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BOUREE Nicolas Prosper (1811-1886)

52eme division (1ere ligne, R, 11)
lundi 25 novembre 2013.
 

Ambassadeur et sénateur

Nicolas Prosper Bourée voit le jour en 1811.

Décédé à Paris en 1886.

Diplomate français.

Il fut notamment consul-général à Tanger (Maroc) entre 1849 et 1852, ministre de France à Téhéran (Perse) entre 1855 et 1857, puis ambassadeur de France en Turquie entre 1866 et 1870.

Prosper, fils de Pierre-Frédéric Bourée et de Dame Suzanne Martin, naquit à Boulogne-sur-Mer le 26 mars 1811 ; son père était alors capitaine au 4ème régiment du corps impérial d’artillerie en cette ville.

Ayant achevé ses études de droit, il entra au ministère des affaires étrangères en 1836. Il débuta par le poste d’élève-consul à Barcelone pendant les années 1836-1837. Vers la fin de l’année 1837, il fut désigné pour remplir par intérim les fonctions de consul à Valence en Espagne, où il passa l’année 1838 et une partie de 1839.

De graves évènements eurent lieu à Valence à cette époque. L’armée de Don Carlos, sous les ordres de Cabrera, fit une invasion dans l’Aragon et dans le royaume de Valence et campa pendant quinze jours presqu’aux portes de la ville, en espérant s’en rendre maître par la connivence d’une partie des habitants.

Ces évènements exaltant les passions politiques, provoquèrent dans l’intérieur de la ville plusieurs émeutes formidables, où le sang coula à flots.

Prosper Bourée tint tête à l’orage et défendit les intérêts de ses nationaux avec autant de prudence que de fermeté, ce qui lui valut une lettre écrite de la main même de M. le comte Molé, alors président du conseil des ministres, qui félicitait chaleureusement le jeune élève-consul de sa conduite habile et courageuse.

La récompense ne se fit pas longtemps attendre, et le 27 septembre de la même année (1839), Prosper Bourée fut nommé consul à Beyrouth, au moment même où allait éclater la lutte entre le Sultan et Méhémet-Ali, et où se préparaient les graves évènements de l’année 1840, si fatale à l’influence française.

M. Bourée ne tarda pas à se trouver en désaccord complet avec M. Cochelet, alors consul général près le vice-roi d’Égypte. Peu de temps après, il fut révoqué par M. Thiers et rappelé à Paris pour rendre compte de sa conduite. En thèse générale, il n’est pas bon d’avoir raison contre son supérieur, et l’échec éprouvé par Prosper Bourée est de ceux dont il est à peu près impossible de se relever.

Cependant Prosper Bourée ne se tint pas pour battu ; il vint à paris et fournit des explications si plausibles que son retour à Beyrouth fut immédiatement décidé.

Consul de première classe en 1844 et consul général en 1846 à la même résidence, il prit part aux laborieuses négociations qui préparèrent l’organisation nouvelle du Liban. Il fut envoyé comme consul général et chargé d’affaires près l’empereur du Maroc en 1849. On le retrouve à Tanger en 1851.

Ici se place un des plus beaux souvenirs de sa carrière consulaire. Une escadre française, sous les ordres de l’amiral Dubourdieu, est chargée de mettre à la raison l’empereur du Maroc et de tirer vengeance d’actes nombreux de piraterie. Une des villes du littoral, Sallé, refuge des forbans, est bombardée par l’escadre qui vient ensuite s’embosser devant Tanger, prête à tirer de nouveau le canon, si besoin est. M. Bourée est à bord du vaisseau amiral.

Il endosse son uniforme et se fait descendre à terre, sans escorte. Seul, il traverse la ville au milieu d’une population fanatique frémissante et se rend à son consulat général où il convoque ses collègues et adresse de là un ultimatum au pacha de Tanger en lui déclarant que s’il n’est pas accepté au bout d’un délai fort court, la ville sera bombardée et détruite. Le pacha se soumet ; l’ultimatum est accepté et la paix est faite.

