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Prêtres -Ecclésistiques - Religion catholique

LAMENNAIS Hugues Félicité de (1782-1854)

Fosse commune du Père-Lachaise (Disparue)
lundi 3 mars 2014.
 

Bien sur, plus aucune trace de la sépulture de ce grand personnage...

Mais, il nous a semblé judicieux de le faire figurer en bonne place sur nos pages et nos articles.

C’est un hommage que nous rendons à ce grand monsieur, phare et conscience d’une époque troublée, pas très éloignée de notre quotidien...

R. D.F.

Ecrivain et prêtre français

Hugues-Félicité Robert de Lamennais, voit le jour le 19 juin 1782 à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine).

Décédé le 27 février 1854 (à 71 ans) à Paris.

Ecrivain et prêtre français.

Son nom de famille est Robert et c’est en s’inspirant du lieu-dit « la Mennais », où son grand-père possédait une métairie, qu’il se nomma ainsi.

Issu d’une famille pieuse de petite noblesse récente (son père est un armateur malouin anobli), il fut ordonné prêtre en 1816. Philosophe chrétien, ultramontain à ses débuts, Lamennais connut une évolution qui fit de lui un précurseur du catholicisme libéral, du catholicisme social, ainsi que de la démocratie chrétienne.

Buste par David d’Angers

Élevé par son oncle, il subit également l’influence de son frère aîné, Jean-Marie. Celui-ci rouvre avec ses amis, les abbés Étienne-Pierre Engerran et Jean Vielle, le Collège de Saint-Malo, qui avait été fermé sous la Révolution et il y devient professeur de mathématiques, de 1804 à 1805 puis de 1808 à 1810.

Une retraite de plusieurs années dans la propriété familiale, entre 1805 et 1807 puis de 1810 à 1814, décide alors de sa vocation religieuse. Lamennais reçoit l’ordination en 1816 à Vannes.

Il commença par traduire L’Imitation de Jésus-Christ, célèbre œuvre de dévotion de Thomas a Kempis. Dans son livre Essai sur l’indifférence en matière de religion, écrit de 1817 à 1823, il critiqua l’université napoléonienne et le gallicanisme.

Il fut dit de cet ouvrage qu’il « réveillerait un mort » et ce fut un immense succès de librairie.

En 1825, il publia De la religion considérée dans ses rapports avec l’ordre politique et civil. Il rencontra Auguste Comte cette même année.

En 1828, il fonda la Congrégation de Saint-Pierre, destinée à former un clergé savant, capable de répondre aux attaques des philosophes, de mieux comprendre son temps et de rétablir l’autorité du pape en France. En 1829, il publia Les progrès de la révolution et de la guerre contre l’église.

En 1830, il fonda, avec Montalembert et Lacordaire, le journal l’Avenir, plaidant pour la liberté de l’enseignement et la séparation de l’Église et de l’État1 et réclamant la liberté de conscience, de presse et de religion. Ce sont les idées de Lamennais que la Belgique, devenue indépendante en 1830, adopta.

En 1831, révolté par la condamnation du soulèvement de la Pologne, il s’opposa au pape Grégoire XVI. Il considérait que le pape voulait défendre davantage les princes que le peuple. Le pape condamna son journal en 1832 par l’encyclique Mirari vos.

En 1834, il publia ses Paroles d’un croyant, ouvrage lyrique, rempli de violence et de plaintes, qui marqua sa rupture avec l’Église (encyclique Singulari nos). Dans cet ouvrage, il constatait et déplorait le « désenchantement » du monde, et lançait un appel pressant à la liberté de l’Église, à partir duquel, il commença à développer les tendances socialistes et démocratiques du message évangélique.

En 1835, il vit ses anciens amis peu à peu le quitter, mais le 9 avril 1835, ses amis Fleury, Arago et Liszt l’amenèrent à rencontrer Marie d’Agoult et George Sand. Son salon devint un véritable cénacle républicain.

Lamennais lui restera très lié. Il sera effaré par les idées de George Sand sur la liberté sociale et le divorce, mais sera son mentor, avec Michel de Bourges, sur les voies du socialisme politique. George Sand lui déclara un jour : « Nous vous comptons parmi nos saints... vous êtes le père de notre Église nouvelle ».

En 1837, il publia le Livre du peuple, véritable livre de combat. Il se lia d’amitié avec le patriote canadien Louis-Joseph Papineau lors du voyage de celui-ci en France. Il continua de prendre le parti du peuple, et en 1841, après avoir attaqué le gouvernement royal, il fut condamné à un an de prison.

