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Féminisme - Militantes - Ecrivaines - Théoriciennes

WITTIG Monique (1935-2003)

89eme division
mercredi 29 octobre 2014.
 

Fondatrice du MLF

Monique Wittig voit le jour en 1935. Décédée en 2003.

Romancière et théoricienne féministe française, dont l’œuvre a beaucoup marqué le mouvement féministe et les théories de dépassement du genre.

Née le 13 juillet 1935 à Dannemarie dans le Haut-Rhin (France), Monique Wittig est l’une des initiatrices du Mouvement de libération des femmes.

Elle participe à partir d’octobre 1968 à un des nombreux groupes qui formeront le MLF4. En mai 1970, elle cosigne avec Gille Wittig, Margaret Stephenson (Namascar Shaktini) et Marcia Rothenburg, le premier texte du Mouvement français dans le mensuel L’Idiot international, « Combat pour la libération de la femme ». Le 26 août 1970, en compagnie de quelques femmes, elle dépose à l’Arc de Triomphe une gerbe à la femme du soldat inconnu - évènement considéré comme le geste fondateur du mouvement féministe en France. Elle porte la banderolle : « Un homme sur deux est une femme ». Une dizaine de manifestantes sont arrêtées.

En avril 1971, elle signe le Manifeste des 343 pour le droit à l’avortement, publié par le Nouvel Observateur.

En 1971, on la retrouve aux Gouines rouges, premier groupe lesbien constitué à Paris. Elle participe également aux Féministes Révolutionnaires et elle collabore à la revue Questions féministes.

Parcours littéraire :

En 1964, son premier roman, L’Opoponax, considéré comme un texte d’avant-garde sur les questions du genre, reçoit le Prix Médicis, avec le soutien de l’écrivain Marguerite Duras qui en dit : « C’est à peu près sûrement le premier livre moderne qui ait été fait sur l’enfance... C’est un livre à la fois admirable et très important parce qu’il est régi par une règle de fer, celle de n’utiliser qu’un matériau descriptif pur, et qu’un outil, le langage objectif pur... Un chef d’oeuvre. »8 L’Opoponax a été traduit dans les pays suivants : Allemagne, Danemark, Espagne, Etats-Unis, Finlande, Grande-Bretagne, Italie, Japon, Norvège, Pays-Bas, Suède et Tchécoslovaquie.

Ses œuvres littéraires suivantes ne passent pas inaperçues : Les Guérillères en 1969, un poème épique considéré comme une oeuvre majeure du féminisme, Le Corps lesbien en 1973, Brouillon pour un dictionnaire des amantes en collaboration avec Sande Zeig en 19759, Virgile, non en 1985, Paris-la-politique et autres histoires en 1999 et La pensée straight en 200110. Le chantier littéraire : témoignage sur l’expérience langagière d’un écrivain, sa thèse rédigée pour le diplôme de l’École des Hautes Études en Sciences sociales de Paris obtenu en 1986 (avec Gérard Genette, directeur, Louis Marin et Christian Metz, lecteurs), est publiée en 201011. Le chantier littéraire se veut, entre autres, un hommage de Monique Wittig à Nathalie Sarraute dont elle est l’amie depuis 1964.

En 1976, elle quitte Paris pour les États-Unis, où elle enseigne dans de nombreuses universités, notamment à l’Université de Californie, Berkeley et à l’Université de Tucson où elle donne ses derniers cours entre autres, au département des Études sur les Femmes.

Le film The Girl, tiré d’une nouvelle de Monique Wittig écrite en anglais, et réalisé par sa compagne Sande Zeig, sort en 2000.

Monique Wittig meurt d’une crise cardiaque le 3 janvier 2003 à Tucson (Arizona, États-Unis).

Théories :

Monique Wittig s’autoproclame « lesbienne radicale », formule qui désigne autant une préférence sexuelle qu’un choix politique. Ce choix se retrouve dans ses livres, et Monique Wittig ne mettra plus en scène que des femmes. Pour éviter toute confusion, elle précise : « Il n’y a pas de littérature féminine pour moi, ça n’existe pas. En littérature, je ne sépare pas les femmes des hommes. On est écrivain, ou pas. On est dans un espace mental où le sexe n’est pas déterminant. Il faut bien qu’on ait un espace de liberté. Le langage le permet. Il s’agit de construire une idée du neutre qui échapperait au sexuel ».

Théoricienne du féminisme matérialiste, elle dénonce le mythe de « la femme », met en cause l’hétérosexualité comme régime politique, base d’un contrat social auquel les lesbiennes refusent de se soumettre : « La femme n’a de sens que dans les systèmes de pensée et les systèmes économiques hétérosexuels. Les lesbiennes ne sont pas des femmes » en 1978.

