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Actrices - Arts de l’écran

SIGNORET Simone (1921-1985)

44eme division (1ere ligne)
dimanche 12 février 2006.
 

De Casque d’or à Madame Rosa

Henriette Charlotte Simone Kaminker est née le 25 mars 1921 à Wiesbaden en Allemagne de l’ouest. Celle qui deviendra Simone Signoret a pour père un juif d’origine polonaise qui fait partie des troupes Françaises d’occupation.

La famille revient à Neuilly en banlieue aisée de la région parisienne. Elle suit des études primaires tout à fait normales. Elle a un frère, Alain, suivi de prés par un second, Pierre. Sa découverte du cinéma a lieu avec la projection du Chanteur de jazz, d’Alan Crostand, considéré comme le premier film parlant.

En 1933, Simone suit les cours du lycée Pasteur de Neuilly. C’est l’année de l’avènement au pouvoir de Hitler. Le père de Simone délaisse de plus en plus le domicile familial. A la déclaration de la guerre de 1939, la famille reste dans le Morbihan, où elle séjournait en vacances chez les grands parents.

Le père est mobilisé. La jeune Simone suit les cours de philosophie au lycée de Vannes. L’une de ses professeurs sera quelques mois plus tard, Lucie Aubrac. Suite à l’appel du général de Gaulle, Mr Kaminker rejoint le chef de la France libre à Londres.

Simone, obtient son bac et s’installe dans l’appartement familial à Parisien. Son premier emploi est de donner des leçons particulières. Elle devient peu après assistante secrétaire au journal « Le petit Parisien ». C’est le temps de l’occupation, toute une jeunesse dont Simone fréquente Saint-germain des Prés, avec son Café de Flore, et ses artistes piliers de l’établissement. Elle est alors attirée par le monde du spectacle. Elle quitte le journal. Son patronyme ayant des connotations dangereuses pour l’époque, elle prend le pseudonyme de Simone Signoret.

Elle obtient sa première prestation de figurante dans un film de Jean Boyer : Le Prince charmant, bien oublié aujourd’hui. Elle impose sa silhouette de 1941 à 1943, dans quelques films, dont l’inoubliable : Les visiteurs du soir, de Marcel carné (1942), elle se fait ainsi remarquer. Elle suit alors les cours d’art dramatique donnés par Solange Sicard pour la firme Pathé. Parmi ses prestations remarquées, celle de La boîte aux rêves, signée en 1942 d’un certain Yves Allégret.

A partir de 1944, Simone et Yves Allégret font vie commune. De leur union naît une petite fille Catherine Allégret en 1946, qui marchera sur les traces de sa mère et deviendra comédienne à son tour. Dans l’entourage de Simone on retrouve beaucoup de comédiens qui deviendront célèbres et reconnus, Daniel Gélin, Serge Reggiani, Danièle Delorme, Raymond Bussières etc. La guerre finie, Yves Allégret donne à celle qui deviendra son épouse (1948) un premier grand rôle dans, Les Démons de l’aube (1946) avec pour partenaire Georges Marchal.

La même année, Macadam de Marcel Blistène, l’oppose à Françoise Rosay, ce film la consacre définitivement. Simone parle l’anglais couramment, elle est engagée en 1947 pour son premier film britannique, Against the Wind (Les guerriers de l’ombre), En 1947, c’est la consécration avec Dédée d’Anvers de Yves Allégret et Jacques Sigurd. Le public et la critique l’encensent. Désormais, le succès est au rendez vous, se succèdent : L’Impasse des deux anges (1948), de Maurice Tourneur, Manèges, malgré une bouderie du public de l’époque, ce film est devenu une institution.

Notre jeune actrice signe alors un contrat en or avec l’américain Howard Hughes. Simone se repose de toute cette activité à Saint Paul de Vence avec sa fille. Elle fait la connaissance le 19 août 1949 d’un jeune chanteur nommé Yves Montand. Ce dernier devient son époux le 21 décembre 1951. Le couple s’installe dans le fameux appartement de la place Dauphine à Paris.

plus question alors, des Etats-Unis. En 1950, le couple signe le Manifeste de Stockholm, d’obédience pacifiste qui dit non à l’armement nucléaire qui vient de frapper avec des milliers de victimes les villes d’Hiroshima et Nagasaki. En France, on, leur reproche leur appartenance au Parti Communiste (ce qui est faux). C’est la première incursion en politique du couple Montand-Signoret.

