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Sciences et Techniques - Archéologie

VISCONTI Ennio Quirino (1751-1818)

4eme division (1ere ligne, AD, 16)
dimanche 29 décembre 2013.
 

Archéologue et antiquaire

Ennius-Quirinus ou Ennio Quirino Visconti voit le jour le 30 octobre 1751, à Rome.

✝ le 7 février 1818, à Paris.

Archéologue d’origine italienne sous le Premier Empire.

Fils de Jean Baptiste Antoine Visconti (en) (en italien Giovanni Battista (Giambattista) Antonio Visconti (it) (1722 ✝ 2 septembre 1784), également archéologue italien de renom et fondateur du Musée du Vatican, il naît à Rome en 1751. Sa famille descendait d’un fils naturel de Barnabé Visconti.

Son père se chargea seul de son éducation et le fit étudier dès son plus jeune âge les langues, vivantes et mortes, la littérature et les sciences. Enfant ingénu et timide, sa prodigieuse mémoire au service d’une intelligence toute aussi exceptionnelle le firent reconnaître comme savant précoce à l’âge de 4 ans !

Le « goût des vers » le domine toute sa jeunesse. Il l’occupe à la traduction des auteurs classiques grecs (Euripide, Pindare) et à la production d’œuvres personnelles : louanges (telles celles qu’il écrivit à l’occasion de la visite de Joseph II à Rome en 1769 qu’il composa en grec, latin et italien), sonnets et autres petits poèmes.

Son père qui visait pour lui le cardinalat lui fit « faire son droit ». Ennio Quirino fut reçu docteur en droit canonique et en droit romain le 7 août 1771.

Peu de temps après, le Pape l’agrégea au nombre de ses camériers d’honneur et le nomma sous-bibliothécaire du Vatican (1771).

Déjà épris de sa future femme, il refusa de s’engager dans les « ordres sacrés » et entra ainsi en opposition avec son père. Le Pape, pour favoriser les vues de Jean-Baptiste, retira à son fils le titre de sous-bibliothécaire et supprima deux pensions qu’il touchait sur différents revenus de l’état, ceci afin de hâter son avancement.

Soutenu par son ami Sigismond Chigi, ce dernier le désigna son bibliothécaire, le logea dans son palais, le nourrit et lui octroya un secrétaire afin qu’il puisse poursuivre ses travaux habituels. Rappelé en 1778 par son père afin de composer les textes destinés à accompagner les gravures du Musée Pio-Clementino (publiés en 1782), le succès de cet ouvrage lui fit sa renommée.

Ennio Quirino publie seul le deuxième tome en 1784, son père étant décédé la même année. Il fut presque aussitôt nommé conservateur du musée du Capitole à Rome (1784) et ses pensions lui furent rendus. Il se maria à la demoiselle Doria en 1785, union bénie par son père avant sa mort.

C’est à cette époque, et ce, jusqu’à la fin de sa vie, que la plume de Visconti fut la plus prolifique : une multitude d’écrits parurent, qui ont autant contribué à l’avancée de l’archéologie qu’à la célébrité de leur auteur.

À la suite de la découverte du tombeau des Scipions, il rédige Monumenti degli Scipioni où il offre des recherches curieuses sur la langue et l’orthographe latines des temps anciens, motivées par l’inscription du tombeau de Scipion Barbatus, consul l’an 456 de Rome.

Les cippes, des vases, des tables de marbre, rassemblées dans la collection d’antiquités formée par Thomas Jenkins furent une nouvelle occasion pour Visconti d’exercer son art et partager sa connaissance en expliquant tous les objets d’art, en rétablissant et en interprétant toutes les inscriptions.

Le quatrième volume du Musée Pio-Clémentin, parut en 1788, devint une référence des productions de ce genre : tous les dieux et tous les héros y furent nettement reconnus, les restaurations et les dénominations trompeuses mises à l’écart.

En 1788, il fit paraître une Dissertation au sujet d’un bas-relief transporté d’Athènes en Angleterre, représentant Jupiter et Minerve qui reçoivent les hommages d’une foule d’Athéniens (elle fut imprimée à Londres, dans le Muséum Worstlianum.