L’année suivante Prosper Bourée fut nommé ministre plénipotentiaire en Chine, mais il n’alla pas dans ce poste où resta M. de Bourboulet. En 1853 et 1854, il fut chargé de missions d’exploration dans la Turquie en vue de la guerre prochaine de Crimée.

En 1855, alors que les grecs rêvait comme toujours, la restauration de l’empire grec de Constantinople, Prosper Bourée fut envoyé en mission auprès du roi Othon, appuyé d’un corps d’armée de 10 ou 15 000 hommes, aux ordres du général Maryan. Il débarqua au Pirée et se rendit à Athènes pour notifier au roi des grecs la volonté bien arrêtée des puissances occidentales.

Il fut appelé la même année aux fonctions de directeur politique aux affaires étrangères, mais à peine installé, il fut nommé ministre plénipotentiaire en Perse. Il conclut avec le schah un traité de commerce et d’amitiés ; il négocia aussi le concours offensif et défensif de la Perse pour le cas où la guerre contre la Russie serait portée en Asie.

À son retour de Téhéran, il eut en 1859, à l’époque de la guerre d’Italie, la présidence du conseil supérieur chargé de décider de la validité des prises maritimes. On l’envoya pendant cette même expédition d’Italie faire une enquête en Allemagne sur l’état des esprits et ses conclusions paraissent n’avoir pas été étrangères à la prompte signature de la paix de Villafranca.

Ministre en Grèce de 1860 à 1863, il assista à la chute du roi Othon et à l’établissement de la dynastie danoise. Il fut envoyé comme ministre plénipotentiaire et extraordinaire en Portugal en 1864. Il y négocia diverse conventions et surtout un traité de commerce dans la préparation duquel il fut secondé par le savant économiste Natalis Rondot.

Il fut chargé de représenter l’empereur Napoléon III le 27 septembre 1865 en tenant sur les fonts baptismaux le fils du roi de Portugal ; la marraine fut la Sérénissime infante Dona Isabelle Marie. Le 28 octobre 1866, Prosper Bourée fut nommé ambassadeur à Constantinople en remplacement du marquis de Moustier qui venait d’être appelé au ministère des affaires étrangères. C’est lui qui décida le Sultan Abd-ul-Aziz à venir en France, en 1867, à l’occasion de l’Exposition. C’était la première fois qu’un Sultan ottoman se montrait hors de ses Etats.

M. Bourée conclut, l’année suivante, avec la Porte une convention en vertu de laquelle les Français avaient le droit d’acquérir des propriétés dans l’empire ottoman.

Il se montra toujours partisan de la conservation de la Turquie, dont il fit un article de foi diplomatique. Mais il s’attacha à pousser le gouvernement ottoman dans la voie de réformes, tout en le défendant contre ses ennemis qui lui étaient suscités en Grèce, sur le Danube ou en Asie par des ambitions étrangères.

Par décret du 10 juin 1870, Prosper Bourée fut élevé à la dignité de sénateur du Second Empire. Il mourut le 9 juillet 1886. Il était grand officier de la légion d’honneur, grand croix de l’ordre royal portugais de la Tour et de l’Epée, grand croix des ordres de St Grégoire le Grand, de l’Osmanie, du Sauveur de Grèce, etc..

Prosper Bourée a laissé l’impression d’un diplomate très ferme, prudent et expérimenté, connaissant admirablement la question d’Orient dont il avait pu suivre pas à pas toutes les phases pendant vingt cinq ans.

Il épousa en 1838 Madame Sarah Godot d’Abmou, veuve du marquis de Ligondès, charmante femme qui aux grâces et aux agréments de la personne, joignait l’esprit la plus cultivé et le plus distingué ; elle est morte en octobre 1865 enlevée par le choléra.

Sources :

Généalogie de la famille Bourée par Pierre Albert André Bourée (1887-1960)