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Acteurs - Comédiens - Comédie française - Arts de la scène et de l’écran

CHEREAU Patrice (1944-2013)

16eme division (1ere ligne)
mercredi 16 octobre 2013.
 

Comédien et metteur en scène

Patrice Chéreau, voit le jour le 2 novembre 1944 à Lézigné (Maine-et-Loire).

Décédé à Paris le 7 octobre 2013.

Metteur en scène de théâtre et d’opéra, réalisateur et scénariste de cinéma, et acteur français.

Ses travaux combinent recherches plastiques, réflexions politiques et exploration des obsessions humaines.

Patrice Chéreau, né le 2 novembre 1944 à Lézigné (Maine-et-Loire) est le fils cadet de Jean-Baptiste Chéreau, artiste-peintre et Marguerite Pélicier.

Il est un descendant de Edmé Brière de l’Isle (1779-1849) - par ailleurs père du général Brière de l’Isle - qui eut trois fils de Cythère, une jeune métisse libre, enfants qu’il devait ultérieurement reconnaître. L’un de ces trois garçons est l’ancêtre de Patrice Chéreau.

Installés à Paris, ses parents le sensibilisent à l’art et la culture en l’emmenant régulièrement visiter des expositions et assister à divers spectacles. Il entre au lycée Louis-le-Grand et rejoint la troupe de théâtre de son établissement. Être acteur ne lui suffit pas : il met en scène les spectacles de lycéens et se lance dans la conception des décors et des costumes.

Par la suite, il étudie l’allemand et les lettres classiques. Il obtient une licence d’allemand avant de se consacrer définitivement à la scène.

En 1966, à 22 ans, dans la France d’avant-mai 68, il prend la direction du Théâtre de Sartrouville. Comme la plupart de ses compagnons, il s’engage dans un théâtre politique où il affiche des positions affirmées. En 1965, il met en scène L’Héritier de village de Marivaux puis l’année suivante une pièce d’Eugène Labiche : L’Affaire de la rue de Lourcine.

Chéreau divise et compte déjà autant d’adeptes que d’ennemis. Il assure également la mise en scène des Soldats de Jakob Michael Reinhold Lenz, en 1967, qui reçoit le Prix du Concours des Jeunes Compagnies.

À Sartrouville, il s’entoure par ailleurs du décorateur Richard Peduzzi, de l’éclairagiste André Diot et du costumier Jacques Schmidt pour monter deux pièces chinoises (La Neige au milieu de l’été et Le Voleur de femmes) qui marquent les esprits pour leurs décors mélangeant plates-formes, poulies et passerelles.

La faillite, en 1969, du Théâtre de Sartrouville le pousse vers l’Italie, où il intègre le Piccolo Teatro de Milan, à la demande de Paolo Grassi. Il travaille en même temps en France où il se met en scène, à Marseille, dans Richard II de William Shakespeare.

Il monte également une nouvelle version de Don Juan de Molière à Lyon. Ces deux spectacles montrent à nouveau le soin maniaque qu’il accorde aux décors : ils constituent une machine faite pour « tuer le libertin » dans la seconde pièce et une « machine-piège » dans la première où Chéreau fait du protagoniste un enfant vulnérable, perdu et seul.

De 1971 à 1977, il dirige avec Roger Planchon et Robert Gilbert le Théâtre national populaire de Villeurbanne auquel il donne de nouvelles ambitions, proches des idéaux de mai 68. Il y met notamment en scène Le Massacre de Paris de Christopher Marlowe où la scénographie et les lumières animent une série de tableaux baroques sur la nuit de la Saint-Barthélemy : machinerie infernale, cadavres répandus dans une eau noire où apparaissent les fragments d’une lune brisée et où résonnent les pas de clowns macabres...