Par la suite, après avoir fondé le journal Le Peuple, il continua à professer un libéralisme populaire. Entre 1841 et 1846 il écrivit Esquisse d’une philosophie, dans lequel il développa sa conception d’un christianisme sans Église, capable de regrouper les masses pour les conduire au progrès par la charité. En 1848, il se fit élire député à l’Assemblée constituante de 1848, mais suite au coup d’État du 2 décembre 1851, il se retira dans sa propriété de la Chesnaie en Bretagne.

Il meurt le 27 février 1854 à Paris. Non réconcilié avec les autorités ecclésiastiques et conformément à ses dernières volontés, Lamennais est enterré le 1er mars 1854 dans la fosse commune du cimetière du Père-Lachaise, lors d’obsèques civiles où la foule présente peut montrer son désaccord avec le régime en place lors d’une manifestation populaire qui est réprimée.

Héritage :

Il posa les questions de la nécessaire alliance entre l’Église et les idées de liberté, et de l’exigence d’une véritable doctrine sociale de l’Église, en tant que priorité historique avec la Restauration, et entendit démontrer que la République nécessite un pouvoir spirituel, une religion civile. Pour cela il proposa un projet de Constitution, dans lequel la religion et le politique étaient intrinsèquement liés.

Divers :

Il fut l’ami de Pierre Leroux. Ses idées socialistes influencèrent fortement Sainte-Beuve et son unique roman Volupté. Il avait une résidence à Saint-Prix, dans l’ancienne seigneurie de Montmorency.

Son frère Jean-Marie de La Mennais fonda une congrégation religieuse, les Frères de l’Instruction Chrétienne de Ploërmel.

Un timbre français de 1957 lui rend hommage.

Georges Bernanos (1888-1948) fait référence à Lamennais dans le prologue de Sous le soleil de Satan (1926). Notant que "le doctrinaire en révolte, dont le temps s’amuse avec une profonde ironie, ne fait souche que de gens paisibles", Bernanos illustre ce fait par l’exemple de Lamennais dont la postérité spirituelle encombre les sacristies.

Ephéméride...

27 février 1854.

Mort à Paris de l’écrivain et prêtre Félicité Robert De Lamennais.

Conformément à ses dernières volontés, il sera enterré dans la fosse commune du Père-Lachaise, sans cérémonie religieuse.

C’était au temps de l’effroyable fosse commune. « Je veux que mes amis la voient de près et travaillent à la faire disparaître. Pourquoi, après une vie de labeur, le pauvre n’aurait-il pas un coin de terre pour se reposer ? »

Les fosses communes ont été supprimées par une loi de 1889.

Extrait du Guide des cimetières de Paris, de Marcel Le Clère (Hachette, 1990) :

« ...On vit ce spectacle étrange : l’archevêque Sibour s’entendre avec le préfet de police Piétri pour faire élever le cadavre, 70, rue des Archives, à 7h du matin (au lieu de 9h prévu par la famille), l’emmener entre deux haies de soldats et d’inspecteurs de police parmi une foule atterrée jusqu’à l’entrée principale du cimetière et, là, faire compter par un commissaire de police dix personnes, seules admises à assister à l’inhumation dans la fosse commune, quartier des Cerisiers (actuelle 53e division).

Qu’avait-on donc à reprocher à ce brillant penseur, ce saint prêtre, ce directeur de journal, cet ami de Montalembert et de Lacordaire, ce député de la Constituante en 1848 ?

Simplement son refus de s’incliner devant le despotisme du pape Grégoire XVI, de prêcher la séparation du pouvoir et du puvoir spirituel et d’avoir éconduit les émissaires de l’archevêché voulant le « réconcilier » avec l’Eglise.

Mais s’il n’est plus possible de se recueillir sur la tombe de Lamennais, on le remerciera d’avoir voulu pour lui même ce scandale de la fosse commune pour en arracher l’abolition aux pouvoirs publics.

Il avait en effet ainsi libellé son testament : « Je veux être enterré au milieu des pauvres et comme le sont les pauvres. On ne mettra rien sur ma tombe, pas même une pierre, mon corps sera porté directement au cimetière, sans être présenté à aucune église, aucun faire-part. ». Il avait ajouté verbalement : « Je veux que mes amis voient de près la fosse commune et travaillent à la faire disparaître. Pourquoi, après une vie de labeur, le pauvre n’aurait-il pas un coin de terre pour se reposer ? »

Volontairement donc, Lamenais renonça à être enseveli, comme il l’aurait désiré, « à l’abri d’un rocher et à l’ombre d’un grand chêne du parc de la Chesnaye ». Du moins ses amis étaient au Père-Lachaise parmi les dix désignés par la force publique : Barbet, Béranger, Blaize, Champy, Carnot, Emile Olivier, Forgues et, malgré les ordres de l’Eglise, un jeune prêtre resté inconnu. »

Tableau d’Ary Scheffer (1845) :

Sources : Wikipédia et divers. (APPL 2014)