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VAN ZANDT Louise (1884-1975)

95eme division (Cénotaphe)
dimanche 13 juillet 2014.
 

Louise VAN ZANDT dite « Tante Louisette » réhabilitée par un mémorial au cimetière du Père Lachaise !

Louise van Zandt voit le jour à Meersburg sur les rives du lac de Constance, le 7 septembre 1884, premier enfant du légitime mariage de Léopold van Zandt et de Marie Deleuze.

Léopold vit séparé de sa première épouse Marie-Antoinette Austin qui lui a donné 4 enfants américains.

Louise est élevée en princesse. Le comte Maurice Sala, fils du célèbre Adolphe Sala, compagnon de la duchesse de Berry lors du soulèvement de la Vendée royaliste de 1832, est son parrain.

Sa marraine est la comtesse Sala, née Emily Sanford, fille de John Francis Alexander Sanford, négociant new-yorkais richissime, dont le nom fut entaché par l’affaire Dred Scott qui fut un des détonateurs de la guerre de Sécession. Au début du conflit, l’épouse de John Sanford, Isabel Davis, est veuve et quittera les Etats-Unis avec ses deux enfants pour s’installer à Paris dans le 8ème arrondissement, à deux pas de la résidence van Zandt.

Les van Zandt étaient proches des Davis depuis de nombreuses années. Le père d’Isabel, Thomas Edward Davis était un promoteur immobilier connu pour être à l’origine des résidences New-Yorkaises construites entre 1830 et 1860 sur St Mark Place.

Par ailleurs, Léopold vécut avec sa première femme, dans un des quartiers de Staten Island rénové par Davis qui avait acheté des terrains pour y créer une station balnéaire inspirée de celle de Brighton, en Angleterre. Il devait la baptiser le « nouveau Brighton » et y faire construire des maisons de style grec sur tout le littoral. La sœur de Maurice Sala, Jeanne Sala a épousé le petit fils de l’empereur Napoléon Ier, Alexandre Antoine Walewski, lui-même intime de Ferdinand de Lesseps. Léopold van Zandt est donc amené à côtoyer ces hommes politiques et industriels dont les vues sont, à l’époque de la naissance de Louise, tournées vers le percement du canal de Panama.

C’est donc le gratin de la haute société parisienne qui se penche sur le berceau de Louise. On se partage entre Paris et la Riviera française. On vit sur un grand pied à Cannes, à Nice. Louise reçoit de sa marraine un collier de perles fines et son premier piano, instrument pour lequel elle montrera de telles dispositions qu’elle deviendra artiste musicienne.

En 1889, le scandale de Panama éclate. Des nuages noirs s’amoncellent sur la tête de Léopold. En quelques années, il perd la totalité de sa fortune, et sa femme meurt en 1892 après avoir mis au monde un troisième fils.

Alors que ses fils sont placés en nourrice à Saint Etienne de Tinée, Léopold commence une vie d’errance et de voyages escorté par sa fille, la seule de ses enfants à laquelle il témoigne de l’attention. Obligé de vendre la part d’héritage de ses parents constitué essentiellement de biens immobiliers New-Yorkais, il vit confortablement du crédit de ces hypothèques, financé jusqu’en 1898 par Isabel Sanford, mère de la comtesse Sala, puis, par les prêts de son neveu Karrick van Zandt Riggs, fils de sa sœur Rosalie, princesse Paolo Ruspoli.

Louise va suivre son père sans vraiment réaliser la chute financière de celui-ci, qui mène toujours une vie princière, de voyages et de fêtes. Il descend au Carlton où il a une suite à l’année, achète un immeuble entier à Asnières où il fera venir ses fils adolescents, les plaçant en usine afin qu’ils apprennent un métier. Lorsqu’ils prennent le train, les garçons montent en troisième classe. Louise et Léopold voyagent toujours en première.