Max Ophuls remet Simone sur les rails avec La Ronde, d’après Athur Schnitzler. Pour sa part, Yves tourne Le Salaire de la peur, film devenu mythique. Puis, pour Simone, c’est Casque d’or, de jacques Becker, avec Serge Reggiani et Claude dauphin, un rôle qui lui collera à la peau, éclatante de jeunesse et de beauté, elle illumine cette histoire très noire tirée et romancée d’après la vie d’une célèbre prostituée, reine du trottoir nommée Amélie Héllie dite Mélie. Mais le public n’est pas au rendez vous. La critique ne suit pas. Pourtant, ce film est devenu une icône du cinéma français .

Mais à Londres, Rome, Berlin, c’est un triomphe, le revirement est total. Simone reçoit alors un British Académy Award en 1952. Après une courte pose où elle souhaite s’occuper de sa vie de famille, elle tourne dans un film de Marcel Carné d’après Emile Zola, Thérèse Raquin avec Raf Vallone pour partenaire (1953). En 1954, Yves et Simone s’installent à Autheuil-Anthouillet en Normandie. Elle est en répètition de la pièce de théâtre, Les Sorcières de Salem, au théâtre Sarah Bernhardt, sous la direction de Raymond Rouleau.

Henri-Georges Clouzot la sollicite alors pour les Diaboliques (où débute une jeune garçon qui deviendra Johnny Hallyday, mais la séquence fut coupée au montage...). C’est un immense succès. Puis c’est l’adaptation au ciméma de la pièce d’Arthur Miller, Les Sorcières de Salem, première participation commune de Simone et Yves sous la direction de Raymond Rouleau. En 1956, c’est la Mort en ce Jardin de Luis Bunuel tourné au Mexique. Montand, en fin 1956, accepte et signe un contrat pour chanter en Union Soviétique.

Dans le même temps, les chars soviétiques entre en Hongrie et écrasent la révolte de Budapest. Malgré une polémique qui enfle de jours en jours, Yves Montand décide d’honorer son contrat. Reçu et félicité par Nikita Khroutchev, le couple fait ses remontrances au maître du Kremlin qui les écoutent d’un air amusé. Mais l’épisode soviétique laisse des marques dans la carrière de l’actrice, l’opinion a du mal a accepter ce choix. Aussi lorsque qu’arrive l’occasion de d’interpréter le rôle d’Alice Aisgill, héroïne du roman de John Braine, la comédienne est enchantée.

Elle reçoit le Prix de la meilleure actrice attribué par la London Académy film pour Room at the Top (Les chemins de la Haute ville, 1958). En septembre 1959, le couple débarque à New York ou Montand donne un récital. Ils rencontrent, à San Francico, un autre couple, Arthur Miller et Marilyn Monroë. Simone reçoit en 1960, le premier Oscar attribué à une actrice non américaine pour sa performance dans Room at the Top. Elle rentre seule à Paris, Yves Montand reste en Amérique et tourne Le Milliardaire sous la houlette de George Cukor. Une idylle se noue entre Yves et sa partenaire Marilyn Monroë. Simone en souffrira et ne s’en remettra jamais vraiment. Elle tourne ensuite en Italie, adua et ses compagnons (1960). En France elle prend partie contre la guerre en Algérie et signe le Manifeste des 121, pétition demandant l’arrêt des hostilités. Puis se sera, Le jour et l’heure, Compartiment tueurs, L’armée des ombres de jean Pierre Melville, et L’aveu de Costa- Gavras. Les années et l’âge ont raison de sa splendeur, si elle pert une partie de sa féminité, son talent s’exerce pleinement dans des rôles plus murs, elle devient l’inoubliable interprète du Chat avec Jean Gabin en 1970, La Veuve Couderc 51971), Les granges brulées (1973), Rude journée pour la Reine, de René Allio (1974) ou bien encore Police Python 357 d’Alain Corneau en 1976. Moshé Mizrahi obtient les droits du livre d’Emile Ajar (En réalité écrit par Romain Gary) La vie devant soi, et offre à Simone Signoret son rôle le plus puissant, celui de Madame Rosa. Ce personnage possède à jamais les traits et la puissance de Simone Signoret.

