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RAVAISSON-MOLLIEN Félix (1813-1900)

32eme division
mercredi 23 octobre 2013.
 

Philosophe français

Jean Gaspard Félix Ravaisson-Mollien voit le jour à Namur, le 23 octobre 1813.

Décédé à Paris, le 18 mai 1900.

Philosophe et archéologue français.

Il est l’élève de Schelling et le maître de Bergson.

Sa philosophie s’inscrit dans la tradition du spiritualisme français. Il est influencé par Maine de Biran, réactualise la métaphysique aristotélicienne et critique l’éclectisme de Victor Cousin dans La philosophie en France au XIXe siècle.

Il n’occupe pas de chaire universitaire, mais il est conservateur du département des antiquités au musée du Louvre, président du jury de l’agrégation de philosophie et inspecteur général des bibliothèques.

Félix Ravaisson naît à Namur en 1813. Il est neveu du ministre Nicolas François Mollien dont il s’adjoindra le nom. Il étudie au Collège Rollin à Paris. Il est l’élève de Hector Poret, qui défend les principes de l’école écossaise de philosophie.

En 1834, il répond à une question mise au concours par Victor Cousin et l’Académie des sciences morales et politiques sur la Métaphysique d’Aristote et la philosophie antique. Ravaisson soumet son mémoire et obtient le prix en 1835.

En 1836, Ravaisson est reçu premier à l’agrégation de philosophie (le jury est présidé par Victor Cousin et la métaphysique d’Aristote est à nouveau au programme).

Ravaisson remanie profondément le mémoire présenté à l’Académie et le publie en 1837 sous le titre Essai sur la Métaphysique d’Aristote. Puis, il écrit un volume supplémentaire, qui paraît en 1846, où il compare la philosophie d’Aristote avec la pensée grecque en général. Il envisageait également un tome III et un tome IV qui ne seront pas publiés de son vivant.

Pour Henri Bergson, la différence entre le livre et le mémoire est considérable, car ce n’est que dans la période postérieure à 1835 et surtout entre 1837 et 1846 que Félix Ravaisson se révèle à lui-même. L’approfondissement de la lecture d’Aristote joue un rôle, mais également l’émulation intellectuelle que Ravaisson a pu trouver dans la vie académique de cette époque ainsi que dans la vie mondaine. En effet, il aurait fréquenté, chez la princesse Belgiojoso ou chez Juliette Récamier, des personnalités comme Alfred de Musset, Honoré de Balzac ou Chateaubriand.

En outre, Ravaisson manifeste une disposition pour l’art et particulièrement pour la peinture. Dans son enfance, Jean Broc et Théodore Chassériau, les disciples de Jacques Louis David fréquentent la maison. Ravaisson expose lui-même expose au Salon des portraits sous le nom de Lacher. Ingres reconnaît du "charme" à ses dessins.

Ravaisson voit en Léonard de Vinci la personnification de l’artiste. Toute la philosophie de Ravaisson consiste, pour Henri Bergson, dans l’idée que "l’art est une métaphysique figurée et que la métaphysique est une réflexion sur l’art", que c’est la même "intuition" qui se manifeste dans l’artiste et le philosophe, de sorte qu’il y aurait une parfaite continuité entre les travaux de Ravaisson sur Aristote et ses travaux concernant l’art et le dessin.

Ravaisson soutient sa thèse de doctorat Sur l’Habitude en 1837 (elle est publiée en 1838). Il s’agit d’une réflexion sur la question philosophique de la nature en général appréhendée à partir d’un phénomène concret : notre manière d’être quand nous contractons une habitude. L’habitude montre la nature comme une forme de "conscience obscurcie" ou de "volonté endormie" et le mécanisme comme "le résidu fossilisé d’une activité spirituelle".

Selon la plupart des sources historiographiques à son propos, Ravaisson aurait été écarté de l’enseignement universitaire par son maître Victor Cousin, dont il critiqua l’éclectisme, et relégué ainsi à des fonctions plus administratives. Il est certain qu’il n’est jamais devenu "un philosophe de profession" au sens où il n’a jamais enseigné la philosophie dans le cadre académique.

Ravaisson devient chef du secrétariat du ministère de l’Instruction publique, poste qu’il quitte rapidement. Il est nommé chargé de cours de philosophie à l’université de Rennes mais de façon purement formelle. À partir des années 1830, un effort est fait en faveur des bibliothèques publiques de province.

C’est dans ce cadre que Félix Ravaisson est nommé inspecteur général des bibliothèques par le ministre de l’Instruction publique Salvandy en 1839. Il est alors essentiellement chargé de visiter les bibliothèques des villes qui ont bénéficié des confiscations révolutionnaires mais également de missions à la Bibliothèque royale (ouverture de la salle de lecture du département des estampes).

Il part à l’automne 1839 à Munich pour aller voir Schelling et étudier la nouvelle philosophie allemande. Il a de nombreux entretiens avec lui et prend connaissance de sa "philosophie positive". Il connaissait sans doute la philosophie de Schelling de façon indirecte avant d’entreprendre ce voyage, comme en témoignent ses premiers écrits. Ravaisson est inspecteur général de 1839 à 1844 et de 1847 à 1852 et participe également de près à deux grandes entreprises éditoriales du xixe siècle : le Catalogue général des manuscrits des bibliothèques de France (CGM) et les Documents inédits de l’Histoire de France4. Chef du cabinet de Salvandy en 1845-1846, il passe inspecteur général de l’enseignement supérieur en 1852 puis conservateur des antiquités au musée du Louvre en 1870.

Hormis le deuxième tome de l’Essai sur la Métaphysique d’Aristote, Ravaisson produit moins d’œuvres philosophiques aussi importantes et originales dans cette situation. Néanmoins, le ministre Victor Duruy, son ancien condisciple, lui demande en 1863 de rédiger un rapport sur les progrès de la philosophie. Ravaisson y expose sa critique de l’éclectisme cousinien et rend compte du plus grand nombre possible de publications philosophiques parues en France dans les décennies précédentes. Le livre est en lui-même un livre de philosophie qui oppose le matérialisme et le spiritualisme et qui a une immense influence sur les contemporains.

Ravaisson est membre de l’Institut, Académie des inscriptions et belles-lettres en 1849 et de l’Académie des sciences morales et politiques, section de philosophie en 1899.

Il meurt à Paris en 1900. Il repose dans la 32e division