Cela doit se comprendre dans le sens où, pour elle, la catégorie « femme » a été créée par et pour la domination hétérosexuelle-masculine et que par conséquent, une femme qui ne répond pas aux critères de « féminité » dictés par l’hétéronormativité et qui ne se soumet pas à l’« homme » n’est pas une femme mais une lesbienne.

Wittig appelle ainsi toutes les femmes à devenir « lesbiennes », le mot étant entendu d’un point de vue politique, pour un affranchissement de la classe femme, et non plus du point de vue de l’orientation sexuelle.

Monique Wittig développe une critique du marxisme (qui entrave la lutte féministe), mais aussi une critique du féminisme (qui ne remet pas en cause le dogme hétérosexuel), pour aboutir à une critique du dogme hétérosexuel, porté par la « pensée straight ». Elle affirme qu’il est nécessaire « de détruire le sexe pour accéder au statut d’homme universel ».

À travers ces critiques, Wittig prône une position universaliste forte. L’avènement du sujet individuel et la libération du désir demandent l’abolition des catégories de sexe.

Controverses sur la « fondation » du MLF[modifier | modifier le code] Monique Wittig raconte ses débuts au MLF dans un entretien recueilli en 1979 par la sociologue et militante Josy Thibaut, resté inédit jusqu’en 200815. En réaction au dépôt d’une association "MLF" et de la marque et du logo à l’INPI par Antoinette Fouque (avec Sylvina Boissonnas et Marie-Claude Grumbach), elle affirme « [...] j’étais la seule à penser à un mouvement de libération des femmes à cette époque-là, c’est pour ça que je devrais revendiquer le MLF. Attends, je vais le dire, pour que ce soit polémique, et pour dire après pourquoi ça me paraît si injuste, pourquoi ça n’a pas de sens »16. Elle place quatre femmes à la première réunion d’octobre 1968 qu’elle a convoquée : Josiane Chanel, Suzanne Fenn et Antoinette Fouque chez qui la réunion a lieu. Le groupe s’agrandit et les réunions suivantes ont lieu rue de Vaugirard chez Monique Wittig.

Œuvres :

1964 : L’Opoponax, éditions de Minuit (prix Médicis)

1969 : Les Guérillères, Minuit

1973 : Le Corps lesbien, Minuit

1976 : Brouillon pour un dictionnaire des amantes (avec Sande Zeig, sa compagne), Grasset - rééd. 2010

1985 : Virgile, non, Minuit

1992 : La Pensée straight, Balland « Le Rayon » - rééd. éditions Amsterdam

1999 : Paris-la-Politique, P.O.L.

2010 : Le Chantier littéraire, Presses universitaires de Lyon

Articles, Essais et Critiques :

« Combat pour la libération de la femme », L’Idiot international n°6, avec Gille Wittig, Margaret Stephenson, Marcia Rothenburg, Paris, mai 1970, p. 13-16 ; « For a Women’s Liberation Movement », traduction en anglais de Namascar Shaktini, On Monique Wittig, Theoretical, Political and Literary Essays, University of Illinois Press, 2005, p. 21-34.

« On ne naît pas femme », Questions féministes, 1980.

« Le Cheval de Troie », Vlasta n°4, Spécial Monique Wittig, mars 1985 ; « The Trojan Horse », Feminist Issues, 1985, p. 45-49.

« Quelques remarques sur Les Guérillères », L’Esprit créateur, 1996, p. 116-122.

« Avatars », L’esprit créateur, vol. 36, n°2, été 1996.

« Le déambulatoire : Entretien avec Natalie Sarraute », L’Esprit créateur, vol. 36, n°2, été 1996, p. 3-8.

Théâtre, cinéma :

Le Voyage sans fin, pièce de théâtre montée par la compagnie Renaud-Barrault ; publiée dans Vlasta n° 4, mars 1985.

The Girl, scénario du film de Sande Zeig d’après une nouvelle de l’auteur, 2000.

Traductions :

Herbert Marcuse, L’Homme unidimensionnel, traduction de l’anglais (avec l’auteur), Minuit, 1968.

Isabel Barreno, Teresa Horta, Fatima Velho Da Costa, Nouvelles lettres portugaises, traduit du portugais avec Evelyne Le Garrec et Vera Alves da Nobrega, Seuil, 1974.

Djuna Barnes, La Passion, Flammarion, 1982.

Film en mémoire de Monique Wittig :

Les Égarés d’André Téchiné sorti en 2003

Elle repose dans la 89eme division.

Sources : Conservation du Patrimoine et divers. (2014)