En 1973, il monte La Dispute de Marivaux au Théâtre de la Gaîté . En 1976, à la demande de Pierre Boulez et sous sa direction musicale, il met en scène dans le Palais des festivals de Bayreuth, sanctuaire de la musique de Richard Wagner depuis l’année 1876, les quatre opéras de la Tétralogie du compositeur allemand. Sa mise en scène, qui transpose le mythe nordique des Nibelungen, dans le XIXe siècle industriel et capitaliste contemporain de Wagner, provoque un scandale lors des premières représentations, avant de le rendre célèbre sur le plan international et d’être finalement saluée par quatre-vingt-cinq minutes d’applaudissements et cent un levers de rideau, lors de la dernière représentation, le 26 août 1980.

En 1979, Boulez fait à nouveau appel à lui pour la mise en scène de Lulu d’Alban Berg avec la soprano Teresa Stratas dans le rôle-titre3. Leur collaboration fait encore date.

Son fécond travail de metteur en scène est rapidement et très largement reconnu en Europe pour son goût de l’innovation esthétique et de l’image fastueuse. Son inspiration visuelle et son lyrisme laissent une place importante au mystère, à la fantasmagorie et à l’hyper-expressivité des corps, mêlant sensualité et jeu d’acteurs archaïque (expressions grotesques, maquillage outrancier, gestes violents ou ritualisés...).

Héritier, comme ses confrères Bernard Sobel, Ariane Mnouchkine, Roger Planchon et Giorgio Strehler de Bertolt Brecht pour la notion de distanciation et d’art engagé ou d’Antonin Artaud pour l’idée de théâtre de la cruauté, Chéreau franchit, pour certains critiques, une étape décisive dans la représentation théâtrale et donne une nouvelle signification à l’espace scénique tant par la réflexion artistique qu’il propose que par l’immense succès que rencontrent ses créations.

Son univers plastique trouve une sphère d’influence assez large : il reconnaît notamment l’expressionnisme allemand et l’œuvre d’Orson Welles (qu’il découvrit dans sa jeunesse à la cinémathèque) comme des modèles fondateurs.

Pour Chéreau, le cinéma garde en commun avec le théâtre l’unité de lieu et de temps : les scènes deviennent à l’écran des séquences. Mais pour lui le cinéma permet de mieux mettre en valeur les émotions picturales de son enfance et de mieux illustrer les tourments de l’âme. Il invente donc un cinéma singulier, sensible à certaines recherches stylistiques et oscillant entre grand spectacle flamboyant et intimisme.

Ses réalisations cinématographiques ne sont reconnues que tardivement. Son premier long métrage, La Chair de l’orchidée, adapte avec liberté, en 1974, le roman éponyme de James Hadley Chase et élabore un univers à la lisière du fantastique, privilégiant les thèmes du désir, de la folie et de la mort.

Son deuxième film, en 1978, Judith Therpauve avec Simone Signoret dans le rôle-titre, bien que très dense et voulu ancré dans une réalité sociale contemporaine, semble pourtant être son œuvre la moins aboutie.

En 1982, il met en scène sur deux soirées Peer Gynt d’Henrik Ibsen au Théâtre de la Ville qui révèle Dominique Blanc, son actrice fétiche.

De 1982 à 1990, Chéreau dirige la maison de la culture de Nanterre, devenue Théâtre Nanterre-Amandiers, Centre dramatique national à son arrivée. En 1983, après Combat de nègre et de chiens, de son ami Bernard-Marie Koltès dont il fait connaître l’œuvre, il monte Les Paravents de Jean Genet en farce sulfureuse, utilisant la salle comme extension de la scène. Le décorateur Richard Peduzzi y représente un cinéma de Barbès, inquiétant et délabré.

Chéreau alterne ensuite avec bonheur le classique (Marivaux, Mozart...) et le contemporain (Heiner Müller, Koltès...), s’amusant à malmener la noblesse du XVIIIe siècle, vue comme futile et vaniteuse (Lucio Silla, La Fausse Suivante, Quartett)3. Il trouve également le temps de se consacrer à sa carrière d’acteur, interprétant Camille Desmoulins dans Danton d’Andrzej Wajda et Napoléon dans Adieu Bonaparte de Youssef Chahine.