La tête en marbre, casquée, trouvée en 1772 dans les fouilles de la Villa Adriana, donna naissance à une des découvertes les plus « piquantes » de Visconti. Il la compara à celles de plusieurs figures plus ou moins altérées par le temps, qui sont toutes des copies d’un même original et s’aperçut qu’elles étaient semblables, les unes et les autres, à celles de la figure principale d’un groupe exposé sur une place de Rome, appelé Pasquino, composition dont on n’avait jamais reconnu le sujet, à cause des mutilations du marbre.

Les parties saines de chacune des figures subsistantes en divers lieux, et notamment d’un groupe conservé à Florence, expliquèrent les parties frustes des autres fragments, et dans le groupe mutilé du Pasquin, si souvent confident des mordantes satires du peuple de Rome contre les grands, se retrouva Ménélas soulevant, au milieu des guerriers troyens, le corps mort de Patrocle. En recomposant ce groupe, selon les conseils de Visconti, grâce au moulage des plus belles parties existantes à Rome et à Florence, on le reconstitua en entier dans sa forme originale, on y reconnut une des productions les plus énergiques et les plus achevées de la sculpture antique.

Les deux inscriptions grecques de Triopium, dites les Marbres triopéens, lui offrirent une nouvelle occasion d’exercer son érudition et sa critique en rétablissant et expliquant les-dites inscriptions. Ces marbres, découverts au commencement du XVIIe siècle, sous le pontificat de Paul V, achetés à cette époque par le cardinal Scipione Borghese, furent publiés une quinzaine de fois entre 1607 et 1773.

Celui de ses prédécesseurs auquel il semble pouvoir le plus naturellement être comparé est Winckelmann. Mais trop de dissemblances distinguent ces deux archéologues pour que la postérité ne leur assigne pas des rangs différents : Winckelmann se livrait davantage à son imagination tandis que Visconti, d’une science souvent conjecturale, en fit une science quasi-exacte.

Le général Duphot, de l’ambassade de France, est tué lors une rixe. En représailles, les troupes françaises, le général Berthier à leurs têtes, envahissent les États pontificaux et s’emparent de Rome le 11 février 1798 (23 pluviôse an VI).

Berthier convoque alors auprès de sa personne les notables romains, dont Visconti, et le nomma ministre de l’Intérieur de la République romaine en 1798.

Le savant, obligé de renoncer à ses travaux accoutumés, remplit pendant deux mois ces fonctions politiques.

Lorsque des commissaires de la première République française voulurent instituer à Rome un consulat, Visconti fut choisi pour être un des cinq membres de ce nouveau gouvernement. Il en remplit les fonctions avec autant de courage que de sagesse et d’intégrité.

Sa tranquillité ne fut pas de longue durée. Au mois de novembre 1799, une autre armée napolitaine surprit Rome, gardée par un corps de troupes trop faible pour la défendre. Les Napolitains pénétrèrent le soir dans la ville ; Visconti fut obligé d’en sortir. Fuyant sur la route de Civitavecchia, séparé de sa femme et de ses deux fils, il quittait Rome, et ne devait plus la revoir.

Lui et les nombreux fugitifs auxquels il associa sa fortune frétèrent en commun un bâtiment qui devait les transporter en France. Alors qu’il charmait la tristesse du voyage en lisant à ses compagnons des odes d’Horace, une frégate russe aborda le bâtiment, et prétextant d’être en droit de le capturer, le reconduisit par accommodement à Civitavecchia. Là, heureusement pour les passagers, se trouva un commodore anglais, qui les prit sous sa protection et leur permirent de poursuivre leur voyage jusqu’à Marseille.

Le nouveau régime consulaire n’avait pas perdu de vue l’illustre fugitif. À peine foula-t-il le sol français, qu’il reçut, sans l’avoir demandé, un brevet, en date du 18 décembre 1799, qui le plaçait au nombre des administrateurs du Musée des antiques et des tableaux, que l’on formait alors dans le Louvre. Un emploi ne devant lui donner que de très faibles revenus. Le ministre de l’Intérieur, M. François de Neufchâteau, chargea le chef du bureau des beaux-arts auprès du ministère, de lui proposer un moyen d’attribuer à l’ancien conservateur du Musée du Capitole des honoraires, dignes de son mérite.

