de Jean Hervé et Jean Valcourt.

En 1939, elle a 16 ans et fait la rencontre de Maurice Clavel qui dirige le réseau de la résistance d’Eure et Loir. Elle s’engage à ses côtés et participe à la libération de Chartres en 1944. Une fois la guerre terminée, ils se marient. Elle est décorée de la Croix de guerre par le Général de Gaulle et de la Bronze Star Medal par le général Patton.

En 1945, elle est l’interprète de Frederico Garcia Lorca dans La maison de Bernardo. Edwige Feuillère la remarque, elle devient la lectrice dans l’Aigle à deux têtes de Jean Cocteau en 1946. Elle fait la connaissance de Jean Vilar, par l’intermédiaire de son mari, en 1947. elle prend part à la grande aventure du Théâtre National Populaire (TNP). Ainsi, elle participe au premier festival d’Avignon avec l’Histoire de Tobie et Sara (1947). Elle est Chimène dans Le Cid, aux côtés de Gérard Philippe, présenté à Avignon, à Chaillot puis en tournée à travers l’Europe (1954).

On la retrouve dans Cinna et le Mariage de Figaro avec Jean Vilar. Sylvia Montfort devient alors une figure emblématique du TNP et du théâtre français dans le monde. Robert Bresson lui ouvre les portes du cinéma en 1943 pour jouer un rôle dans Les anges du péché. En 1948, elle tient le rôle d’Edith de Berg dans la version cinématographique de l’Aigle à deux têtes de Jean Cocteau avec Jean Marais comme partenaire. En 1954, Agnès Varda réalise son premier film (elle est alors photographe au TNP). Elle se souvient de Sylvia Montfort dans La pointe courte. Séparée de son mari, elle rencontre le réalisateur Jean-Paul Le Chanois, elle ne tarde pas à partager sa vie. Il lui donnera une longue carrière dans ses films. On la voit dans un film qui a un grand succès en 1955, Les évadés avec François Périer et Pierre Fresnay, elle a alors un bras dans le plâtre ! En 1957, on la retrouve en compagnie de Jean Gabin et Nicole Courcel dans Le cas du docteur Laurent, film sur l’accouchement sans douleur. J-P Le Chanois lui donne Par-dessus le mur, film méconnu (1961). Puis c’est l’éblouissante Eponine des Misérables, avec Jean Gabin et Bourvil en 1958.

Elle tourne ensuite Mandrin, bandit gentilhomme, aux côtés de Georges Rivière et Georges Wilson (1962). C’est son dernier film, il clôture sa carrière cinématographique et aussi sa liaison avec Jean-Paul Le Chanois. Elle part sur les routes avec Les Tréteaux de France de Jean Danet, oeuvrant ainsi à la décentralisation culturelle. Pendant prés de cinquante années, elle explore le théâtre de l’antique au contemporain.

Elle donne pas moins de cinq versions de Phèdre aussi bien au théâtre qu’à la télévision. Elle servira Racine et Corneille ; Elle donnera même des représentations dans le trou des Halles, bien avant l’actuel Forum. Puis en 1972, c’est le Carré Thorigny, qu’elle crée et dirige dans le quartier de son enfance, à Paris. Elle propose des spectacles novateurs. Elle s’intéresse au monde du cirque et organise une exposition Cirque en couleur, qui obtient un immense succès. Avec le concours d’Alexis Gruss, elle organise des représentations de cirque à l’ancienne dans la cour de l’Hôtel Salé situé en face du Carré. L’engouement du public est tel qu’elle fonde la première école de cirque et de mime en France. Il deviendra Cirque National en 1982.

En 1974, pour cause de transaction immobilière, le Carré Thorigny quitte son site et s’installe dans l’ancien théâtre de la Gaîté Lyrique le 1er octobre 1974. Mais le bâtiment est vétuste, elle est contrainte de s’installer sous un chapiteau au jardin d’acclimatation de 1978 à 1979. Elle doit une fois de plus déménager son chapiteau sur l’ancien emplacement des abattoirs de Vaugirard. Faute de crédits, le projet du Théâtre de la Gaîté Lyrique est purement et simplement abandonné.

Elle n’aura de cesse à travailler à l’implantation d’un nouveau Carré à Vaugirard. En 1986, la décision de construire le théâtre que l’on connaît. Mais malheureusement, Sylvia Montfort décède le 30 mars 1991, quelques mois avant l’achèvement du nouveau théâtre. Il sera inauguré en 1992 et porte son nom, Théâtre Sylvia-Montfort. Pierre Gruneberg, marié à Sylvia Monfort depuis le 24 mai 1990, fonde l’Association Prix Sylvia Montfort, en 1996, reprenant une idée de la grande comédienne. Ce prix est décerné tous les deux ans à une jeune tragédienne par un jury de professionnels.