Durant cette période, il réalise son film le plus personnel, L’Homme blessé en 1983 qui dérange pour sa peinture désenchantée d’une époque puis par l’évocation d’une crise d’identité sexuelle. Pour ce film, il obtient, avec Hervé Guibert, le César du meilleur scénario original en 1984. En 1987, il présente au Festival de Cannes Hôtel de France, transposition du Platonov de Tchekhov dans une époque moderne. Le film est interprété par la jeune génération des comédiens formés aux Amandiers dont Valeria Bruni Tedeschi, Laurent Grévill, Bruno Todeschini, Marianne Denicourt, Agnès Jaoui et Vincent Pérez. L’année suivante, il montre au Festival d’Avignon sa mise en scène d’Hamlet de Shakesperare qui fait date pour la prestation de Gérard Desarthe dans le rôle-titre puis pour l’inclusion de morceaux de musique contemporaine dans le déroulement de la tragédie.

Le travail de Chéreau est récompensé par un Molière en 1989. C’est à cette époque que Pascal Greggory devient son compagnon et l’un de ses acteurs fétiches.

À la fin de la saison 1989-1990, Chéreau quitte le théâtre des Amandiers. Il se consacre à l’opéra (Wozzeck, de Berg, 1993 ; Don Giovanni, de Mozart, 1994) et à la préparation d’une fresque cinématographique sur le massacre de la Saint-Barthélemy, La Reine Margot. Ce film à grand spectacle, sanglant, shakespearien et porté par l’interprétation d’Isabelle Adjani, est tiré d’un roman d’Alexandre Dumas.

Le scénario a été écrit sur quatre ans en collaboration avec Danièle Thompson. L’œuvre reçoit deux récompenses à Cannes en 1994 : le prix du Jury et le prix d’interprétation féminine pour Virna Lisi qui tient le rôle de Catherine de Médicis.

Puis, l’année suivante, La Reine Margot gagne cinq trophées lors de la 20e cérémonie des Césars dont ceux de la meilleure actrice pour Isabelle Adjani et des meilleurs seconds rôles féminin et masculin pour Virna Lisi et Jean-Hugues Anglade.

En parallèle, Chéreau met en scène à l’Odéon, Le Temps et la Chambre de Botho Strauss puis une nouvelle version de Dans la solitude des champs de coton, de Bernard-Marie Koltès, en 1995.

Il réalise, trois ans plus tard, Ceux qui m’aiment prendront le train qui convie le spectateur à vivre une journée particulière dans la vie d’une quinzaine de personnages en crise, rassemblés dans un train pour Limoges pour se rendre à un enterrement. Sur la base d’une histoire coécrite une nouvelle fois avec Danièle Thompson, le metteur en scène y dévoile l’acuité de son regard sur les conflits intimes et familiaux et y diffuse une tension dramatique, représentative de son style. Le film est sélectionné au 51e Festival de Cannes et se voit décerner trois Césars : Meilleur réalisateur pour Chéreau, Meilleur second rôle pour Dominique Blanc et Meilleure photographie pour Éric Gautier.

En 2000, il tourne, pour la première fois à l’étranger et en anglais, Intimité, tiré de certains récits d’Hanif Kureishi, qui rencontre le succès auprès du public. Absent de la sélection cannoise, il remporte l’Ours d’or à Berlin en 2001 et vaut à Kerry Fox l’Ours d’argent de la meilleure actrice. Le film obtient également le Prix Louis-Delluc en 2002. Ce drame traite de l’échec d’une relation amoureuse et prend pour trame de départ l’histoire de deux personnes égarées ne connaissant rien l’une de l’autre mais réunies chaque semaine pour avoir des rapports sexuels.

Chéreau met ensuite en scène l’un de ses plus grands triomphes aux Ateliers Berthier du Théâtre de l’Odéon : Phèdre de Racine. Sa mise en scène fait exploser la diction de l’alexandrin classique. Le rôle-titre est confié à Dominique Blanc et celui de Thésée à Pascal Greggory.

En 2003, avec la sortie de Son frère, adapté d’un roman de Philippe Besson, il dépeint avec pudeur et retenue le drame d’une famille divisée face à la mort imminente d’un de ses membres. La même année, il est le président du jury du festival de Cannes.