En 1913, c’est à Ajaccio que Léopold élit domicile. Sa fille donne des concerts. C’est une musicienne renommée. Elle tombe amoureuse d’un chef d’orchestre avec lequel elle part en tournée, Gaëtan Randi. Elle s’installe avec son père près du domicile de Gaëtan, à Fontainebleau, et l’épouse à la fin de l’année 1914 alors que la drôle de guerre vient d’éclater.

Léopold est citoyen américain. A ce titre il se réfugie au début de l’année 1915 en Espagne, pays neutre dans le conflit mondial. Le trio s’installe à San Sébastian puis à Bilbao, Madrid et enfin Barcelone où Léopold meurt au printemps 1917.

Louise rentre à Paris à la fin de la guerre et s’y installe avec Gaëtan, la sœur de celui-ci et son mari, Roger et Elda Randi Castera. Les temps sont durs. Le monde d’après 14 s’est effondré. Bien que Léopold ait prévu des dispositions testamentaires favorisant sa fille au profit de ses fils, les dettes qu’il avait accumulées auprès des Davis, de son neveu et de sa sœur la princesse Ruspoli, ne laissent que des miettes à ses pauvres enfants.

La crise de 1929 n’arrange rien. Louise a gardé contact avec Malvina Cézard comtesse Molitor veuve du petit fils du célèbre maréchal de France, gouverneur de Dalmatie sous l’Empire. La fille de celle-ci, Gabrielle du Pré de Saint-Maure, fera même don des costumes de son mari au moment du décès de ce dernier pour permettre aux frères de Louise d’avoir des vêtements convenables.

La guerre éclate. Maurice, le frère de Louise est fait prisonnier par les allemands après l’attaque Pearl Habor en 1941 et l’entrée en guerre des Etats-Unis. Louise le soutient par des courriers réguliers. Pendant toute la période de l’occupation elle vit avec sa belle famille dans le 17ème arrondissement. Elle est passée du statut de jeune femme du monde à celui de servante de son mari, lequel a eu raison de l’héritage que son père lui avait laissé. Les contrats artistiques se font rares et les beaux jours ne reviendront jamais.

Au début des années 50 le couple s’installe en Bretagne près de Saint Brieuc. Leurs santés respectives se sont détériorées.

Gaëtan et Louise s’installent, à la fin des années 60 à Puymirol dans le Lot et Garonne. Lorsqu’il meurt en 1972, Gaëtan laisse Louise sans un sou vaillant. C’est une certaine Mme Juhel qui doit acheter la sépulture de son mari. Assistée de cette femme généreuse, la vieille dame parvient à se rapprocher de sa belle sœur Elda, qui vit à Menton. Mais celle-ci est contrainte de la placer dans un hospice pour nécessiteux dans lequel Louise perdra vite l’esprit et s’éteindra dans le plus tragique dénuement le 13 février 1975 âgée de 91 ans.

Née et élevée au rang d’une princesse, « tante Louise » est morte oubliée et dans la pauvreté. Elle fut inhumée dans le carré des indigents et après quelques années cette tombe fut relevée. Sa nièce Paulette van Zandt tenta de faire rapatrier son corps mais les démarches administratives ne purent jamais aboutir. Il est temps aujourd’hui de réparer ce manquement. Une plaque du souvenir va porter son nom dans le cimetière parisien le plus connu : le Père Lachaise. Division 95.

Louise van Zandt y a son nom inscrit, son don de musicienne reconnu et sa place, aux côtés de son parrain et sa marraine le comte et la comtesse Sala qui la choyèrent jeune fille... aux côtés de Mrs Isabel Davis Sanford, créancière de son père Léopold van Zandt...

aux côtés de Mrs Anne Power Davis, qu’elle connut enfant et dont le mari, Thomas Edward Davis tissa des liens dans l’Amérique des années 1850 avec ses grands parents van Zandt, Thomas et Louisa Julia Underhill, son oncle William Thompson van Zandt ancêtre de la famille Salembier, et Léopold van Zandt son père, fondateur des branches Kovaks, Carty-Montero, Sutter, Owens et des van Zandt de France.

Sources : Eric Van Zandt (APPL 2014) Crédit photos : Eric Van Zandt (2014)