Mais, usée par la maladie, Simone s’affaiblit de jour en jour et subit maintes opérations. Elle met son talent au service de l’écriture, c’est tout d’abord La Nostalgie n’est plus ce qu’elle était en 1976, bien que des esprits chagrin aient mis en doute la maternité de Simone pour cet ouvrage, puis c’est Adieu Volodia, roman semi auto biographique ou elle puise dans ses souvenirs d’enfance et de jeunesse. A cette époque, Simone Signoret a mis en suspens sa carrière d’actrice. Elle est atteinte d’un cancer. Elle subi une opération en août 1985, mais sans résultat. Elle décède le 29 septembre 1985 à Autheuil.

C’est un homme brisé et livide qui assiste à ses obsèques, Yves Montand livrera son chagrin et son désarroi à tous ceux qui accompagnèrent Simone à sa dernière demeure, qui deviendra également la sienne quelques années plus tard.

Les obsèques de Simonne Signoret (revue de presse)

30 septembre 1985.

Simone Signoret est morte des suites d’un cancer, dans sa maison de campagne, à Autheuil-Authouillet dans l’Eure. Elle était âgée de soixante-quatre ans.

« La mort a toujours le dernier rôle. Sous les marronniers du Père-Lachaise, dans la lumière crue d’un somptueux après-midi d’automne, Simone Signoret s’en est allée, vite, vite, vers l’ultime loge de la division 44.

Une sortie furtive et grandiose à la fois, des obsèques non en grande pompe mais de grande classe, comme un tomber de rideau poignant et dépouillé.

N’imposer point sa mort aux vivants, comme une épreuve dans l’épreuve, accepter le chagrin sans en provoquer les démonstrations excessives, c’est vouloir, c’est savoir aussi réussir sa sortie. Simone Signoret avait voulu que ses obsèques soient ce qu’elles furent : un adieu pudique et accéléré.

Boulevard de Ménilmontant, sous les arbres déjà casqués d’or, des milliers de personnes attendaient, foule sage et sagement triste. Le soleil, en retard d’affection, tapait si dur que beaucoup s’étaient fait, avec ces journaux qui racontaient la vie de Simone Signoret, des chapeaux de maçon italien, de Tour de France ou de jour de fête. Images tendres d’un deuil d’été indien, comme déjà une grande nostalgie.

A 16 heures, le cortège est passé très vite. Les lourdes portes du Père-Lachaise se sont ouvertes un instant, puis vite refermées à la foule, pour dix minutes d’intimité. Le break transportant le cercueil est monté dans l’entrelacs des allées pavées. Et une image là nous restera de ces trois bonnes dames, qui, au prix sans doute de savantes intrigues, avaient réussi à s’introduire au Père-Lachaise.

Elles avaient patienté le malheur, tricotant, assises, devant la tombe d’Henri Curiel, par hasard, et se levèrent pour agiter un mouchoir, comme sur un quai de gare.

En dix minutes tout fut dit. Sur le cercueil disposé dans une simple fosse de terre, Yves Montand, immense, le visage blême, a jeté une rose. Catherine Allégret, la fille de Simone, à la ressemblance plus émouvante que jamais, vêtue d’une robe à fleurs, comme une cuirasse contre le malheur, en a fait autant. Et puis, derrière, tous et toutes, gens des arts, des lettres et de la politique, Philippe Noiret, Marina Vlady, Bernard Blier, Anouck Aimé, Annie Girardot, Dany Saval, Claude Lelouch, Robert Badinter, Yvette Roudy, Jack Lang, Lionel Jospin, Gisèle Halimi, Françoise Giroud, Claude Mauriac, Edmond Maire, Daniel Mayer, Marek Halter, André Glucksmann et tant d’autres.

Après, les portes du cimetière se sont ouvertes. Et des milliers de personnes ont commencé à monter doucement, sans trop d’espoir de voir la tombe, d’y poser une fleur. Simplement comme cela, comme une immense et sage procession, comme pour une remontée vers leurs propres souvenirs, leur propre vie, datés par le visage et la vie d’une grande dame. Simone Signoret, qui détestait tant les enterrements, s’en allait dans l’intimité de cette foule qui était sienne. »

« L’adieu pudique », Le Monde, édition du 3 octobre 1985.

Hommage à Simonne Signoret