Celui-ci, M. Amaury Duval, proposa de nommer Visconti professeur d’archéologie auprès du Musée. Ce projet fut adopté, et l’exilé se trouva presque en même temps investi de deux emplois, avant d’en avoir sollicité aucun. Sa piètre connaissance de la langue française le fit dispenser du soin de professer. Mais dès son arrivée il s’occupa de la muséographie du Musée des antiques, où se trouvèrent bientôt réunis les chefs-d’œuvre de Rome, de Florence, puis tous les trésors des Palais Borghese, ce qui forma la plus riche et la plus magnifique collection qui ait jamais existé dans le monde.

À la fin 1803, Denon fut nommé directeur général du Musée, Dufourny, conservateur des tableaux, Visconti, conservateur des antiques. L’Institut de France, se devant de compter Visconti parmi ses membres, il fut nommé le 28 janvier 1803 à la classe des beaux-arts et placé dans la section de peinture (que l’on venait de porter à huit membres au lieu de six, afin d’y faire entrer Denon et lui). L’année suivant, le 20 juillet, il intègre la classe d’histoire et de littérature ancienne (ancienne Académie des inscriptions et belles-lettres). Ainsi les honneurs vinrent au-devant de lui en France, sans qu’il eût fait aucune démarche pour les obtenir.

Son premier travail fut la composition du Catalogue descriptif et explicatif des richesses exposées au Musée des antiques (livret du Musée), publié en 1801. Les éditions de ce catalogue se sont multipliées, toujours avec quelques additions, la dernière, donnée en 1817, sous le titre de Description des antiques du Musée royal, et composée après l’enlèvement des objets réclamés par différentes puissances, devint le modèle à tout livret de musée publié dans l’avenir.

L’Empereur le fit Chevalier de l’Empire le 2 juillet 1808, Chevalier de la Légion d’honneur et Chevalier de l’Ordre de la Réunion. Il fut fait Marquis Visconti (retour d’un titre ancien) par la Restauration française.

Le Saint-Siège reconnaissait toujours Visconti comme un de ses ressortissant. Pendant le « séjour » de Pie VII à Paris, plusieurs des cardinaux qui formaient le cortège du Saint-Père (Albani, Ruffo, Zondadari, Dugnani, Vincenti, entre autres) et d’autres notables italiens venaient fréquemment passer des soirées à son domicile, s’entretenir avec lui de sciences et d’arts.

Néanmoins, on pouvait lire, dans le Bulletin des lois d’avril 1815 : « (N° 660.) Ordonnance du Roi qui accorde des Lettres de déclaration de « naturalité » (le 13 décembre 1814), Au Sieur Ennius Quirinus Visconti, chevalier de la Légion d’honneur et de l’Ordre de la Réunion, antiquaire et conservateur du Musée royal du Louvre, et membre de l’Institut de France, né à Rome »

Le moment le plus glorieux de la vie de Visconti est celui où il fut appelé à Londres, pour mettre un prix aux sculptures du Parthénon, enlevées d’Athènes par Lord Elgin, et transportées en Angleterre en 1815.

Depuis l’année 1816, Visconti ressentait des souffrait d’une maladie organique qui devait le conduire au tombeau. Sa tête conservait son énergie, mais sa main refusait d’obéir.

Il expira, le 7 février 1818 après de longues souffrances et est inhumé le surlendemain au cimetière du Père-Lachaise.

Ses obsèques furent encore pour lui un jour de triomphe. Il semblait que chacun des États de l’Europe eût formé une députation pour y prendre part. L’Italie, la Grèce, l’Allemagne, la Suède, le Danemark, l’Angleterre, l’Espagne, le Portugal, s’y trouvèrent représentés par des hommes illustres.

Il fut tout d’abord inhumé dans la 13e division, la stèle de sa sépulture se trouve de nos jours au dessus du tombeau de son fils, architecte du tombeau de Napoléon aux Invalides Louis Visconti (1791-1853), où il repose aussi désormais.

Décorations et distinctions :

Légion d’honneur Chevalier de la Légion d’honneur

Ordre de la Réunion Chevalier de l’Ordre de la Réunion.

Titres :

camériers d’honneur du Pape (1771)

Chevalier de l’Empire le 2 juillet 1808

Marquis sous la Restauration française (retour d’un titre ancien).

Sources : Wikipédia et divers (APPL 2013)