En 2005, il revient au film à costume avec Gabrielle, adapté d’une nouvelle de Joseph Conrad, qui plonge Pascal Gregory et Isabelle Huppert dans le néant sentimental d’un couple de bourgeois du début du xxe siècle. Ce huis clos, porté par des dialogues énigmatiques et une atmosphère sépulcrale, développe une esthétique post-moderne, alternant le noir et blanc et la couleur et utilisant des cartons comme dans le cinéma muet. Sur le plan thématique et visuel, le film fait également référence à Marcel Proust, Ingmar Bergman, Luchino Visconti et à l’opéra expressionniste.

En 2006, le ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres le nomme président de la Fémis, qu’il quitte quelques mois plus tard, « la mort dans l’âme », au motif d’un emploi du temps surchargé. Le cinéaste Claude Miller lui succède à ce poste.

En décembre 2007, il met en scène Tristan et Isolde de Richard Wagner à la Scala de Milan sous la direction de Daniel Baremboim. En mars 2008, il a fait partie de la commission présidée par Hugues Gall et chargée par Christine Albanel, alors ministre de la Culture, de pourvoir le poste de directeur de la Villa Médicis à Rome. Fin 2008, il retrouve sa complice Dominique Blanc dans La Douleur, d’après Marguerite Duras, spectacle à mi-chemin entre le théâtre et la lecture qu’il monte au Théâtre de Nanterre. Pour sa prestation, Blanc est récompensée d’un Molière en 2010.

En 2009, il présente Persécution, son nouveau film, à la Mostra de Venise.

En juillet 2013, sa mise en scène d’Elektra de Richard Strauss, triomphe au Festival d’Aix-en-Provence.

Il travaillait, avant sa mort d’un cancer du poumon, sur l’adaptation d’un roman de Laurent Mauvignier, Des hommes17,18, et à la mise en scène de Comme il vous plaira, de William Shakespeare, prévue aux Ateliers Berthier de l’Odéon-Théâtre de l’Europe en mars 2014. Toute sa vie, il sera resté fidèle à ceux qui furent ses plus proches collaborateurs : Caroline de Vivaise (costumes), Richard Peduzzi (décors), André Diot (lumière) et André Serré (son).

Participant à la manifestation organisée par la gauche et réprimée à la station Charonne en 196219, il soutient François Mitterrand en 1981 et 1988 puis Lionel Jospin en 1995 et 2002. Fidèle au camp socialiste, il appelle à voter Ségolène Royal en 200720. Lors de la primaire de 2011, en vue de la désignation d’un candidat socialiste à l’élection présidentielle, il apporte son soutien à Martine Aubry.

Patrice Chéreau repose dans la 16e division.

HOMMAGE A PATRICE CHEREAU

19 avril 2014 par Virginie Bloch Lainé

« On l’appelait souvent Caprice Chéreau. Mais on l’appelait aussi Patrice Chéri » dit le metteur en scène Jean-Pierre Vincent, qui rencontre Patrice Chéreau en 1959 au lycée Louis-le-Grand.

Ils intègrent le groupe théâtral du lycée. Le jeune homme est exigeant, vorace, tendre et attachant. Fils de deux peintres, à cette époque il fabrique ses décors.

A 22 ans, Patrice Chéreau est remarqué des critiques et du public. Il met en scène Labiche et Marivaux, deux auteurs qui a priori jurent avec la modernité, mais il cherche et trouve dans leurs textes la noirceur, le désir, les mises à l’épreuve, le conflit, les corps-à-corps qui seront ces thèmes de prédilection.

Après avoir admiré le Berliner Ensemble, il découvre dans les années 1970 l’Italie, Giorgio Strehler et la beauté : c’est la beauté, et non la laideur, dont l’usage peut être subversif.

Dans ses films comme dans ses mises en scène au théâtre ou à l’opéra, les corps se cognent, se tordent de désir ou agonisent. Tous les intervenants de ce portrait témoignent des échos entre sa vie et son œuvre et des obsessions qui les animent.

Sources : Wiki et divers (2013)